Il affronta alors Shayba, puis ils revenaient à la charge contre lui et il les repoussait, agissant ainsi à plusieurs reprises. Ce jour-là, il tua plusieurs parmi eux en répétant : « Prends cela, je suis le fils du ḥawārī. »
On demanda à Ibn al-Zubayr : « Ne vas-tu pas leur parler d’une trêve ? » Il répondit : « Par Dieu, s’ils vous trouvaient au cœur de la Kaʿba, ils vous égorgeraient tous. Par Dieu, je ne leur demanderai jamais la paix. » Plus d’un rapporta qu’au moment où ils lancèrent des projectiles avec le mangonneau, il survint des éclairs, des tonnerres et des foudres dont le fracas surpassait celui de la machine de siège. Une foudre tomba et frappa douze hommes parmi les Syriens, si bien que leur détermination à assiéger faiblit.
Cependant, al-Ḥajjāj continua de les encourager en disant : « Je connais bien ces contrées, ce sont les éclairs, les tonnerres et les foudres de Tihama. Les adversaires sont frappés comme vous. » Le lendemain, une autre foudre tomba et tua également un grand nombre de partisans d’Ibn al-Zubayr. Alors al-Ḥajjāj s’exclama : « Ne vous avais-je pas dit qu’ils seraient atteints comme vous, alors que vous êtes dans l’obéissance et eux dans la rébellion ? » Les gens du Shām disaient des vers de rajaz en lançant leurs pierres avec le mangonneau : « Elle fuse comme un chameau fou de rage… Nous frappons de ses projectiles les poutres de cette mosquée. » (1)
Une foudre s’abattit ensuite sur le mangonneau et l’incinéra. Les Syriens cessèrent alors de tirer et d’assiéger. Al-Ḥajjāj leur fit un discours : « Malheur à vous ! Ne savez-vous pas que le feu descendait, jadis, sur ceux qui nous précédaient pour consumer leur offrande lorsque celle-ci était agréée ? [Si votre action n’était pas agréée, le feu ne serait pas descendu pour la consumer.] » Ils reprirent donc le siège.
Les gens de La Mecque continuèrent à se rendre à al-Ḥajjāj sous garantie de sécurité, se séparant peu à peu d’Ibn al-Zubayr, au point qu’environ dix mille hommes se joignirent à lui. Al-Ḥajjāj leur accorda son amān (sûreté). Il ne resta plus guère de monde auprès d’Ibn al-Zubayr, jusqu’à ce que Hamza et Khubayb, fils de ʿAbd Allāh ibn al-Zubayr, se rendent à al-Ḥajjāj pour obtenir sécurité, et il la leur accorda.
Alors ʿAbd Allāh ibn al-Zubayr vint trouver sa mère pour se plaindre de l’abandon des gens, de leur ralliement à al-Ḥajjāj, y compris parmi ses propres enfants et proches. Il lui dit qu’il ne lui restait plus qu’un petit nombre d’hommes, qu’ils ne pourraient plus résister même une heure, tandis que l’ennemi lui offrait tout ce qu’il souhaitait de ce monde. « Que penses-tu de tout cela ? » Sa mère répondit : « Mon fils, c’est à toi de savoir : si tu es convaincu d’être dans la vérité et que tu y appelles, alors persévère, car tes compagnons sont morts pour ce principe. Ne laisse pas les jeunes de Banū Umayya jouer de ta tête. Mais si tu sais que tu ne cherches que la vie de ce monde, tu es un bien mauvais serviteur : tu t’es anéanti et tu as précipité à la mort ceux qui t’ont suivi. Or, si tu es dans la vérité, comment la religion pourrait-elle faiblir, et combien de temps penses-tu prolonger ta vie en ce monde ? Mourir serait préférable. »
Alors il s’approcha d’elle, lui baisa la tête et dit : « Par Dieu, voilà bien ce que je pensais. Je n’ai jamais placé mon espoir dans ce monde ni chéri l’idée d’y vivre. Si je me suis soulevé, c’est seulement par courroux pour Dieu, afin que Son sanctuaire ne soit pas profané. Je souhaitais simplement entendre ton avis, et tu as renforcé ma détermination. Sache, ô ma mère, que je serai tué ce jour. Ne te laisse pas aller à un chagrin trop lourd et remets-toi-en au décret de Dieu, car ton fils n’a jamais entrepris volontairement rien de blâmable, ni commis de turpitude, ni transgressé la justice divine, ni trahi un accord de confiance, ni consciemment lésé un seul musulman. »