Lorsque le désaccord survint entre Ibn al-Zubayr et ‘Abd al-Malik ibn Marwān, Ibn ‘Abbās et Muḥammad ibn al-Ḥanafiyyah se retirèrent des gens. Ibn al-Zubayr les appela alors à lui prêter allégeance, mais ils refusèrent, chacun déclarant : « Nous ne te prêterons pas allégeance et nous ne nous opposerons pas non plus à toi. » Il voulut s’en prendre à eux, mais ils envoyèrent Abū al-Ṭufayl ‘Āmir ibn Wāthilah demander secours à leurs partisans d’Irak. Quatre mille hommes arrivèrent et proclamèrent d’une seule voix le takbīr à La Mecque. Ils s’apprêtèrent ensuite à s’emparer d’Ibn al-Zubayr, mais celui-ci s’enfuit, s’agrippa aux tentures de la Ka‘bah et déclara : « Je cherche refuge auprès de Dieu. » Ils le laissèrent alors en paix. Puis ils se tournèrent contre Ibn ‘Abbās et Ibn al-Ḥanafiyyah, alors qu’Ibn al-Zubayr avait disposé du bois autour de leurs demeures afin de les brûler. Ils les firent sortir jusqu’à ce qu’ils gagnent al-Ṭā’if, où Ibn ‘Abbās demeura deux années sans faire allégeance à quiconque (1), comme il a été mentionné.
En l’an 68 (de l’Hégire), Ibn ‘Abbās mourut à al-Ṭā’if. Muḥammad ibn al-Ḥanafiyyah accomplit la prière funéraire sur lui et déclara : « Aujourd’hui, le grand savant de cette communauté (ḥibr) est décédé (2). » Lorsque l’on voulut l’introduire dans sa tombe, un oiseau blanc, dont on n’avait jamais vu la semblable apparence, apparut et entra dans son linceul avant de s’y enrouler (3) jusqu’à l’inhumation. ‘Affān rapporta qu’on y voyait là un signe de sa science (4) [et de ses actions]. Une fois qu’il fut déposé dans la fosse, un lecteur — dont on ignorait l’identité — se mit à réciter. Selon une autre version, ils entendirent s’élever de sa tombe le verset : « Ô toi, âme apaisée (27), retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée (28), et entre parmi Mes [serviteurs] » [al-Fajr, 27-29].
Ce récit de son décès est celui que plusieurs imams ont validé, dont Aḥmad ibn Ḥanbal, al-Wāqidī et Ibn ‘Asākir (5). C’est la version la plus connue parmi les spécialistes du ḥadīth (6). Certains ont dit qu’il serait mort en l’an 63, d’autres en 73, ou en 67, ou en 69, ou encore en 70. La première date est la plus correcte, tandis que toutes les autres sont des opinions isolées, étranges et écartées. Dieu [– glorifié et exalté soit-Il –] est plus savant. Ibn ‘Abbās avait soixante-douze ans au moment de sa mort, bien que certains aient dit soixante-et-onze ou soixante-quatorze. La première version est la plus sûre, et Dieu est plus savant.
[Description d’Ibn ‘Abbās, que Dieu lui fasse miséricorde]
Il était corpulent au point que lorsqu’il s’asseyait, il occupait l’espace de deux hommes. Il était beau, portait une chevelure mi-longue dont le devant avait blanchi, tout comme ses boucles (7). Il teintait ses cheveux au henné, tandis que d’autres ont rapporté qu’il utilisait le noir. Il était beau de visage, s’habillait avec élégance et se parfumait abondamment, si bien que lorsqu’il passait dans une rue, les femmes disaient : « C’est Ibn ‘Abbās ou bien un homme qui transporte du musc. » Il était grand, de peau blanche, imposant et doté d’une grande éloquence. Après avoir perdu la vue, son teint prit une légère pâleur. Ibn ‘Abbās eut dix fils : al-Faḍl, ‘Abd Allāh