Il est rapporté, d’après de nombreux prédécesseurs et successeurs, que la cité mentionnée ici est “Antioche”. C’est ce qu’a transmis Ibn Ishaq (1), selon les propos qu’il tenait d’Ibn ‘Abbâs, de Ka‘b al-Ahbâr et de Wahb ibn Munabbih. Il est également rapporté de Burayda ibn al-Husayb, d‘Ikrima, de Qatâda, d’al-Zuhrî et d’autres. Ibn Ishaq a déclaré, toujours d’après ce qui lui était parvenu de Ibn ‘Abbâs, Ka‘b et Wahb, qu’ils disaient :
« Cette ville avait un roi nommé “Antiykhas” (2) fils d’Antiykhas, qui adorait les idoles. Dieu lui envoya trois messagers : Sâdiq, Sadûq et Shalûm, mais il les traita de menteurs. Il apparaît clairement qu’il s’agissait de messagers de Dieu – qu’Il soit exalté. » Qatâda (3) prétendit quant à lui qu’ils étaient des envoyés du Christ.
Ibn Jarîr (4) rapporta aussi, d’après Wahb, d’après Ibn Sulaymân, d’après Shu‘ayb al-Jubbâ’î, que les deux premiers messagers se nommaient Shim‘ûn et Yoḥannâ (Jean), le troisième se nommant Bawlus (Paul), et que la ville était Antioche.
Cette opinion est toutefois très faible, parce que lorsque le Christ envoya trois parmi ses disciples aux habitants d’Antioche, ceux-ci furent la première cité à croire en lui à l’époque. C’est aussi pourquoi Antioche est l’une des quatre villes initiales abritant les patriarcats chrétiens : Antioche, Jérusalem, Alexandrie et Rome, avant que la seconde ne devînt Constantinople. De plus, ces gens-là ne furent pas détruits, alors que les habitants de la cité mentionnée dans le Coran furent anéantis, comme on le voit dans le dénouement de leur histoire : ils tuèrent l’homme croyant aux messagers, puis Dieu dit : « Il ne fallut qu’un seul Cri, et les voilà éteints » [Yâ-Sîn : 29].
Cependant, s’il est vrai que les trois messagers évoqués dans le Coran furent envoyés autrefois aux habitants d’Antioche, que ces derniers les traitèrent de menteurs et que Dieu les anéantit, puis que la cité fut reconstruite avant que, plus tard, à l’époque du Christ, ses habitants ne crussent en Ses envoyés, rien n’empêche cette idée. Dieu est plus savant.
Quant à l’avis selon lequel le passage coranique relaterait l’histoire des disciples du Christ, il est faible à la lumière de ce qui précède. De plus, le texte coranique donne à penser que ces messagers furent envoyés directement par Dieu. Dieu le Très-Haut dit : « Et propose-leur en parabole – à ton peuple, ô Muhammad – l’exemple des habitants de la cité (entendez : la ville), lorsqu’y vinrent les Messagers (13), quand Nous leur envoyâmes deux d’entre eux, mais les habitants les traitèrent de menteurs ; Nous les renforçâmes donc par un troisième – c’est-à-dire que Nous les soutînmes par un troisième Messager – et ils dirent : “Nous sommes envoyés à vous.” » Ces habitants répondirent que les Messagers n’étaient que des hommes comme eux, tout comme l’ont fait les nations mécréantes antérieures qui trouvaient irrecevable que Dieu puisse envoyer un Prophète humain. Les Messagers répondirent : « Dieu sait bien que nous sommes Ses envoyés auprès de vous, et s’Il nous avait jugés menteurs, Il nous aurait châtiés des plus sévèrement. Notre rôle n’est que de vous transmettre clairement le message. » C’est-à-dire que leur tâche consistait seulement à faire parvenir le message divin ; quant à la guidance ou l’égarement, elle ne dépend que de Dieu. Les habitants de la ville déclarèrent alors : « Nous voyons en vous un mauvais présage ! » autrement dit, ils considéraient que leur venue ne ferait qu’attirer le mal. Puis ils menacèrent les Messagers : « Si vous ne cessez pas, nous vous lapiderons… » (fin de la citation).