Abd al-Malik dit : « Par Dieu, il était tel qu’il s’était décrit lui-même, et il a dit vrai. Il était vraiment parmi les personnes que j’aimais le plus et celles qui m’étaient le plus proches en intimité et en amitié, mais la royauté est impitoyable (1). »
Ya‘qûb ibn Sufyân a rapporté, d’après Sulaymân ibn Harb, d’après Ghassân ibn Mudhar, d’après Sa‘īd ibn Yazīd, qu’‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd ibn Zubyân tua Mus‘ab près du couvent d’al-Jâthlîq, sur la rive d’une rivière appelée Dujayl, dans la région de Maskin. Il lui trancha ensuite la tête et l’emporta vers ‘Abd al-Malik, qui se prosterna pour remercier Dieu. Ibn Zubyân était un homme violent et pervers, et il regretta par la suite en disant : « Si seulement j’avais tué ‘Abd al-Malik auparavant, ce jour-là, j’aurais tué le roi des Arabes ! »
Ya‘qûb déclara : « Cela eut lieu en l’an soixante-douze. » Je (l’auteur) dis : « C’est aussi l’opinion d‘Alî ibn Muhammad al-Madâ’inî, mais Ibn Jarîr et d’autres ont estimé que cela s’était produit en soixante-et-onze, et Dieu (2) le sait mieux. » Al-Zubayr ibn Bakkâr a rapporté, au sujet de l’âge qu’il avait lorsqu’il fut tué, trois opinions : trente-cinq ans, quarante ans ou quarante-cinq ans [Dieu sait mieux].
Al-Khatîb al-Baghdâdî (3) a rapporté que son épouse, Sukayna bint al-Husayn, se trouvait avec lui lors de cette bataille. Lorsqu’elle fut convaincue qu’il allait être tué, elle s’écria : « Ô Mus‘ab ! » Mus‘ab répondit : « Si j’avais entendu ce propos avant ce jour, je ne me serais pas aventuré ici. » Il voulait dire qu’elle ne lui montrait pas son affection jusque-là et, apprenant son amour, il regretta son ardeur à s’exposer à la mort. Une fois tué, elle le chercha parmi les morts, puis le reconnut à une marque sur sa cuisse. Elle s’approcha alors de lui et dit : « Quel excellent époux pour une femme musulmane tu étais. Par Dieu, il t’est arrivé ce qu’a décrit ‘Antara :
“Un amant de courtisane que j’ai laissé gisant à terre,
Sans qu’on l’eût jamais atteint ni qu’il eût été brisé.
Je lui ai transpercé la peau de ma longue lance :
Car l’homme noble ne saurait être à l’abri du javelot.” »
Al-Zubayr (4) raconta : ‘Abd Allâh ibn Qays al-Ruqayyât composa ces vers à la mémoire de Mus‘ab :
« Il a légué (5) aux deux métropoles (6) un chagrin et un abaissement,
Lui qui gît, tué près du couvent d’al-Jâthlîq.
Jamais (7) Bakr ibn Wâ’il ne fut sincère envers Dieu,
Ni (8) Tamîm véridique le jour de l’affrontement. »