Ô émir ! Il ne reste plus aucun de tes émirs sans qu’il ait reçu une lettre semblable. Si tu m’obéis, je leur trancherai la tête. »
Alors Mus‘ab lui répondit : « Si je faisais cela, leurs clans ne nous soutiendraient plus par la suite. »
L’homme reprit : « Enchaîne-les dans le fer et envoie-les à Abyad Kisrâ pour les y emprisonner. Si la victoire (النصرة) t’est accordée, tu leur couperas la tête, mais si elle t’échappe, ils sortiront ensuite. »
Mus‘ab lui répliqua : « Ô Abû al-Nu‘mân, j’ai bien d’autres préoccupations que cela. » Puis Mus‘ab poursuivit : « Que Dieu fasse miséricorde à Abû Baḥr (c’est-à-dire al-Aḥnaf ibn Qays) : il ne cessait de me mettre en garde contre la trahison des Irakiens, comme s’il voyait déjà ce qui nous arrive à présent. »
Les deux armées se retrouvèrent alors face à face à Dayr al-Jâthalîq (1), près de Maskin. Ibrâhîm ibn al-Ash‘tar, qui commandait l’avant-garde irakienne de l’armée de Mus‘ab, chargea Muḥammad ibn Marwân, chef de l’avant-garde syrienne, et le délogea de sa position. ‘Abd al-Malik envoya alors en renfort ‘Abd Allâh ibn Yazîd ibn Mu‘âwiya. Ils lancèrent l’assaut contre Ibn al-Ash‘tar et ses hommes, les écrasèrent et tuèrent Ibn al-Ash‘tar – que Dieu lui pardonne (وعفا عنه). De nombreux émirs périrent également à ses côtés. ‘Atâb ibn Warqâ’ commandait la cavalerie de Mus‘ab et [il s’enfuit] (فهرب) pour chercher refuge auprès de ‘Abd al-Malik ibn Marwân.
‘Abd al-Malik envoya ensuite une offre de protection à Mus‘ab ibn al-Zubayr, resté au centre du front pour motiver les porte-étendards, exhorter les braves et les héros à avancer [contre l’ennemi] (القوم). Mais personne ne bougea (2). Il s’exclama alors : « Ô Ibrâhîm, je n’ai plus d’Ibrâhîm aujourd’hui ! » La situation devint critique, les combats s’intensifièrent, les soldats se dérobèrent, l’étau se resserra et les affrontements s’amplifièrent.
Selon al-Madâ’inî (3), citant Yahyâ ibn Sa‘îd ibn Abî al-Muhâjir d’après son père, ‘Abd al-Malik dépêcha son frère Muḥammad ibn Marwân auprès de Mus‘ab pour lui proposer la sécurité. Mais Mus‘ab refusa en déclarant : « Un homme tel que moi ne quitte pas ce lieu sinon en vainqueur ou en vaincu. » Ils racontent que Muḥammad ibn Marwân appela alors ‘Îsâ ibn Mus‘ab en lui disant : « Mon neveu, ne te sacrifie pas, tu as la garantie de sécurité. » Mus‘ab s’adressa à son fils : « Ton oncle t’accorde la protection, rends-toi auprès de lui. » Celui-ci répliqua : « Que jamais les femmes de Quraysh ne disent que je t’ai livré à la mort ! » Mus‘ab insista : « Ô mon fils, enfourche un cheval rapide et rejoins ton oncle ; informe-le de ce qu’ont fait les Irakiens, car je vais être tué ici. » Il répondit : « Par Dieu, je n’informerai jamais personne à ton sujet et je ne serai tué qu’avec toi. Mais si tu le souhaites, nous pouvons remonter à cheval et aller à Baṣra, où ils sont toujours unis. » Mus‘ab rétorqua : « Non, par Dieu, fuir n’a jamais été dans mes habitudes. Je combattrai ; si je suis tué, le sabre n’est point un déshonneur. Jamais Quraysh ne dira que j’ai fui le combat ! »
Il s’adressa ensuite à son fils : « Avance devant moi pour que je fasse valoir ton sacrifice. » Le fils s’élança et combattit jusqu’à ce qu’il fût tué. Mus‘ab fut alors sévèrement touché par des flèches. Zâ’idah ibn Qudâmah le vit ainsi, fondit sur lui et le transperça en s’écriant : « Vengeance pour al-Mukhtâr ! », puis le terrassa. Un homme nommé ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd ibn Ẓabyân al-Tamîmî descendit alors vers lui, l’acheva, lui trancha la tête et l’apporta à ‘Abd al-Malik ibn Marwân, qui se prosterna et lui offrit mille dinars. Il refusa de les accepter en disant : « Je ne l’ai pas tué. »