Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il leur accorda alors la sécurité, puis envoya auprès d’eux ʿAbbâd ibn al-Huṣayn pour les faire sortir, groupés. L’un des prisonniers lui adressa la parole en ces termes : « Louange à Dieu qui vous a accordé la victoire sur nous et nous a éprouvés par la captivité. Ô fils d’al-Zubayr ! Celui qui pardonne voit Dieu lui pardonner, tandis que celui qui châtie ne saurait être à l’abri de représailles. Nous sommes de la même Qibla que vous et de la même religion, et maintenant que vous êtes en position de force, faites preuve d’indulgence et pardonnez-nous. »

Musʿab en fut ému et voulut les libérer. Alors ʿAbd al-Raḥmān ibn Muḥammad ibn al-Ashʿath et d’autres, issus de chaque tribu, se levèrent en disant : « Ils ont tué nos fils et nos proches, et ils ont blessé nombre des nôtres. Choisis entre nous et eux. » Sur ce, il ordonna qu’on les mette à mort. Ils protestèrent tous : « Ne nous tue pas ! Fais de nous l’avant-garde de ton armée contre ʿAbd al-Malik ibn Marwān : si nous l’emportons, tu en sortiras vainqueur ; si nous sommes tués, nous ne périrons qu’après avoir porté un coup aux rangs ennemis, et cela réalisera ce que tu souhaites. » Musʿab refusa leur proposition.

Alors, un dénommé Musāfir lui dit : « Crains Dieu, ô Musʿab ! Car Dieu t’a ordonné de ne pas tuer un musulman sans motif légitime. De plus : “Quiconque tue intentionnellement un croyant, sa rétribution sera l’Enfer pour y demeurer éternellement ; Dieu l’a frappé de Sa colère, l’a maudit et lui a préparé un terrible châtiment.” (An-Nisā’ 4:93). » Musʿab ne lui prêta pas attention et ordonna qu’on leur tranche la tête à tous ; ils étaient sept mille. Musʿab écrivit ensuite à Ibn al-Ashtar : « Rejoins-moi, et je te donnerai la Syrie et la tête des cavaliers. » Ibn al-Ashtar partit donc en direction de Musʿab.

On rapporte que lorsque Musʿab arriva à La Mecque, il alla voir ʿAbd Allāh ibn ʿUmar et lui demanda : « Ô oncle ! J’aimerais ton avis sur des gens qui ont refusé l’obéissance, qui ont combattu jusqu’à vaincre, puis se sont retranchés et ont demandé la sécurité ; on la leur a accordée, et ils ont ensuite été tués. » ʿAbd Allāh ibn ʿUmar demanda : « Combien étaient-ils ? » Musʿab répondit : « Cinq mille. » Ibn ʿUmar s’exclama alors, glorifiant Dieu et proclamant Son unicité, puis lui dit : « Si un homme abattait cinq mille têtes de bétail appartenant à al-Zubayr en une seule matinée, ne le qualifierait-on pas d’excessif ? » Musʿab dit : « Certes. » Ibn ʿUmar reprit : « Tu considères cela excessif pour des bêtes et non pour des âmes qu’on espère voir se repentir ? Ô mon neveu, désaltère-toi autant que tu peux de l’eau fraîche dans ce bas-monde. » (1)

Ensuite, Musʿab envoya la tête d’al-Mukhtār à son frère à La Mecque. Il s’établit fermement dans les deux Irak (Kufa et Bassora), y installa gouverneurs et responsables. Ibrāhīm ibn al-Ashtar gagna ses faveurs et fut placé à la tête des délégations. Puis Musʿab se rendit chez son frère à La Mecque pour l’informer de ses actions, et celui-ci les approuva, à l’exception du cas d’Ibn al-Ashtar, à propos de qui il déclara : « Tu t’es attaché à une bannière que Dieu avait abaissée ; or tu veux la relever ? » Il lui découvrit alors son dos portant la marque d’une blessure et ajouta (2) : « Penses-tu que j’aime Ibn al-Ashtar, alors que c’est lui qui m’a infligé cette blessure ? »

Il convoqua alors ceux des gens de l’Irak qui étaient arrivés avec Musʿab et leur dit : « Par Dieu, j’aurais aimé échanger deux parmi vous contre un seul homme du Shām. » Abū Ḥājjiz al-Asīdī (3), juge de la communauté à Bassora, lui répondit : « Ô Commandeur des croyants, il est parmi nous et parmi vous un dicton ancien, celui qu’a dit al-Aʿshā :
“Je suis tombé amoureux d’elle par hasard, tandis qu’elle aimait un autre que moi, et cet homme en aimait encore une autre…”

[Comme on a dit aussi :
“Nous sommes fous de Laylā, alors qu’elle est folle d’un autre ; et une autre encore est éprise de nous, dont nous ne voulons point.”] (4)

(1) Entre parenthèses, ajouté par Taḥ: et le rapport dans Tarīkh Dimashq (58/229-230). (2) Son emplacement dans Taḥ : « et il ne lui a pas accordé ce qu'il lui a fait », et il lui dit : « Me vois-tu ? » (3) Dans Taḥ : al-Asadī ; une erreur, la correction est tirée des sources de sa biographie. (4) Entre parenthèses, ajout de Taḥ.
فأمَّنهم، ثم بعث إليهم عبّاد بن الحصين فجعل يخرجهم ملتفين، فقال له رجل: الحمد للَّه الذي نصركم علينا وابتلانا بالأسر، يا ابن الزبير من عفا عفا اللَّه عنه، ومن عاقب لا يأمن القصاص، نحن أهل قبلتكم وعلى ملتكم وقد قدرت فاسمح واعف عنا، قال: فرقّ لهم مصعب وأراد أن يخلي سبيلهم، فقام عبد الرحمن بن محمد بن الأشعث وغيره من كل قبيلة فقالوا: قد قتلوا أولادنا وعشائرنا وجرحوا منا خلقًا، اخترنا أو اخترهم، فأمر حينئذ بقتلهم، فنادوا بأجمعهم: لا تقتلنا واجعلنا مقدمتك في قتال عبد الملك بن مروان، فإن ظفرنا فلكم، وإن قتلنا لا نقتل حتى نقتل منهم طائفة، وكان الذي تريد، فأبى ذلك مصعب، فقال له مسافر: اتق اللَّه يا مصعب، فإن اللَّه (عز وجل) أمرك أن لا تقتل نفسًا مسلمة بغير نفس، وإن: ﴿وَمَنْ يَقْتُلْ مُؤْمِنًا مُتَعَمِّدًا فَجَزَاؤُهُ جَهَنَّمُ خَالِدًا فِيهَا وَغَضِبَ اللَّهُ عَلَيْهِ وَلَعَنَهُ وَأَعَدَّ لَهُ عَذَابًا عَظِيمًا﴾ [النساء: ٩٣] فلم يسمع له بل أمر بضرب رقابهم جميعهم وكانوا سبعة آلاف نفس، ثم كتب مصعب إلى ابن الأشتر أن أجبني فلك الشام وأعنَّة الخيل، فسار ابن الأشتر إلى مصعب. وقيل إن مصعبًا لما قدم مكة أتى عبد اللَّه بن عمر فقال: أي عم: إني أسألك عن قوم خلعوا الطاعة وقاتلوا حتى غلبوا، تحصنوا وسألوا الأمان فأعطوه ثم قتلوا بعد ذلك. فقال: وكم هم؟ فقال: خمسة آلاف، فسبَّح ابن عمر واسترجع وقال: لو أن رجلًا أتى ماشية الزُّبير فذبح منها خمسة آلاف ماشية في غداة واحدة ألست تعده مُسرفًا؟ قال: نعم. قال: أفتراه إسرافًا في البهائم ولا تراه إسرافًا في من ترجو توبته؟ يا بن أخي أصب من الماء البارد ما استطعت في دنياك] (١) . ثم إن مصعبًا بعث برأس المختار إلى أخيه بمكة وتمكن مصعب في العراقين تمكنًا زائدًا، فقرر بها الولايات والعمال، وحظي عنده إبراهيم بن الأشتر فجعله على الوفادة، ثم رحل مصعب إلى أخيه بمكة فأعلمه بما فعل فأقره على ما صنع، إلا ابن الأشتر فقال له: أعمدت إلى راية خفضها اللَّه تريد أن ترفعها. ثم كشف عن ظهره فإذا ضربة قد أصابته وقال (٢) : أتراني أحب ابن الأشتر وهو الذي جرحني هذه الجراحة. ثم استدعى بمن قدم مع مصعب من أهل العراق فقال لهم: واللَّه لوددت أن لي بكل رجلين منكم رجلًا من أهل الشام. فقال له أبو حاجز الأسيدي (٣) -وكان قاضي الجماعة بالبصرة- إن لنا ولكم مثلًا قد مضى يا أمير المؤمنين وهو ما قال الأعشى: علقتها عرضًا وعلقتْ رجلًا … غيري وعلق أخرى غيرها الرجلُ [قلت كما قيل أيضًا: جُننا بليلى وهي جُنتْ بغيرنا … وأخرى بنا مجنونةٌ لا نريدها] (٤)
(١) ما بين معكوفين لأيادة من ط، والخبر في تاريخ دمشق (٥٨/ ٢٢٩ - ٢٣٠). (٢) مكانها في ط: ولم يُمضِ له ما جعله عليه، وقال له: أتراني. (٣) في ط: الأسدي؛ خطأ، والتصحيح من مصادر ترجمته. (٤) ما بين معكوفين زيادة من ط.

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