Il était clément et généreux, supportant patiemment l’offense : si un esclave noir l’insultait, il ne s’en trouverait pas humilié ; jamais une personne n’eut recours à lui pour quelque chose sans qu’il la comblât, et il n’entendait pas parler d’une région désertique sans qu’il y fît creuser un puits ou y aménageât un bassin, pas plus qu’il ne découvrait un col difficile sans en faciliter l’accès.
On raconte que al-Muhallab ibn Abî Ṣufra se rendit auprès d’Ibn al-Zubayr depuis l’Irak et s’entretint longuement avec lui. Ibn Ṣafwân arriva et dit : « Qui donc te retient ainsi depuis ce matin ? » Il répondit : « C’est le seigneur des Arabes venant d’Irak. » « Il doit s’agir d’al-Muhallab », répliqua-t-il. Alors al-Muhallab demanda à Ibn al-Zubayr : « Ô Commandeur des croyants, qui est celui qui se renseigne sur moi ? » Ibn al-Zubayr lui dit : « C’est le seigneur de Quraych à La Mecque. » Il répondit : « Il doit s’agir de ‘Abd Allâh ibn Ṣafwân. » Et l’on rapporte qu’Ibn Ṣafwân était très généreux.
Selon la chaîne de transmission de Zubayr ibn Bakkâr, Mu‘âwiya vint en pèlerinage à La Mecque, et les gens sortirent à sa rencontre ; Ibn Ṣafwân faisait partie de ceux qui l’accueillirent et cheminait à ses côtés tandis que les habitants de Syrie se demandaient : « Qui est donc cet homme qui converse avec le Commandeur des croyants ? » Une fois arrivé à La Mecque, on remarqua un flanc de montagne tout blanc de moutons ; Ibn Ṣafwân dit alors : « Ô Commandeur des croyants, voilà un troupeau que je t’ai destiné (2), pour le distribuer parmi les soldats. » Le troupeau s’élevait à deux mille têtes. Les gens de Syrie s’exclamèrent : « Nous n’avons jamais vu plus généreux que le cousin du Commandeur des croyants (3). »
Ibn Ṣafwân fut parmi ceux qui tinrent bon aux côtés d’Ibn al-Zubayr lorsque al-Ḥajjâj l’assiégea. Ibn al-Zubayr lui dit : « Je te dégage de mon allégeance ; va où tu voudras. » Ibn Ṣafwân répondit : « C’est bien pour ma religion que j’ai combattu. » Il se montra alors résolu jusqu’à ce qu’il fût tué, accroché aux tentures de la Ka‘ba cette même année. Qu’Allâh lui accorde la plus généreuse des rétributions.
‘Abd Allâh ibn Muṭî‘ (4) ibn al-Aswad ibn Ḥâritha al-Qurashî al-‘Adawî [originaire de Médine] naquit du vivant du Messager d’Allâh (ﷺ), qui le fit mâcher un datte (taḥnîk) et invoqua pour lui la bénédiction. Il rapporta de son père, qui le tenait du Messager d’Allâh (ﷺ), cette parole : « Aucun Qurayshite ne sera exécuté avec patience après ce jour jusqu’au Jour de la Résurrection (5). »
Ses deux fils Ibrâhîm et Muḥammad, ainsi que al-Sha‘bî, ‘Îsâ ibn Ṭalḥa ibn ‘Ubayd Allâh et Muḥammad ibn Abî Mûsâ, transmirent de lui. Zubayr ibn Bakkâr raconta : Ibn Muṭî‘ (6) comptait parmi les plus éminents hommes de Quraych, faisant preuve à la fois de résistance et de bravoure. Il me raconta