Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Les fils de Marwān, sans exception, se trouvaient réunis chez ‘Abd al-Malik. Sentant le danger, ce dernier se tourna alors vers ce valet et lui dit à voix basse : « Malheur à toi ! Va trouver mon frère Yaḥyā et dis-lui de venir me voir. » Le valet ne comprit pas et répondit : « Me voilà », si bien qu’‘Abd al-Malik répéta sa demande sans plus de succès, le valet répondant encore : « Me voilà. » Alors il lui dit : « Malheur à toi ! Éloigne-toi de moi, voué au brasier et au feu de Dieu. » En ce moment-là, Ḥassān ibn Mālik ibn Baḥdal et Qabīṣa ibn Dhu’ayb entouraient ‘Abd al-Malik, qui les autorisa à se retirer. Après leur départ, on referma les portes, et ‘Amr s’avança vers ‘Abd al-Malik. Celui-ci l’accueillit chaleureusement et le fit asseoir près de lui, sur son lit, puis il s’entretint longuement avec lui.

Ensuite, ‘Abd al-Malik déclara : « Serviteur ! Ôte-lui son épée. » ‘Amr s’exclama : « À Dieu nous appartenons, ô Commandeur des croyants ! » Alors ‘Abd al-Malik lui dit : « Penses-tu pouvoir converser avec moi en restant ceint de ton épée ? » Le valet prit donc l’arme, et ils continuèrent à discuter un moment. Puis ‘Abd al-Malik adressa la parole à ‘Amr : « Ô Abū Umayya !» « Me voici, ô Commandeur des croyants », répondit-il. ‘Abd al-Malik poursuivit : « Quand tu m’as déserté, j’ai fait ce serment : si un jour mes yeux se posent sur toi alors que j’ai pleine autorité sur toi, je t’enchaînerai dans des fers (1). » Les fils de Marwān lancèrent alors : « Ensuite tu le relâcheras, ô Commandeur des croyants ? » Il répondit : « Puis je le libère, et que pourrais-je bien faire d’Abū Umayya ? » Ils répliquèrent : « Le Commandeur des croyants doit accomplir son serment. » Il ajouta : « Alors honore ton engagement, ô Commandeur des croyants. » ‘Abd al-Malik sortit alors des fers de dessous son matelas et les jeta à ‘Amr, disant : « Ô valet ! Enferme-le dans ces fers. » Le serviteur exécuta la consigne.

‘Amr s’écria : « Je t’en conjure par Dieu, ô Commandeur des croyants, de ne pas me faire paraître ainsi devant tout le monde. » ‘Abd al-Malik répondit : « Te déroberais-tu, ô Abū Umayya, à l’approche de la mort ? Jamais ! Nous ne te ferons pas sortir, enchaîné, sous les yeux de tous pour ensuite retirer ces fers, si ce n’est (ce Dieu nous en préserve) dans l’au-delà. » Puis il l’attira à lui si brusquement que la bouche de ‘Amr heurta le lit, cassant sa dent. ‘Amr lui dit : « Je t’invoque par Dieu, ô Commandeur des croyants, afin que cette fracture ne te conduise pas à un mal plus grave encore. » ‘Abd al-Malik répliqua : « Par Dieu, si je savais que ta survie me garantirait ta fidélité et permettrait de réconcilier Quraych, je te laisserais la vie sauve. Toutefois, jamais deux hommes n’ont cohabité dans la même cité en poursuivant ce que nous poursuivons, sans que l’un d’eux ne chasse l’autre. » Selon un autre récit, il lui aurait dit : « Ne sais-tu pas, ô ‘Amr, que deux puissants étalons ne sauraient être pris dans le même piège (2) ? »

Lorsque ‘Amr comprit qu’il envisageait de le tuer, il l’interpella : « Traître ! Ô fils de la femme aux yeux bleus ! » [et il lui lança alors des propos injurieux et hideux (3)]. Pendant qu’ils étaient ainsi, le muezzin appela à la prière de l’après-midi : ‘Abd al-Malik se leva pour aller prier et ordonna à son frère, ‘Abd al-‘Azīz ibn Marwān, d’exécuter ‘Amr. Puis il sortit. ‘Abd al-‘Azīz s’avança vers ‘Amr, l’épée à la main. ‘Amr le supplia : « Je t’en conjure par Dieu et par notre parenté : n’accomplis pas toi-même cela contre moi, laisse un autre s’en charger. » ‘Abd al-‘Azīz s’abstint alors. Quand les gens virent ‘Abd al-Malik ressortir sans ‘Amr, ils commencèrent à redouter le pire pour ce dernier. Son frère, Yaḥyā ibn Sa‘īd, arriva avec mille esclaves au service de ‘Amr ibn Sa‘īd, accompagnés d’un large groupe. ‘Abd al-Malik se précipita pour regagner la citadelle (al-Khaḍrā’) (4). Eux vinrent frapper à la porte du gouvernorat, clamant : « Fais-nous entendre ta voix, ô Abū Umayya ! » L’un d’eux frappa alors al-Walīd ibn ‘Abd al-Malik d’un coup d’épée à la tête et le blessa, puis Ibrāhīm ibn ‘Adī (5), responsable des lieux, le fit entrer

(1) Al-Jāmiʿ : al-Ghulʿ signifie rapprocher les mains vers le cou – al-Qāmūs (s.v. « جمع »). (2) Al-Sharak : les cordes de pêche. Al-Qāmūs (s.v. « شرك »). (3) Addition provenant de l’édition. (4) Dans l’édition : Dār al-Imārah. (5) Ainsi dans les Ousūl, et dans al-Ṭabarī (6/144) ainsi que dans Ibn al-Athīr (4/300) : Ibrāhīm ibn ʿArabī, propriétaire du dīwān, le prit avec lui et l’introduisit dans la maison des parchemins.
مروان عن بكرة أبيهم مجتمعون عند عبد الملك، فأحس بالشرِّ فالتفت إلى ذلك الوصيف فقال له همسًا: ويلك انطلق إلى أخي يحيى فقل له فليأتني، فلم يفهم عنه وقال له: لبيك، فأعاد عليه ذلك فلم يفهم أيضًا وقال: لبيك، فقال: ويلك اغرب عني في حرق اللَّه وناره، وكان عند عبد الملك حسان بن مالك بن بَحْدل، وقبيصة بن ذؤيب، فأذن لهما عبد الملك في الانصراف، فلما خرجا غلقت الأبواب واقترب عمرو من عبد الملك فرحَّب به وأجلسه معه على السرير، ثم جعل يحدثه طويلًا، ثم إن عبد الملك قال: يا غلام خذ السيف عنه، فقال عمرو: إنا للَّه يا أمير المؤمنين. فقال له عبد الملك: أو تطمع أن تتحدث معي متقلدًا سيفك؟ فأخذ الغلام السيف عنه، ثم تحدَّثا ساعة، ثم قال له عبد الملك: يا أبا أمية، قال: : لبيك يا أمير المؤمنين، قال: إنك حيث خلعتني آليت بيميني إن ملأت عيني منك وأنا مالك لك أن أجمعك في جامعة (١) ، فقالت بنو مروان: ثم تطلقه يا أمير المؤمنين، فقال ثم أطلقه، وما عسيت أن أفعل بأبي أمية، فقال بنو مروان: بر يمين أمير المؤمنين، فقال: فأبرَّ قسمك يا أمير المؤمنين، فأخرج عبد الملك من تحت فراشه جامعة فطرحها إليه ثم قال: يا غلام قم فاجمعه فيها، فقام الغلام فجمعه فيها، فقال عمرو: أذكرك اللَّه يا أمير المؤمنين أن تخرجني فيها على رؤوس الناس، فقال عبد الملك: أمكرًا يا أبا أميَّة عند الموت؟ لاها اللَّه إذًا! ما كنّا لنُخرجك في جامعة على رؤوس الناس ولمّا نُخرجها منك إلا صُعدًا، ثم اجتذبه اجتذابة أصاب فمه السريرُ فكسر ثنيَّته، فقال عمرو: أذكرك اللَّه يا أمير المؤمنين أن يدعوك كسر عظمي إلى ما هو أعظم من ذلك، فقال عبد الملك: واللَّه لو أعلم أنك إذا بقيت تفي لي، وتصلح قريش لأطلقتُكَ، ولكن ما اجتمع رجلان في بلد قط على ما نحن عليه إلا أخرج أحدهما صاحبه، وفي رواية أنه قال له: أما علمت يا عمرو أنه لا يجتمع فحلان في شَرَكٍ (٢) ؟ فلما تحقق عمرو ما يريد من قتله قال له: أغدرًا يا بن الزرقاء؟ [وأسمعه كلامًا رديئًا بشعًا] (٣) وبينما هما كذلك إذ أذن المؤذن للعصر، فقام عبد الملك ليخرج إلى الصلاة. وأمر أخاه عبد العزيز بن مروان بقتله، وخرج عبد الملك وقام إليه عبد العزيز بالسيف فقال له عمرو: أذكرك اللَّه والرحم أن لا تلي ذلك مني، وليتولّ ذلك غيرك، فكف عنه عبد العزيز. ولما رأى الناس عبد الملك قد خرج وليس معه عمرو أرجف الناس بعمرو، فأقبل أخوه يحيى بن سعيد في ألف عبدٍ لعمرو بن سعيد وأناس معهم كثير، وأسرع عبد الملك الدخول إلى الخضراء (٤) ، وجاء أولئك فجعلوا يدقون باب الإمارة ويقولون: أسمعنا صوتك يا أبا أمية، وضرب رجل منهم الوليد بن عبد الملك في رأسه بالسيف فجرحه، فأدخله إبراهيم بن عدي (٥) صاحب
(١) الجامعة: الغُلُّ يجمع اليدين إلى العنق - القاموس (جمع). (٢) الشَّرَك: حبالة الصيد. القاموس (شرك). (٣) زيادة من ط. (٤) في ط: دار الإمارة. (٥) كذا في الأصول، وفي الطبري (٦/ ١٤٤) وابن الأثير (٤/ ٣٠٠): إبراهيم بن عربي صاحب الديوان فاحتمله وأدخله بيت القراطيس.

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