Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il monta en chaire, s’adressa aux gens et leur raconta comment les choses s’étaient passées. [‘Abd Allâh] raconta : « Je me retournai et vis [mon père] az-Zubayr parmi l’assistance. Lorsque je reconnus son visage, j’en fus si impressionné que j’eus presque des difficultés à continuer de parler, à cause de la crainte révérencielle qu’il suscitait en moi. Il me fit alors un signe de l’œil et me donna un geste d’encouragement, si bien que je poursuivis mon prêche comme avant. Quand je descendis de la chaire, il me dit : “Par Dieu, c’était comme si j’entendais le sermon d’Abû Bakr as-Siddîq en écoutant le tien, ô mon fils.” (1) »

Aḥmad ibn Abî al-Ḥawârî a dit : « J’ai entendu Abû Sulaymân ad-Dârânî raconter qu’Ibn az-Zubayr chevauchait un soir de pleine lune, puis il s’arrêta à Tabûk. Il se retourna et vit alors sur sa monture un vieillard à la chevelure et à la barbe blanches. Ibn az-Zubayr se précipita sur lui, l’autre céda la place, si bien qu’Ibn az-Zubayr reprit sa monture et se remit en route. Le vieillard l’interpella : “Par Dieu, ô Ibn az-Zubayr, s’il pénétrait dans ton cœur ne serait-ce qu’un cheveu de ma présence cette nuit, je t’aurais rendu fou.” Ibn az-Zubayr répliqua : “De toi, ô maudit, pénétrerait-il quoi que ce soit dans mon cœur ?” On rapporte par ailleurs d’autres versions fiables qui confirment cette histoire.

‘Abd Allâh ibn al-Mubârak a rapporté, d’après Isḥâq ibn Yaḥyâ, d’après ‘Âmir ibn ‘Abd Allâh ibn az-Zubayr, l’anecdote suivante : « ‘Abd Allâh ibn az-Zubayr revenait de la ‘umra en compagnie d’un groupe de Qurayshites. Lorsqu’ils arrivèrent à al-Yanâṣib (2), ils aperçurent un homme près d’un arbre. Ibn az-Zubayr prit les devants pour l’aborder. Quand il l’eut rejoint, il le salua, mais l’autre n’y prêta pas attention et répondit à peine. Ibn az-Zubayr descendit de sa monture sans que l’homme ne bouge. Alors Ibn az-Zubayr lui dit : “Écarte-toi de l’ombre.” L’homme, à contrecœur, s’en écarta. Ibn az-Zubayr s’assit, lui prit la main et demanda : “Qui es-tu ?” Il répondit : “Je suis un être des djinns.” A peine avait-il formulé ces mots que je me sentis terrifié, tous mes poils se dressèrent. Je l’agrippai et lui dis : “Tu es donc un djinn et tu apparais ainsi devant moi ?” Il portait alors un habit très simple, et, intimidé, il baissa la tête. Je le tançai aussitôt et lui dis : “Tu te montres à moi alors que tu fais pourtant partie des habitants de la terre ?” Il s’enfuit en courant. Mes compagnons arrivèrent et demandèrent : “Où est l’homme qui se trouvait avec toi ?” Je leur répondis : “C’était un djinn, il s’est enfui.” Là-dessus, chacun d’eux tomba de sa monture. Je les ai tous relevés et attachés à leurs bêtes respectives jusqu’à ce que je les amène à Amaj (3), et ils n’étaient plus conscients de rien.

Sufyân ibn ‘Uyayna raconta qu’Ibn az-Zubayr disait : « Une nuit, j’entrai dans la Mosquée Sacrée. J’y trouvai des femmes qui faisaient le tour de la Ka‘ba et je les trouvai à mon goût. Quand elles eurent fini leur circumambulation, elles sortirent, et je les suivis afin de savoir où elles demeuraient. Elles s’éloignèrent de La Mecque, franchirent le col (‘Aqaba), puis descendirent jusqu’à un passage étroit. Elles pénétrèrent dans une ruine et j’y entrai à leur suite. J’y trouvai de vieux hommes assis qui me demandèrent : “Qu’est-ce qui t’amène, ô Ibn az-Zubayr ?” Je leur dis : “Qui êtes-vous ?” Ils répondirent : “Nous sommes des djinns et ces femmes sont nos épouses. Que désires-tu, ô Ibn az-Zubayr ?” Je répondis : “Je voudrais manger des dattes fraîches.” Or, à cette époque, il n’y avait pas de dattes fraîches à La Mecque. Ils m’en apportèrent et je les mangeai. Puis ils me dirent : “Emporte donc ce qui reste avec toi.” Je partis avec ce qu’il en restait et l’installai dans une corbeille que je déposai dans un coffre, après quoi je m’allongeai pour dormir. J’étais à moitié endormi, à moitié éveillé, quand j’entendis une agitation dans la maison. L’un d’eux demandait à l’autre : “Où l’a-t-il mis ?” Ils répondirent : “Dans le coffre.” Ils l’ouvrirent et trouvèrent… »

(1) Tārīkh Dimashq, vol. 28, p. 181-182. (2) Al-Yanāṣib : des montagnes situées aux frontières des territoires de Banū Bakr ou Banū Asad au Najd, distantes de quatre milles d’Aḍākh. Muʿjam al-Buldān, vol. 5, p. 449. (3) Amj (avec jīm, voyelle fatḥa sur la première et la deuxième lettre) : une localité dans la région d’al-Madīnah. Muʿjam al-Buldān, vol. 1, p. 215.
المنبر فخطب الناس وذكر لهم كيفية ما جرى، قال [عبد اللَّه] : فالتفتُّ فإذا [أبي] الزبير في جملة من حضر، فلما تبينت وجهه كاد أن يرتج عليّ في الكلام من هيبته في قلبي، فرمزني بعينه وأشار إليّ ليحضَّني، فمضيت في الخطبة كما كنت، فلما نزلت قال: واللَّه لكأني أسمع خطبة أبي بكر الصديق حين سمعت خطبتك يا بني (١) . وقال أحمد بن أبي الحواري: سمعت أبا سليمان الداراني يقول: خرج ابن الزبير في ليلة مقمرة على راحلة له، فنزل في تبوك فالتفت فإذا على الراحلة شيخ أبيض الرأس واللحية فشد عليه ابن الزبير فتنحى عنها فركب ابن الزبير راحلته ومضى، قال: فناداه: واللَّه يا ابن الزبير لو دخل قلبك الليلة مني شعرة لخبلتك، قال: ومنك أنت يا لعين يدخل قلبي شيء؟ وقد روي لهذه الحكاية شواهد من وجوه أخرى جيدة. وروى عبد اللَّه بن المبارك: عن إسحاق بن يحيى، عن عامر بن عبد اللَّه بن الزبير، قال: أقبل عبد اللَّه بن الزبير من العمرة في ركب من قريش فلما كانوا عند اليناصب (٢) أبصروا رجلًا عند شجرة، فتقدمهم ابن الزبير، فلما انتهى إليه سلم عليه فلم يعبأ به ورد ردًا ضعيفًا، ونزل ابن الزبير فلم يتحرك له الرجل، فقال له ابن الزبير: تنح عن الظل، فانحاز متكارهًا، قال ابن الزبير: فجلست وأخذت بيده وقلت: من أنت؟ فقال: رجل من الجن، فما عدا أن قالها حتى قامت كل شعرة مني فاجتذبته وقلت: أنت رجل من الجن وتبدو إليّ هكذا؟ وإذا له لبس سفلة وانكسر ونهرته وقلت: إليّ تتبدَّا وأنت من أهل الأرض، فذهب هاربًا وجاء أصحابي فقالوا: أين الرجل الذي كان عندك؟ فقلت: إنه كان من الجن فهرب. قال: فما منهم رجل إلا سقط إلى الأرض عن راحلته، فأخذت كل رجل منهم فشددته على راحلته حتى أتيت بهم أمَج (٣) وما يعقلون. وقال سفيان بن عيينة قال ابن الزبير: دخلت المسجد ذات ليلة فإذا نسوة يطفن بالبيت فأعجبنني، فلما قضين طوافهن خرجن فخرحت في أثرهن لأعلم أين منزلهن، فخرجن من مكة حتى أتين العقبة ثم انحدرن حتى أتين فجًا، فدخلن في خربة فدخلت في أثرهن. فإذ مشيخة جلوس فقالوا: ما جاء بك يا بن الزبير؟ فقلت لهم من أنتم؟ قالوا الجن وتلك النسوة نساؤنا فما تشتهي يا بن الزبير، فقلت: أشتهي رطبًا، وما بمكة يومئذ من رطبة، فأتوني برطب فأكلت ثم قالوا: احمل ما بقي معك، فجئت به المنزل فوضعته في سفط وجعلت السفط في صندوق، ثم وضعت رأسي لأنام، فبينما أنا بين النائم واليقظان إذ سمعت جلبة في البيت، فقال بعضهم لبعض أين وضعه؟ قالوا: في الصندوق، ففتحوه فإذا هو في
(١) تاريخ دمشق (٢٨/ ١٨١ - ١٨٢). (٢) اليناصب: أجبل متحاذيات في ديار بني بكر أو بني أسد بنجد، بينها وبين أضاخ أربعة أميال. معجم البلدان (٥/ ٤٤٩). (٣) أمج -بالجيم، وفتح أوله وثانيه- بلد من أعراض المدينة. معجم البلدان (١/ ٢١٥).

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