Al-Ahnaf (1) avait les jambes déviées, un physique peu avantageux, il était de petite taille, imberbe et ne possédait qu’une seule testicule. ‘Umar le retint pendant un an à son arrivée pour l’éprouver, puis déclara : « Par Dieu, voilà le maître » – ou peut-être dit-il « voilà la noblesse ». [On rapporte aussi qu’il prononça un discours devant ‘Umar qui fut séduit par son éloquence.] On raconte qu’il perdit un œil à cause de la variole, d’autres disent que ce fut lors de la conquête de Samarcande.
Ya‘qūb ibn Sufyān dit : « Al-Ahnaf était généreux et plein de mansuétude, c’était un homme pieux. Il vécut à l’époque préislamique puis embrassa l’islam. Il fut mentionné au Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), qui pria pour qu’il reçoive le pardon. »
Muḥammad ibn Sa‘īd ajouta : « C’était un homme fiable et sûr, peu porté à rapporter les hadiths. Il priait abondamment la nuit : il allumait sa lampe, priait et pleurait jusqu’au matin, puis il plongeait son doigt dans la flamme en disant : “Hé, ô Aḥnaf ! Qu’est-ce qui t’a poussé à faire ceci ou cela ?” Et il se disait : “Si tu ne supportes pas la flamme de la lampe, comment pourras-tu endurer le Feu de l’Enfer ?” »
On lui dit : « Le jeûne t’affaiblit. » Il répondit : « Je l’épargne pour un jour très long. » On lui demanda : « Comment ton peuple t’a-t-il placé à sa tête alors que tu es le plus disgracieux d’entre eux ? » Il répondit : « Si mon peuple avait blâmé l’eau, je n’en aurais pas bu. »
[Al-Ahnaf fut l’un des commandants d’Ali le jour de Ṣiffīn (3). C’est lui qui conclut un pacte avec les habitants de Balḫ prévoyant le versement de quatre cent mille dinars chaque année. Il prit part à des batailles célèbres, tua nombre de gens du Khorassan lors des affrontements et en sortit victorieux.]
Al-Ahnaf ne se laissait pas emporter par la colère, n’était pas irréfléchi et ne repoussait jamais la vérité. Il déclara : « La noblesse de caractère consiste aussi à savoir supporter l’humiliation, et la patience est un allié suffisant. » Il ajouta : « Quiconque s’oppose à moi, je choisis parmi trois attitudes : s’il est supérieur à moi, je reconnais son rang ; s’il est inférieur, je m’élève au-dessus de lui ; s’il est mon égal, je fais preuve de générosité à son égard. » Il dit encore : « Je n’ai jamais médit de quelqu’un sitôt qu’il se levait de chez moi ; et je n’ai jamais entendu de propos blessants sans baisser la tête pour réfléchir à quelque chose de plus grave encore. »
Un homme lui parla durement. Lorsque ce dernier arriva devant les siens, al-Ahnaf s’arrêta et lui dit : « Si tu as autre chose à dire, dis-le maintenant, pour que mes gens ne t’entendent pas et ne te fassent pas de mal. »
On rapporte aussi que ‘Abd al-Malik ibn Marwān lui envoya une missive l’invitant à rallier sa cause et lui promettant le gouvernement de la Syrie. Al-Ahnaf déclara alors : « Le fils d’az-Zarqā me propose de gouverner la Syrie ! Par Dieu, j’aimerais qu’il y ait entre moi et eux une montagne de feu. »