La corbeille était à l’intérieur, et ils voulurent l’ouvrir. L’un d’eux déclara : « Le nom de Dieu y a été prononcé. » Ils s’emparèrent alors de la corbeille et de ce qu’elle contenait, puis s’en allèrent. Celui qui rapporta les faits dit : « Je n’ai ressenti aucun regret plus fort que de ne pas m’être jeté sur eux alors qu’ils se trouvaient dans la maison (1). »
‘Abdallâh ibn az-Zubayr fut parmi ceux qui défendirent ‘Uthmân le jour d’ad-Dâr, où il reçut une dizaine de blessures. Il dirigeait l’infanterie lors de la bataille du Chameau et y subit dix-neuf blessures supplémentaires. Ce jour-là, il se livra à un duel avec Mâlik ibn al-Hârith ibn al-Ashtar. Ils se rencontrèrent et al-Ashtar renversa ibn az-Zubayr, sans pour autant pouvoir s’éloigner de lui, car ibn az-Zubayr l’enserra et se mit à crier : « Tuez-moi en même temps que Mâlik ! Et tuez Mâlik avec moi ! » Cette parole devint proverbiale. Puis ils se séparèrent, et al-Ashtar ne put rien faire de plus contre lui. Il est également rapporté qu’il (ibn az-Zubayr) fut blessé ce jour-là d’une quarantaine de coups ; on ne le retrouva que parmi les morts, alors qu’il respirait encore faiblement. Lorsqu’on annonça à ‘Â’isha qu’il n’avait pas été tué, elle offrit dix mille dirhams à celui qui l’en avait informée et se prosterna devant Dieu pour Le remercier (2). Elle l’aimait profondément, car il était le fils de sa sœur, et il lui était très cher.
Il est rapporté d’après ‘Urwa que ‘Â’isha n’aimait personne, après le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) et Abû Bakr, autant qu’elle aimait ibn az-Zubayr. Il dit aussi : « Je n’ai jamais vu mon père ni ‘Â’isha invoquer Dieu en faveur de quelqu’un parmi les hommes, comme ils l’ont fait pour ibn az-Zubayr (3). »
Az-Zubayr ibn Bakkâr a rapporté : « Hârûn ibn Abî Bakr m’a raconté, d’après Yahyâ ibn Ibrâhîm, d’après Sulaymân ibn Muhammad, d’après Yahyâ ibn ‘Urwa, d’après son oncle, d’après ‘Abdallâh ibn ‘Urwa, que la langue du poète Nâbigha Banî Jâda était restée silencieuse. Puis celui-ci entra auprès de ‘Abdallâh ibn az-Zubayr dans la Mosquée sacrée et récita ces vers :
“Tu nous rappelles as-Siddîq (Abû Bakr) lorsque tu nous gouvernas…
… ainsi que ‘Uthmân et al-Fârûq, si bien que le pauvre trouva le réconfort,
Tu as établi l’égalité entre les gens selon la justice, et ils se sont redressés ;
Pourtant le matin est redevenu sombre, d’un noir ténébreux,
Abû Laylâ est venu à toi, bravant l’obscurité,
Arpentant la nuit comme un voyageur des plaines égaré dans les ténèbres,
Afin que tu le protèges, car il a fui les vicissitudes de la nuit,
Et ce temps implacable qui ne cesse de frapper.”
Alors ibn az-Zubayr lui dit : « Calme-toi, Abû Laylâ. La poésie est chose légère, et tu recevras de nous ce dont tu as besoin. Cependant, la meilleure part de ce que nous possédons est réservée aux membres de la famille d’az-Zubayr, et quant à l’abandon de cette part, ce sont les Banû Asad et Taym qui s’en occupent. Mais tu as deux droits sur le trésor public : le premier, d’avoir vu le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), et le second, ta part que tu partages avec les musulmans dans leur butin. » Il le prit alors par la main et l’emmena à la Dâr an-ni‘am (la “Maison des Biens”), où il lui donna sept chamelles, un chameau, des chevaux, et fit charger sur des montures du blé, des dattes et des vêtements. Le poète Nâbigha, pressé de se rassasier, se mit à manger les grains crus. Ibn az-Zubayr lui dit : « Pauvre Abû Laylâ, combien grande est ta détresse ! » Et Nâbigha de répondre : « Je témoigne avoir entendu le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) dire : … »