«Sur ton obéissance, mais avec un grief (1) que j’avais auprès de lui (2). Il lui avait en effet confié auparavant une fonction dont il le destitua ensuite, l’humiliant.
Ils racontent : lorsque la tête de Musʿab fut déposée devant ʿAbd al-Malik, celui-ci déclara : «Il y avait entre Musʿab et moi une ancienne amitié, et il comptait parmi les personnes que j’aimais le plus. Mais ce pouvoir est stérile.»
On rapporte également que lorsque les troupes de Musʿab se dispersèrent, son fils ʿIsā lui dit : «Si tu te réfugiais dans l’une des forteresses et écrivais à ceux qui se trouvent loin de toi, tels que al-Muhallab ibn Abī Ṣufra et d’autres, afin qu’ils te rejoignent, une fois que tu aurais obtenu d’eux ce que tu souhaites, tu pourrais alors affronter ces gens, car tu es fortement affaibli.» Il ne lui répondit pas, puis évoqua ce qui était arrivé à al-Ḥusayn ibn ʿAlī : comment il avait été tué noblement sans se livrer, et comment il n’avait trouvé aucune loyauté chez les habitants d’Irak — de même que son père et son frère auparavant. «Quant à nous, nous n’avons trouvé aucune fidélité chez eux.» Sur ce, ses compagnons prirent la fuite ; il ne resta auprès de lui qu’un petit nombre de ses fidèles, tandis que tous rejoignirent ʿAbd al-Malik. Or, ʿAbd al-Malik aimait énormément Musʿab et, avant de devenir calife, il était son ami intime.
Aussi, il dit à son frère Muḥammad : «Va le trouver et accorde-lui la sécurité.» Ce dernier vint à Musʿab et lui déclara : «Ô Musʿab, ton cousin t’accorde la sécurité pour ta personne, tes enfants, tes biens et ta famille. Va où tu le souhaites. S’il avait voulu autre chose, il l’aurait déjà fait. Je te conjure par Dieu de sauver ta vie.» Musʿab répondit : «L’affaire est scellée. Un homme comme moi ne quitte pas un tel champ de bataille à moins d’être vainqueur ou vaincu.» Son fils ʿIsā s’avança alors et combattit. Muḥammad ibn Marwān lui dit : «Ô fils de mon frère, ne te donne pas la mort.» Puis il répéta ce qu’il avait déjà dit, mais Musʿab combattit jusqu’à être tué (– qu'Allah lui fasse miséricorde –). Il en fut de même pour ceux qui tombèrent après lui, comme déjà mentionné.
On raconte qu’une fois la tête de Musʿab déposée devant ʿAbd al-Malik, celui-ci pleura en disant : «Par Dieu, je n’aurais pu patienter une heure sans lui tant je l’aimais, jusqu’à ce que l’épée se dresse entre nous. Mais le pouvoir est stérile. Nous avions éprouvé l’un pour l’autre un amour et un respect de longue date. Quand donc les femmes enfanteront-elles un homme tel que Musʿab ?» Ensuite, il ordonna qu’on ensevelisse Musʿab, son fils et Ibrāhīm ibn al-Ashtar dans des tombes à Mascin, près de Koufa (3).
Al-Madā’inī rapporte : «Musʿab ibn az-Zubayr fut tué un mardi (4), le treizième jour de Jumādā al-Oulā ou de Jumādā al-Ākhira de l’an 71, selon la majorité des sources.» Il ajoute : «Certains disent l’an 72. Dieu sait mieux la vérité.»
Ils poursuivent (5) : Lorsque ʿAbd al-Malik eut tué Musʿab, il se rendit à Koufa et s’installa à an-Noukhayla. Des délégations de chefs de tribus et de notables arabes vinrent alors le saluer. Il leur parla avec une grande éloquence, citant de beaux vers de poésie, et les gens d’Irak lui prêtèrent serment d’allégeance. Il répartit les charges d’administration, puis nomma Qutn ibn ʿAbd Allāh al-Ḥārithī comme gouverneur de Koufa pendant quarante jours. Ensuite, il le destitua et désigna à sa place son frère Bishr ibn Marwān.»