On rapporte que la première partie qu’il composa fut le chapitre de l’exclamation, à cause d’une circonstance survenue une nuit où sa fille lui dit : « Ô père ! ما أحسنُ السماء (Ma ʾaḥsanu as-samāʾ – littéralement “Qu’est-ce qui est si beau dans le ciel ?”) ». Il répondit : « Ses étoiles. » Elle répliqua : « Je ne t’interrogeais pas sur ce qui en est le plus beau ; je m’émerveillais plutôt de sa beauté. » Il lui dit alors : « Dis plutôt ما أحسنَ السماءَ (Ma ʾaḥsana as-samāʾ – “Qu’il est beau, le ciel !”). »
Ibn Khallikân (2) rapporte qu’Abu al-Aswad passait pour être avare. Il disait souvent : « Si nous cédions aux mendiants sur nos biens, nous finirions semblables à eux. » Une fois, il offrit un dîner à un pauvre, puis l’attacha et le garda chez lui pour la nuit, l’empêchant de sortir afin qu’il ne dérangeât pas les musulmans par sa quête. Alors le mendiant lui cria : « Détache-moi ! » Il répondit : « Impossible ! Je t’ai servi ce repas pour épargner aux musulmans tes sollicitations ce soir. » Au matin, il le libéra. Abu al-Aswad composa par ailleurs de beaux poèmes (– qu'Allah lui fasse miséricorde –).
Ibn Jarîr (3) indique que, cette année-là, c’est ‘Abd Allâh ibn az-Zubayr qui mena le pèlerinage. Un kharijite y prôna le “tahkîm” (arbitrage) à Mina et fut tué près de la Djamara. Les gouverneurs (nuwwâb) de cette année étaient les mêmes que ceux de l’année précédente.
Parmi les notables décédés cette année :
– Jâbir ibn Samura ibn Junâda (4), compagnon (ṣaḥâbî) et transmetteur de hadith. Son père était également compagnon et transmetteur. Certains disent qu’il mourut en l’an 66 ; Dieu sait mieux.
– Asmâ’ bint Yazîd ibn as-Sakan al-Ansâriyya (5), qui fit allégeance au Prophète (ﷺ). Elle est appelée aussi Umm Sulaym. Le jour du Yarmouk, elle tua neuf Romains avec le piquet de sa tente [la nuit de ses noces]. Elle vécut à Damas et fut enterrée à Bâb aṣ-Ṣaghîr.
– Ḥassân ibn Mâlik ibn Buḥdal (6), l’émir Abu Sulaymân al-Kalbî, celui qui mena la bay‘a en faveur de Marwân lorsqu’il devint calife. Il mourut cette année-là. Dieu, le Très-Haut, le sait mieux. On rapporte qu’on l’appela “calife” pendant quarante jours avant qu’il ne remette ce titre à Marwân. Sa résidence à Damas est connue sous le nom de « quṣr Ibn Abî al-Ḥadîd » ou encore « quṣr al-Baḥādilah ».