Et l’on rapporte que certains ont dit : « Ibn ‘Abbâs prodigua des recommandations dont les paroles sont meilleures que des chevaux noirs. » Il dit : « Ne parle pas de ce qui ne te concerne pas avant d’en avoir vu l’occasion propice. Ne débats pas avec un insensé ni avec un sage, car le sage l’emportera sur toi tandis que l’insensé te méprisera. Ne mentionne ton frère, une fois qu’il est hors de ta vue, qu’en des termes que tu aimerais qu’il emploie à ton égard lorsque tu es absent. Agis comme celui qui sait qu’il sera récompensé pour ses bonnes actions et sanctionné pour ses fautes. »
Un homme qui se trouvait auprès de lui s’écria : « Ô Ibn ‘Abbâs ! Ceci vaut mieux que dix mille (pièces). » Ibn ‘Abbâs répondit : « Une seule de ces paroles vaut mieux que dix mille. »
Ibn ‘Abbâs ajouta : « L’accomplissement parfait d’une bonne action tient en trois choses : l’accomplir rapidement, la considérer comme modeste, et la dissimuler. » (Autrement dit, il convient de se hâter de donner à celui qui en a besoin, d’estimer son bienfait comme peu de chose aux yeux du bénéficiaire et de le garder caché pour ne pas l’exposer à autrui, car le fait de l’exhiber ouvre la porte à l’ostentation, blesse le cœur de la personne qui reçoit et la gêne vis-à-vis des gens.) [1]
Ibn ‘Abbâs dit encore : « La personne qui m’est la plus chère est le compagnon pour qui, si je le pouvais, j’empêcherais même la mouche de se poser sur son visage. » Et il ajouta : « Nul autre que Dieu ne peut récompenser celui qui est venu me demander un service et m’a trouvé en mesure de le satisfaire, ni celui qui m’a salué le premier, ni celui qui m’a fait de la place dans une assemblée, ni celui qui s’est levé pour me céder sa place, ni celui qui m’a offert une gorgée d’eau alors que j’avais soif, ni celui qui m’a préservé en mon absence. » De nombreuses autres vertus de ce type sont transmises à son sujet, et celles que nous avons citées laissent déjà entrevoir celles que nous n’avons pas mentionnées.
Al-Haytham ibn ‘Adî l’inclut parmi les nobles qui perdirent la vue. Certains hadiths le concernant corroborent cet état. On rapporte qu’un de ses yeux fut atteint, ce qui le fit maigrir considérablement. Puis, quand ce fut au tour de l’autre œil, il retrouva sa corpulence. Interrogé à ce sujet, il répondit : « Ce que vous avez observé lors de la perte de mon premier œil venait de la compassion que j’avais pour le second. Mais lorsqu’ils furent tous deux touchés, mon cœur s’est apaisé. » [2]
Abou Al-Qâsim Al-Baghawî raconta : « ‘Alî ibn Al-Ja‘d nous conta, d’après Sharîk, lui-même d’après Samâk, d’après ‘Ikrima, qu’Ibn ‘Abbâs avait de l’eau dans les yeux. On lui proposa de l’en retirer à condition qu’il cesse de prier pendant sept jours. Il refusa en disant : “Non ! Car quiconque délaisse la prière alors qu’il peut la faire, rencontrera Dieu tandis qu’Il sera en colère contre lui.” » Dans une autre version, on lui dit : « Nous enlèverons l’eau de tes yeux à condition que tu ne pries pas pendant cinq jours, si ce n’est appuyé sur un bâton (ou, selon une autre version, en étant allongé). » Il répondit : « Non, par Dieu, pas même une seule prière ! Quiconque abandonne intentionnellement une seule prière rencontrera Dieu alors qu’Il est en colère contre lui. »
Al-Madâ’inî rapporta des vers qu’Ibn ‘Abbâs composa au moment où il perdit la vue :
« Si Dieu retire la lumière de mes deux yeux,
Il me reste de leur clarté dans ma langue et mon ouïe.
Mon cœur demeure lucide et mon esprit exempt de défaut,
Et dans ma bouche se trouve un tranchant tel une épée affûtée. » [3]