Ibn Jarîr (1) a dit : « Abû Zayd a rapporté, d’après Abû Ghassân Muhammad ibn Yahyâ, qui a dit : Mus‘ab ibn ‘Uthmân m’a raconté : Lorsque la nouvelle du meurtre de son frère Mus‘ab parvint à ‘Abd Allâh ibn az-Zubayr, il se leva devant les gens pour prononcer un sermon et déclara :
“Louange à Dieu, à qui appartiennent la création et le commandement. Il accorde la royauté à qui Il veut, et Il l’arrache à qui Il veut ; Il élève qui Il veut et humilie qui Il veut. Or Dieu n’humilie jamais celui qui a la vérité avec lui, même s’il est seul, et celui dont l’allié est Satan et ses partisans ne réussira jamais, même si l’humanité tout entière est avec lui.
Sachez qu’un message d’Irak nous est parvenu avec une nouvelle qui nous a à la fois attristés et réjouis : il s’agit de l’annonce de la mort de Mus‘ab (qu’Allâh lui fasse miséricorde). Ce qui nous réjouit, c’est de savoir que sa mise à mort lui octroie le martyre. Ce qui nous attriste, c’est qu’il est douloureux de perdre un être cher ; c’est un tourment que ressent tout proche au moment du malheur, puis celui qui raisonne se ressaisit par une belle patience et un réconfort louable.
Il est vrai que j’ai été touché par la perte de Mus‘ab, comme je l’avais déjà été par la perte az-Zubayr avant lui, et je n’ai pas non plus été épargné par le malheur concernant ‘Uthmân. Quant à Mus‘ab, il n’était qu’un serviteur parmi les serviteurs de Dieu, et un de mes soutiens. Sachez que les gens d’Irak sont des traîtres et des hypocrites : ils l’ont abandonné et l’ont vendu pour un prix dérisoire. S’il est tué, par Dieu, nous ne mourrons pas dans nos lits comme meurent les fils d’Abû al-‘Âs ; par Dieu, pas un seul d’entre eux n’est tombé au combat, ni à l’époque antéislamique ni sous l’islam. Nous ne mourons que sous la pointe des lances ou à l’ombre des sabres.
Sachez que ce bas monde n’est au fond qu’un prêt provisoire venant du Souverain Suprême, dont le pouvoir ne s’éteint jamais et dont la royauté ne disparaît pas. S’il nous est accordé, je ne le prendrai pas avec l’orgueil de l’arrogant ; et s’il se détourne de nous, je ne le déplorerai pas comme le ferait celui qui s’abandonne à la tristesse et à l’humiliation. Je dis ces mots et je demande pardon à Dieu pour moi-même et pour vous.”
Parmi ceux qui décédèrent cette année-là, on compte des personnalités notables :
Ibrâhîm ibn al-Ashtar (4) — sachant que le nom de son père al-Ashtar est Mâlik ibn al-Hârith an-Nakha‘î. Son père, al-Ashtar, fut l’un des grands chefs de ‘Alî, et ‘Alî l’avait nommé gouverneur du Khorassan. Il était aussi parmi ceux qui se révoltèrent contre ‘Uthmân et participèrent à son assassinat. Ibrâhîm, quant à lui, était l’un des chefs réputés pour leur courage et jouissait d’une noble position. C’est lui qui tua ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd, comme nous l’avons mentionné. Ensuite, il rejoignit Mus‘ab ibn az-Zubayr et fut tué avec lui, ainsi que nous l’avons relaté.
‘Abd ar-Rahmân ibn Abzâ al-Khuzâ‘î (5), Compagnon (du Prophète) et transmetteur de hadiths, fut nommé gouverneur du Khorassan par ‘Alî. Il s’établit à Kûfa et en fut également gouverneur à une occasion.”