L’an soixante et onze (71 A.H.) débuta. Cette année-là vit la mort (martiale) de Mus‘ab ibn az-Zubayr. En effet, ‘Abd al-Malik ibn Marwān partit de Syrie à la tête de troupes imposantes et se dirigea vers Mus‘ab ibn az-Zubayr. Tous deux se rencontrèrent au cours de cette même année. Auparavant, chacun s’était mis en route pour rejoindre l’autre, mais l’hiver, le froid et la boue les empêchaient de se rencontrer, et chacun repartait dans son pays. Or, cette année-là, ‘Abd al-Malik marcha contre son ennemi et envoya devant lui des détachements. Certains de ceux qu’il avait dépêchés parvinrent à Bassora et y appelèrent secrètement la population à rallier ‘Abd al-Malik, et certains répondirent à cet appel.
Quant à Mus‘ab, il s’était rendu dans le Hijaz puis revint et entra à Bassora. Dans la foulée, il réprimanda les notables, les injuria et leur reprocha d’avoir laissé pénétrer ces hommes dans la ville et de les avoir acceptés, allant même jusqu’à démolir les maisons de certains d’entre eux. Il gagna ensuite Koufa et apprit que ‘Abd al-Malik rassemblait les armées syriennes pour le combattre. Il sortit donc à sa rencontre, tandis que ‘Abd al-Malik arrivait à Maskin. Ce dernier écrivit également aux Marwānides qui, ayant reçu ceux qu’il leur avait envoyés, avaient répondu à son appel. Ils exigèrent d’être nommés gouverneurs d’Ispahan et il leur promit cela. Ils étaient nombreux parmi les émirs. ‘Abd al-Malik plaça à l’avant de son armée son frère Muhammad ibn Marwān, mit ‘Abd Allâh ibn Yazîd ibn Mu‘âwiya à sa droite et Khâlid ibn Yazîd ibn Mu‘âwiya à sa gauche.
De son côté, Mus‘ab partit au combat avec l’appui fluctuant des gens d’Irak : ceux-ci se divisèrent au sujet de son autorité et l’abandonnèrent. Il regarda alors autour de lui et comprit que ses partisans n’étaient pas en mesure de résister à l’ennemi. Il se prépara par conséquent à se battre jusqu’à la mort et s’en remit à son sort. Il déclara : « J’ai pour modèle Husayn ibn ‘Alî qui refusa de baisser les armes et de s’humilier devant ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd. » Puis il se mit à réciter des vers pour s’encourager :
« Et ceux de la famille de Hâshim tombés à At-Tuff…
Servirent d’exemple et tracèrent le chemin de l’honneur à ceux qui les suivraient. »
Pour sa part, ‘Abd al-Malik s’était vu conseiller par certains de ses émirs d’envoyer une armée contre Mus‘ab tout en restant lui-même en Syrie, mais il refusa en disant : « Si jamais j’envoie un homme courageux, il lui manquera la clairvoyance ; et s’il est avisé, il n’aura peut-être pas le courage nécessaire. Or, je me sens moi-même compétent dans l’art de la guerre et assuré de ma bravoure. Quant à Mus‘ab, il est issu d’une lignée de valeureux : son père était le plus courageux des Quraysh, et son frère n’est pas moins reconnu pour sa bravoure. Mus‘ab lui-même est un homme de courage, mais il est entouré de gens qui le contredisent et qui n’ont aucune expérience militaire. Mus‘ab aime la quiétude et la vie aisée, tandis que moi, j’ai auprès de moi des hommes qui me conseillent sincèrement et se plient à ma volonté. » Il marcha donc lui-même avec son armée.
Quand les deux armées furent proches, ‘Abd al-Malik s’adressa aux émirs de Mus‘ab, les appelant à le rejoindre et leur promettant des postes de commandement. Ibrâhîm ibn al-Achtar se rendit alors auprès de Mus‘ab et lui remit une lettre cachetée en disant : « Celle-ci m’a été envoyée par ‘Abd al-Malik. » Mus‘ab l’ouvrit et découvrit que ‘Abd al-Malik l’enjoignait à se rallier à lui, lui proposant en échange de gouverner l’Irak. Puis Ibrâhîm ibn al-Achtar dit à Mus‘ab : « Ô toi… »