Il (Ibn al-Zubayr) se laissa tenter par les biens de ce monde et disputa le califat à ses détenteurs légitimes. Ce faisant, il rompit l’obéissance due à Dieu et commis un acte d’hérésie dans le sanctuaire de Dieu. Or, si La Mecque avait pu empêcher un décret divin, elle l’aurait fait pour Adam, à qui Dieu avait accordé la sacralité du Paradis : Il l’avait créé de Sa propre main, avait insufflé en lui de Son souffle, avait ordonné à Ses anges de se prosterner devant lui et lui avait enseigné les noms de toute chose. Lorsque Adam Lui désobéit, Dieu le chassa du Paradis et le fit descendre sur terre, alors qu’Adam est plus noble aux yeux de Dieu qu’Ibn al-Zubayr ! De surcroît, Ibn al-Zubayr aurait modifié le Livre de Dieu.
Abd Allah ibn ‘Umar lui répondit alors : « Si je voulais te dire “Tu mens”, je le ferais. Par Dieu, Ibn al-Zubayr n’a pas changé le Livre de Dieu. Bien au contraire, il s’y conformait pleinement, jeûnait assidûment et agissait selon la vérité. »
Par la suite, al-Hajjaj écrivit à ‘Abd al-Malik pour l’informer de la mise à mort d’Abd Allah ibn al-Zubayr. Il expédia sa tête, ainsi que celles d’Abd Allah ibn Safwân et de ‘Umâra ibn ‘Amr ibn Hazm, à ‘Abd al-Malik. Il leur ordonna, lorsqu’ils traverseraient Médine, d’y exposer les têtes, puis de poursuivre leur route jusqu’en Syrie. Ils exécutèrent ses ordres ; les têtes furent confiées à un homme de la tribu des Azd, auquel ‘Abd al-Malik remit cinq cents dinars. Puis il fit appeler un ciseau et coupa une mèche de ses propres cheveux, ainsi que ceux de ses fils, pour manifester sa joie devant la mort d’Ibn al-Zubayr—qu’ils reçoivent de Dieu ce qu’ils méritent. Ensuite, al-Hajjaj ordonna que le corps d’Ibn al-Zubayr fût crucifié sur la colline de Kaddâ, près du lieu-dit al-Hajûn, certains rapportant qu’il fut pendu la tête en bas. Il resta ainsi crucifié jusqu’à ce que ‘Abd Allah ibn ‘Umar passe devant lui, en disant : « Que la miséricorde de Dieu soit sur toi, Abû Khubayb ! Par Dieu, tu jeûnais souvent et passais de longues heures en prière. » Puis il ajouta : « N’est-il pas temps que ce cavalier descende ? » Al-Hajjaj envoya donc des hommes pour le détacher du tronc et l’ensevelir là où il se trouvait.
Après cela, al-Hajjaj entra à La Mecque et obtint l’allégeance de ses habitants pour le compte de ‘Abd al-Malik ibn Marwân. Il demeura à La Mecque jusqu’à ce qu’il dirigeât de nouveau le pèlerinage la même année, alors qu’il détenait l’autorité sur La Mecque, le Yamâma et le Yémen.
Voici la biographie de l’émir des croyants, ‘Abd Allah ibn al-Zubayr (1) :
(1) Il s’agit de ‘Abd Allah ibn al-Zubayr ibn al-‘Awâm ibn Khuwaylid, de la lignée Asad ibn ‘Abd al-‘Uzzâ ibn Qusay ibn Kilâb, surnommé Abû Bakr et parfois appelé Abû Khubayb al-Qurashî al-Asadî. Il fut le premier enfant parmi les émigrés (al-Muhâjirûn) à naître à Médine après l’Hégire. Sa mère est Asmâ’, fille d’Abu Bakr al-Siddîq – que Dieu l’agrée – surnommée « celle aux deux ceintures ». Elle avait émigré à Médine alors qu’elle était déjà proche du terme de sa grossesse, et c’est à Qubâ, lors de leur premier arrêt, qu’elle le mit au monde.
On raconte aussi qu’elle l’aurait enfanté en Shawwâl de la deuxième année de l’Hégire, comme le rapportent al-Wâqidî, Mus‘ab al-Zubayrî et d’autres. Cependant, la première version est jugée plus fiable, selon le hadith rapporté par Ahmad (2) d’après Abû Usâma, d’après Hishâm, d’après son père, d’après Asmâ’, qui déclara : « J’étais enceinte de ‘Abd Allah à La Mecque. Je partis alors que j’étais sur le point d’accoucher ; je gagnai Médine et m’installai à Qubâ, où je l’enfantai. Puis je l’emmenai auprès du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), qui le posa sur ses genoux. Il demanda alors une datte, la mâcha, puis l’introduisit dans sa bouche. Ainsi, la première chose qui entra dans son ventre fut la salive du Prophète. »