Bani Jumah, et pour les gens de Qinnasrîn, la porte de Bani Sahm (1), [et à chaque porte se trouvait un chef, entouré des gens de ces contrées]. Al-Hajjâj et Târiq ibn ʿAmr se trouvaient du côté de l’Abṭaḥ, et Ibn az-Zubayr ne paraissait pas devant ceux d’une porte sans les disperser et mettre leurs rangs en déroute. Il ne revêtait aucune armure avant de les repousser jusqu’à l’Abṭaḥ, puis il s’écriait : « Si mon adversaire n’était qu’un seul homme, je m’en chargerais. » Alors Ibn Ṣafwân et les gens du Shâm (Syrie) disaient eux aussi : « Oui, par Dieu, et mille hommes encore !» Un projectile de catapulte pouvait bien tomber sur le bord de son vêtement, il ne s’en émouvait pas ; puis il sortait pour combattre, tel un lion féroce, au point que les gens s’étonnaient de sa bravoure et de son audace.
Quand vint la nuit du mardi dix-septième de Jumâdâ al-Oulâ de cette année, Ibn az-Zubayr passa toute la nuit en prière, puis s’assit, enroulé dans la bandoulière de son épée, et s’endormit. Il se réveilla à l’aube, comme à son habitude, et dit : « Ô Saʿd, appelle à la prière. » Saʿd fit l’appel auprès du Maqâm, puis Ibn az-Zubayr fit ses ablutions et pria deux rakʿas de l’aube. On proclama alors l’iqâma, il dirigea la prière de l’aube, récitant la sourate N lettre par lettre. Après avoir achevé la prière, il prononça les salutations finales, loua Dieu et L’exalta, avant de dire : « Ôtez vos visières, que je vous voie. » Ils portaient alors des casques, si bien qu’ils découvrirent leurs visages. Il les encouragea au combat et à la persévérance, puis se leva et chargea, et ils chargèrent à sa suite, jusqu’à repousser l’adversaire vers al-Ḥajûn. Une brique vint alors le frapper au visage, le faisant trembler, et, sentant la chaleur du sang couler sur son visage, il cita ce vers :
« Ce ne sont point nos talons qui saignent de nos plaies,
Mais nos pieds sur lesquels goutte le sang. »
Il s’effondra alors, et ils se ruèrent sur lui pour le tuer (2). Ils se rendirent aussitôt auprès d’al-Hajjâj pour lui en faire part ; celui-ci tomba en prosternation – que Dieu le couvre d’opprobre ! – puis se releva, accompagné de Târiq ibn ʿAmr, et ils se postèrent devant le corps inanimé. Târiq s’exclama : « Les femmes n’ont jamais donné naissance à un homme plus valeureux que celui-ci. » Al-Hajjâj répliqua : « Tu fais l’éloge de celui qui désobéit au Commandeur des Croyants ? » Il répondit : « Oui ! Il est même plus excusable, car nous l’avons assiégé alors qu’il ne disposait ni forteresse, ni fossé, ni abri pour se mettre à égalité avec nous ; il l’emportait même sur nous à chaque affrontement. » Lorsque la nouvelle parvint à ʿAbd al-Malik, il approuva Târiq (3).
Ibn ʿAsâkir rapporte (4) dans la biographie d’al-Hajjâj que lorsque Ibn az-Zubayr fut tué, La Mecque tout entière se mit à pleurer ʿAbd Allâh ibn az-Zubayr (qu’Allâh lui fasse miséricorde). Al-Hajjâj s’adressa alors aux gens et déclara : « Ô gens ! ʿAbd Allâh ibn az-Zubayr figurait parmi les meilleurs de cette communauté, jusqu’au moment où il convoita le califat, le disputant à ceux qui en détenaient le droit, et commettant un sacrilège dans le Sanctuaire ; Dieu lui a alors fait goûter un châtiment douloureux. Adam fut plus honoré auprès de Dieu qu’Ibn az-Zubayr, et se trouvait au Paradis, plus noble encore que La Mecque. Cependant, lorsqu’il désobéit à l’ordre divin et mangea de l’arbre défendu, Dieu l’expulsa du Paradis. Levez-vous donc pour accomplir votre prière, que Dieu vous fasse miséricorde. »
[On raconte qu’il aurait ajouté : « Ô gens de La Mecque, vous qui considérez si grande et si solennelle la mise à mort d’Ibn az-Zubayr, certes, Ibn az-Zubayr était l’un des meilleurs de cette… »]