Ensuite, ils refirent le tirage au sort une troisième fois, et il tomba à nouveau sur lui, conformément à ce que Dieu voulait pour lui d’une grande destinée. Dieu, exalté soit-Il, a dit : « Et assurément, Jonas fait partie des Messagers (139) lorsqu’il s’enfuit vers le bateau chargé (140) Il tira au sort et fut parmi les perdants (141) Le poisson l’engloutit alors qu’il était blâmable » [As-Saffât, 139-142].
En effet, quand le tirage au sort tomba sur lui, il fut jeté à la mer. Dieu – qu’Il soit exalté – envoya un gigantesque poisson issu de la “mer Verte” qui l’engloutit, et Il ordonna à ce poisson de ne pas manger sa chair ni de briser ses os : « car tu n’as pas là ta subsistance ». Le poisson le prit et sillonna toutes les mers avec lui. On raconte qu’un autre poisson, plus grand encore que le premier, engloutit ce dernier. On rapporte également que lorsqu’il se retrouva dans le ventre du poisson, il pensa être mort. Il bougea alors ses membres, qui bougèrent à leur tour, et constata de la sorte qu’il était encore vivant. Il se prosterna aussitôt devant Dieu en disant : « Ô mon Seigneur, j’ai fait de cet endroit une mosquée pour Toi, [en un lieu] où jamais personne ne T’a adoré. »
Les avis divergent quant à la durée de son séjour dans le ventre du poisson. Selon Mujâlid, d’après Al-Chaʿbî, il l’engloutit au matin et le rejeta le soir. Qatâda affirme qu’il y demeura trois jours. Jaʿfar As-Sâdiq dit : sept jours. Les vers du poète Umayya ibn Abî As-Salt témoignent pour ce dernier avis :
« Par Ta grâce, Tu as sauvé Jonas,
Alors qu’il passa plusieurs nuits dans les entrailles d’un énorme poisson. »
Said ibn Abî Al-Hasan et Abû Mâlik soutiennent plutôt qu’il y resta quarante jours. Dieu sait mieux combien de temps il y demeura. L’essentiel est que, lorsque le poisson le fit tourner dans les profondeurs marines et l’emmena au milieu de vagues salées et tumultueuses, Jonas entendit les poissons glorifier le Très Miséricordieux, au point d’entendre même la glorification des cailloux pour le Fendeur de la graine et du noyau, le Seigneur des sept cieux et des sept terres, de tout ce qui se trouve entre eux et au-dessous de la terre. Alors, à ce moment-là, par sa condition et par ses paroles, il prononça ce qu’il prononça, comme l’indique le Détenteur de la Puissance et de la Majesté, Celui qui connaît le secret et ce qui est plus caché encore, qui soulage l’affliction et l’épreuve, qui entend les voix même faibles, qui sait les subtilités même infimes, Celui qui exauce toute invocation, aussi grande soit-elle. Il le mentionne dans Son Livre explicite, révélé à Son Messager intègre, Lui, le plus véridique des locuteurs, le Seigneur des mondes et le Dieu des envoyés :
« Et Dhû An-Nûn (Jonas)… lorsqu’il partit » vers les siens « irrité. Il pensa que Nous n’exercerions pas notre pouvoir sur lui, mais il invoqua dans les ténèbres : “Il n’y a de divinité que Toi ! Gloire à Toi ! J’ai été du nombre des injustes.” (87) Nous l’exauçâmes et le sauvâmes de l’angoisse. C’est ainsi que Nous sauvons les croyants. » [Al-Anbiyâ’, 87-88].
« Il pensa que Nous n’exercerions pas notre pouvoir sur lui » : c’est-à-dire qu’il crut que Nous ne l’étreindrions pas ni ne le mettrions à l’étroit. Certains ont expliqué que cela renvoyait au verbe « décréter » (qadara, qaddara), un usage linguistique répandu. Le poète a ainsi dit :
« Plus jamais ne reviendra ce temps passé…
Bénis sois-tu : ce que Tu décrètes advient, à Toi le commandement. »
« Il invoqua dans les ténèbres » : selon Ibn Masʿoud, Ibn ʿAbbâs, ʿAmr ibn Maymûn et Saʿîd ibn Jubayr, etc.