Il lui prêta alors des serments renforcés, lui affirmant : « Tu seras mon successeur après moi. » Ils rédigèrent un pacte écrit entre eux. Amr se laissa abuser et ouvrit les portes de Damas à ‘Abd al-Malik, qui y entra. Tout se déroula ensuite entre eux comme il a été relaté auparavant.
Parmi les notables décédés à cette époque figure aussi Abou al-Aswad ad-Douʾali (appelé également ad-Dayli), qui fut juge de Koufa et grand Tâbiʿî. Son nom est Zalim ibn ‘Amr ibn Soufyan ibn Jandal ibn Ya‘mour ibn Hils ibn Nafâtha ibn ‘Ady ibn ad-Duʾal ibn Bakr. Il est connu sous le nom d’Abou al-Aswad, à qui l’on attribue l’élaboration de la science de la grammaire arabe. On dit qu’il fut le premier à parler de cette science, qu’il aurait reçue de l’Émir des croyants ‘Ali ibn Abi Tâlib. Son nom fait l’objet de divergences parmi les spécialistes : l’avis le plus répandu est qu’il s’agit de Zalim ibn ‘Amr, mais certains rapportent l’inverse.
Al-Wâqidi a quant à lui affirmé qu’il s’appelait ‘Ouwaymir ibn Zouwaylim. Il ajoute qu’il embrassa l’islam du vivant du Prophète – paix et salut sur lui – sans toutefois le rencontrer, et qu’il assista aux événements de la bataille du Chameau aux côtés de ‘Ali. Il comptait parmi les notables de ses partisans, et il était l’un des plus accomplis en raison et en clairvoyance. ‘Ali lui ordonna de poser les fondements de la grammaire. Lorsque ‘Ali découvrit son travail, il lui dit : « Qu’il est beau le nahw (la démarche) que tu as emprunté ! » Abou al-Aswad mourut pendant le gouvernorat de ‘Oubayd Allâh ibn Ziyâd.
Yahyâ ibn Maʿîn et Ahmad ibn ‘Abd Allâh al-ʿIjli ont déclaré qu’il était digne de confiance (thiqah), soulignant qu’il fut le premier à aborder la grammaire. Ibn Maʿîn et d’autres ajoutent qu’il décéda lors de la grande peste en l’an 69 (de l’Hégire). Le cadi Ibn Khallikân rapporte qu’on a également affirmé qu’il serait mort sous le califat de ‘Omar ibn ‘Abd al-ʿAzîz, commencé en l’an 99, observation que l’on trouve très singulière.
Ibn Khallikân et d’autres précisent qu’Amir al-Mu’minîn ‘Ali ibn Abi Tâlib lui transmit le premier l’art de la grammaire, en lui expliquant que la parole se compose du nom (ism), du verbe (fiʿl) et de la particule (harf). C’est ensuite Abou al-Aswad qui approfondit cette conception, l’exposa en détail et suivit la méthode de ‘Ali, si bien que l’on désigna cette discipline sous le terme « nahw ». Ce qui poussa Abou al-Aswad à codifier la grammaire fut la transformation progressive de la langue des gens et la propagation d’erreurs grammaticales parmi certaines personnes durant le gouvernorat de Ziyâd sur l’Irak. À l’époque, Abou al-Aswad s’occupait de l’éducation de ses enfants. Un jour, un homme se présenta chez Ziyâd en disant : « Tuwuffiya abânâ wa taraka banûn » (« notre père est décédé et il a laissé des fils », employant une faute de déclinaison). Ziyâd lui ordonna alors de mettre au point un système pour guider les gens dans l’apprentissage correct de la langue arabe.