Le Diwan et la résidence du califat, et telle résidence, et telle autre, puis il lui en donna cent mille. Alors il lui dit : « Malheur à toi ! Que dois-je faire d’Ibn al-Zubayr ? » (1)
Ibn Abī al-Dunyā a rapporté : « ʿUmar ibn Bakīr m’a informé d’après ʿAlī ibn Mujāhid ibn ʿUrwa » qui relate : Ibn al-Zubayr demanda une faveur à Muʿāwiya, mais celui-ci la lui refusa. Alors il dit : « Par Dieu, je ne suis pas assez ignorant pour rester devant ce bâtiment sans insulter ton honneur ni briser ta noblesse ; seulement, j’abaisserai mon turban d’un empan devant mon visage et d’un empan derrière moi au passage des gens du Shām et j’évoquerai la conduite d’Abu Bakr al-Ṣiddīq et de ʿUmar. Les gens demanderont : “Qui est-ce ?”, on répondra : “C’est le fils du ḥawārī (disciple) du Messager de Dieu (ﷺ) et le fils de la fille d’al-Ṣiddīq.” » Muʿāwiya reprit : « Cela seul te suffit comme honneur. » Puis il dit : « Dis-moi tes requêtes. » (2)
Al-Aṣmaʿī a rapporté : « Ghassān ibn Muḍar nous a raconté, d’après Saʿīd ibn Yazīd : Ibn al-Zubayr entra auprès de Muʿāwiya. Celui-ci ordonna à un jeune fils à lui de le gifler d’une telle force que sa tête en fut étourdie. Quand Ibn al-Zubayr reprit ses esprits, il dit au garçon : “Approche-toi de moi.” Il s’approcha, et Ibn al-Zubayr lui dit : “Gifle Muʿāwiya.” L’enfant répondit : “Je ne le ferai pas.” Ibn al-Zubayr demanda : “Pourquoi donc ?” Il dit : “Parce qu’il est mon père.” Alors Ibn al-Zubayr leva la main et gifla l’enfant d’une telle tape qu’il se mit à tourner comme une toupie. Muʿāwiya protesta : “Fais-tu cela à un enfant sur qui la loi ne s’applique pas encore ?” Ibn al-Zubayr rétorqua : “Par Dieu, il sait déjà ce qui lui nuit et ce qui lui est profitable, et j’ai voulu par là parfaire son éducation.” » (3)
Abū l-Ḥasan ʿAlī ibn Muḥammad al-Madāʾinī a rapporté, d’après ʿAbd Allāh ibn Abī Bakr, que Ibn al-Zubayr rattrapa Muʿāwiya tandis qu’il se rendait en Syrie. Il le trouva assoupi sur sa monture et lui dit : « Tu somnoles alors que je suis avec toi ? Ne crains-tu pas que je te tue ?» Il répondit : « Tu n’es pas de ceux qui combattent les rois ; chaque oiseau ne capture que ce qui est à sa mesure. » Ibn al-Zubayr poursuivit : « J’ai pourtant marché sous la bannière de mon père contre ʿAlī ibn Abī Ṭālib, que tu connais. » Muʿāwiya répliqua : « En vérité, c’est bien lui qui vous a tués, par Dieu, de sa seule main gauche. » Ibn al-Zubayr ajouta : « Certes, c’était pour soutenir ʿUthmān, sans qu’il en ait été récompensé. » Muʿāwiya rétorqua : « C’était plutôt par haine de ʿAlī que par amour de ʿUthmān. » Ibn al-Zubayr conclut : « Nous t’avons prêté serment, et nous le respecterons tant que tu vivras. Ceux qui te succéderont le verront bien. » Muʿāwiya de répondre : « En vérité, ce n’est que pour toi-même que je crains. Il me semble déjà te voir pris au piège, la corde serrée autour de toi, te rappelant alors mon souvenir : “Ah ! Si seulement Abū ʿAbd al-Raḥmān était là !” Et je jure que si j’y étais, je t’en aurais délivré peu à peu et je t’aurais relâché bien vite. Combien tu serais alors un mauvais allié dans un tel moment ! » (4). Abū ʿAbd Allāh rapporta quelque chose de semblable.
Il a déjà été mentionné que lorsque Muʿāwiya mourut, et que le serment d’allégeance à Yazīd ibn Muʿāwiya fut parvenu à Médine, Ibn al-Zubayr et al-Ḥusayn ibn ʿAlī quittèrent la ville pour se diriger vers La Mecque, où ils demeurèrent. Par la suite, al-Ḥusayn partit pour l’Irak, et son assassinat advint comme chacun le sait. Alors Ibn al-Zubayr demeura seul à diriger et à exercer la prééminence à La Mecque. Voilà pourquoi Ibn ʿAbbās récitait ces vers après qu’al-Ḥusayn eût quitté Médine