Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Dieu, exalté soit-Il, déclare : « Nous n’avons envoyé d’avertisseur dans aucune cité sans que ses notables ne disent : “Nous mécroyons en ce dont vous avez été chargés.” » (Saba 34).

Et Sa Parole : « Sauf le peuple de Jonas. Lorsqu’ils crurent, Nous avons levé d’eux le châtiment avilissant dans la vie d’ici-bas et Nous leur avons permis de jouir (de la vie) jusqu’à un certain terme » (Yunus 98), c’est-à-dire qu’ils ont cru d’un seul élan et dans leur totalité.

Les exégètes ont divergé quant à savoir si cette foi leur profitera dans l’au-delà et les préservera du châtiment de l’Autre monde, comme elle les a préservés du châtiment d’ici-bas. Ils se partagent en deux avis. Toutefois, à en juger par le contexte, il semble que oui, et Dieu sait mieux. Comme Il l’a dit, exalté soit-Il : « Lorsqu’ils crurent », et Il a dit également : « Et Nous l’envoyâmes à cent mille hommes, voire plus encore. Ils crurent, et Nous leur avons permis de jouir [de la vie] jusqu’à un certain terme » (As-Saffat 147-148). Le fait que ce bienfait prenne fin à un moment donné n’exclut pas la levée du châtiment dans l’au-delà, et Dieu est plus savant.

Ils étaient de toute évidence cent mille, mais les savants ont divergé au sujet de l’éventuel nombre supplémentaire. Selon Macḥoul (1), ils auraient été dix mille de plus. Selon un ḥadith rapporté par at-Tirmidhî, Ibn Jarîr et Ibn Abî Ḥâtim — d’après Zuhayr, qui le tenait de quelqu’un ayant entendu Abû al-‘Âliyah, lui-même rapportant d’Ubayy ibn Ka‘b — il est dit qu’Ubayy interrogea l’Envoyé de Dieu (que la prière et le salut soient sur lui) à propos du verset : « Et Nous l’envoyâmes à cent mille hommes, voire plus encore » (As-Saffat 147). Le Prophète répondit : « Ils dépassaient de vingt mille » (2). Si ce narrateur resté anonyme ne l’avait pas été, ce ḥadith aurait définitivement tranché la question. D’après Ibn ‘Abbâs, ils auraient été cent trente mille. Selon une autre version de sa part, un peu plus de cent trente mille ; et selon une autre encore, un peu plus de cent quarante mille. Sa‘îd ibn Jubayr affirme pour sa part qu’ils auraient été cent soixante-dix mille (3).

En outre, les savants ont divergé pour savoir si Jonas (sur lui la paix) fut envoyé à ces gens avant l’épisode du poisson ou après, ou encore s’il s’agit de deux communautés distinctes. Trois avis ont été mentionnés sur cette question, qui sont développés dans les ouvrages de tafsîr (4).

L’essentiel est que, lorsque Jonas (que la paix soit sur lui) s’en alla irrité contre son peuple, il embarqua sur un bateau en pleine mer. Le navire se mit à s’agiter, menaçant de faire naufrage à cause du poids de sa charge, selon ce qu’en rapportent les exégètes. Ils délibérèrent alors sur la nécessité de se séparer de l’un d’entre eux pour alléger le bateau et procédèrent à un tirage au sort. La première fois, le sort tomba sur Jonas. Ne voulant pas s’en séparer, ils répétèrent l’opération une seconde fois, et à nouveau le sort tomba sur lui. Alors, Jonas s’apprêta à ôter ses vêtements pour se jeter à la mer, mais ils s’y opposèrent (5).

(1) Mentionné par al-Suyouti dans ad-Durr al-Manthūr (7/132). (2) Rapporté par al-Tirmidhī (n° 3229) dans le Tafsīr, et par Ibn Jarīr dans le Tafsīr (10/532). (3) Voir les propos d’Ibn ʿAbbās et Saʿīd ibn Jubayr dans le Tafsīr de al-Ṭabarī (10/529-530). (4) Voir le Tafsīr d’Ibn Kathīr (4/28). (5) Fa lajjat : elle a plongé dans les profondeurs, atteignant les abîmes. (6) Dans l’édition imprimée : « Layataḥaffaẓū » (qu’ils se protègent), ce qui est une altération. (7) Dans l’édition imprimée : « faqtaraʿū ». (8) Dans certaines copies : « fatashammar ».
تعالى: ﴿وَمَا أَرْسَلْنَا فِي قَرْيَةٍ مِنْ نَذِيرٍ إِلَّا قَالَ مُتْرَفُوهَا إِنَّا بِمَا أُرْسِلْتُمْ بِهِ كَافِرُونَ﴾ [سبأ: ٣٤] . وقوله: ﴿إِلَّا قَوْمَ يُونُسَ لَمَّا آمَنُوا كَشَفْنَا عَنْهُمْ عَذَابَ الْخِزْيِ فِي الْحَيَاةِ الدُّنْيَا وَمَتَّعْنَاهُمْ إِلَى حِينٍ﴾ [يونس: ٩٨] أي آمنوا بكمالهم. وقد اختلفَ المفسرون هل ينفعُهم هذا الإيمان في الدار الآخرة، فينُقذهم من العذاب الأخروي كما أنقذَهم من العذاب الدنيوي؟ على قولين: الأظهرُ من السياق نعم والله أعلم، كما قال تعالى: ﴿لَمَّا آمَنُوا﴾ وقال تعالى: ﴿وَأَرْسَلْنَاهُ إِلَى مِائَةِ أَلْفٍ أَوْ يَزِيدُونَ (١٤٧) فَآمَنُوا فَمَتَّعْنَاهُمْ إِلَى حِينٍ﴾ [الصافات: ١٤٧ - ١٤٨] وهذا المتاعُ إلى حين، لا ينفي أن يكونَ معه غيرُه من رفع العذاب الأخرويّ، والله أعلم. وقد كانوا مئة ألف لا محالة، واختلفوا في الزيادة، فعن مكحول (١) عشرة آلاف. وروى الترمذي وابن جرير وابن أبي حاتم: من حديث زهير، عمن سمع أبا العالية، حدَّثني أبيّ بن كعب: أنه سألَ رسول الله ﷺ عن قوله: ﴿وَأَرْسَلْنَاهُ إِلَى مِائَةِ أَلْفٍ أَوْ يَزِيدُونَ﴾ [الصافات: ١٤٧] قال: "يزيدون عشرين ألفًا" (٢) . فلولا هذا الرجل المبهم لكان هذا الحديث فاصلًا في هذا الباب. وعن ابن عباس: كانوا مئة ألف وثلاثين ألفًا. وعنه: وبضعة وثلاثين ألفًا. وعنه: وبضعة وأربعين ألفًا. وقال سعيد بن جبير: كانوا مئة ألف وسبعين ألفًا (٣) . واختلفوا هل كان إرساله إليهم قبل الحوت أو بعده، أو هما أُمَّتان؟ على ثلاثة أقوال، هي مبسوطة في التفسير (٤) . والمقصودُ أنَّه (عليه السلام) لما ذهبَ مُغاضبًا بسبب قومِه، ركبَ سفينةً في البحر فلجَّت (٥) بهم واضطربتْ وماجتْ بهم وثَقُلتْ بما فيها، وكادُوا يغرقونَ على ما ذكره المفسرون. قالوا: فاشتوروا فيما بينهم على أن يقترعوا فمن وقعت عليه القرعة ألقوه من السفينة ليتخفَّفوا (٦) منه. فلما أقرعوا (٧) وقعت القرعة على نبيِّ الله يونس، فلم يسمحوا به، فأعادوها ثانيةً فوقعت عليه أيضًا، فشمَّر (٨) ليخلعَ ثيابه ويُلقي بنفسه فأبوا عليه ذلك.
(١) ذكره السيوطي في الدر المنثور (٧/ ١٣٢). (٢) أخرجه الترمذي (٣٢٢٩) في التفسير، وابن جرير في التفسير (١٠/ ٥٣٢). (٣) انظر أقوال ابن عباس وسعيد بن جُبير في تفسير الطبري (١٠/ ٥٢٩ - ٥٣٠). (٤) انظر تفسير ابن كثير (٤/ ٢٨). (٥) فلجَّتْ: خاضت اللجة، ووصلت إلى الأعماق. (٦) في المطبوع: ليتحفظوا، وهو تحريف. (٧) في المطبوع: فاقترعوا. (٨) في بعض النسخ: فتشمَّر.

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