Il le vit et dit : « J’ai vu, ô Commandeur des croyants, comme si j’avais saisi ‘Abd Allâh ibn az-Zubayr et l’avais écorché. Envoie-moi donc à lui, car je le tuerai. » Il l’envoya alors à la tête d’une nombreuse armée de gens du Shâm et rédigea avec lui une promesse de sécurité pour les habitants de La Mecque s’ils lui obéissaient.
On raconte que, durant le mois de Jumâdâ de cette même année, al-Hajjâj partit avec deux mille cavaliers des gens du Shâm. Il prit la route d’Irak et ne s’arrêta pas à Médine ; il descendit plutôt à Tâ’if. De là, il dépêchait des troupes à ‘Arafah ; Ibn az-Zubayr envoyait alors sa cavalerie à leur rencontre, mais elle était mise en déroute, tandis que celle d’al-Hajjâj remportait la victoire. Ensuite, al-Hajjâj écrivit à ‘Abd al-Malik pour lui demander l’autorisation de pénétrer dans l’enceinte sacrée et d’assiéger Ibn az-Zubayr, car ce dernier avait perdu de sa force [et son groupe s’était lassé] ; la plupart de ses compagnons s’étaient dispersés. Al-Hajjâj demanda également à ‘Abd al-Malik de lui envoyer des renforts. ‘Abd al-Malik écrivit donc à Târiq ibn ‘Amr, qui gouvernait Médine pour son compte, pour qu’il le rejoigne avec ses troupes. Auparavant, ‘Abd al-Malik avait ordonné à Târiq de demeurer à Wâdî al-Qurâ avec l’armée venue de Médine, forte d’environ cinq mille hommes du Shâm (1).
Al-Hajjâj quitta alors Tâ’if, s’arrêta à Bi’r Maymûn et assiégea Ibn az-Zubayr dans la mosquée. Au mois de Dhû al-Hijjah, al-Hajjâj dirigea le pèlerinage cette année-là, gardant lui-même et ses hommes leurs armes, y compris sur le mont ‘Arafât et dans les autres rites qui suivirent. Ibn az-Zubayr, lui, était assiégé et ne put pas accomplir le Hajj cette année-là ; il ne put que sacrifier un chameau le jour du Sacrifice [et de la même manière, beaucoup de ceux qui étaient avec lui ne purent pas faire le pèlerinage]. Beaucoup de ceux qui se trouvaient avec al-Hajjâj ne purent non plus l’accomplir. Târiq ibn ‘Amr voulut qu’ils fassent le Tawâf autour de la Ka‘ba, mais ils restèrent en état d’ihrâm, ne pouvant accomplir ainsi le deuxième désengagement. Al-Hajjâj et ses hommes demeurèrent entre al-Hajûn et Bi’r Maymûn. Inna lillâhi wa innâ ilayhi râji‘ûn (Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous faisons retour).
Ibn Jarîr rapporte (2) : « Cette année-là, ‘Abd al-Malik écrivit à ‘Abd Allâh ibn Khâzim, gouverneur du Khorassan, l’invitant à prêter allégeance et lui promettant la jouissance du Khorassan pendant sept ans. Lorsque le message lui parvint, il dit au messager (3) : “Celui qui t’a envoyé est Abû adh-Dhibân (le père des mouches) ? Par Dieu, si l’on ne respectait pas la règle de ne pas tuer les messagers, je t’aurais tué. Mais dévore plutôt sa lettre !” Le messager la mangea. »
‘Abd al-Malik dépêcha ensuite un message à Bukayr ibn Wishâh, qui était le délégué d’Ibn Khâzim à Marw, lui promettant le poste de gouverneur du Khorassan s’il renonçait à l’autorité d’Ibn Khâzim. Il s’exécuta, et Ibn Khâzim vint alors l’affronter. Ibn Khâzim, gouverneur du Khorassan, trouva la mort au combat, tué par un homme appelé Waqî‘ ibn ‘Amîrah, avec l’aide d’autres combattants. Waqî‘ s’assit sur la poitrine d’Ibn Khâzim, qui était encore en vie. Ibn Khâzim tenta de se relever mais ne le put, tandis que Waqî‘ répétait : “Ô vengeance de Duwailah !” — faisant référence à son frère, que Ibn Khâzim avait tué [Duwailah ayant été tué par Ibn Khâzim].
(4) Ibn Khâzim cracha alors au visage de Waqî‘, et celui-ci déclara : “Je n’ai jamais vu quelqu’un ayant autant de salive que lui dans une telle situation !” Ibn Hubayrah (5) disait souvent à ce sujet : “Par Dieu, c’est là un vrai courage !”
Ibn Khâzim lui répondit : “Malheur à toi ! Me tues-tu pour ton frère ? Qu’Allâh te maudisse ! Vas-tu tuer le bélier (chef) d’une province pour un frère qui n’était qu’un misérable ? Il ne valait pas même la valeur d’une poignée de terre — ou d’un noyau !”