Quant à celui qui n’a pas de père, c’est Jésus (que la paix soit sur lui). Quant à « quelque chose », c’est l’homme doué de raison qui agit selon sa propre réflexion. Quant à la « demi-chose », c’est celui qui possède la raison mais agit d’après l’avis d’autrui. Quant à « rien », c’est celui qui est dépourvu de raison et ne suit pas non plus la raison d’un autre.
Il remplit alors la bouteille d’eau et dit : « Voici la semence de toute chose. » Le roi des Romains en fut très émerveillé (1). Et Dieu est plus Savant.
[Chapitre]
En l’an 35 de l’Hégire, Ibn ‘Abbas reçut la responsabilité de l’accomplissement du pèlerinage, par ordre de ‘Uthmân ibn ‘Affân, alors assiégé. Pendant l’absence de ce dernier, ‘Uthmân fut tué. Ibn ‘Abbas assista ‘Alî lors de la bataille du Chameau et se trouvait sur l’aile gauche à Siffîn. Il participa également au combat contre les Khârijites et assuma le gouvernorat de Bassora pour le compte de ‘Alî. Lorsqu’il devait quitter la ville, il désignait Abû al-Aswad ad-Du’âlî à la conduite de la prière et Ziyâd ibn Abî Sufyân à la collecte de l’impôt. Les habitants de Bassora étaient enviés pour la présence d’Ibn ‘Abbas : il les instruisait en jurisprudence, enseignait leurs ignorants, rappelait à l’ordre leurs coupables et secourait leurs démunis. Il demeura ainsi en fonction jusqu’à la mort de ‘Alî, bien qu’il soit dit que ce dernier l’aurait destitué peu avant son décès. Par la suite, Ibn ‘Abbas se rendit auprès de Mu‘âwiya, qui l’honora, le rapprocha de lui, le respecta et le magnifia. Souvent, Mu‘âwiya lui posait des questions difficiles, auxquelles Ibn ‘Abbas répondait promptement.
Mu‘âwiya disait : « Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus prompt à répondre qu’Ibn ‘Abbas. » Quand arriva la nouvelle de la mort de Hasan ibn ‘Alî, il s’avéra qu’Ibn ‘Abbas se trouvait justement auprès de Mu‘âwiya, qui lui adressa alors ses condoléances de la meilleure manière, et Ibn ‘Abbas y répondit de façon admirable, comme nous l’avons déjà mentionné. Mu‘âwiya dépêcha ensuite son fils Yazîd, qui s’assit devant Ibn ‘Abbas et le consola en des termes à la fois concis et éloquents. Ibn ‘Abbas le remercia et cela fut également rapporté.
Lorsque Mu‘âwiya mourut et que Husayn ibn ‘Alî projeta de se rendre en Irak, Ibn ‘Abbas le mit vivement en garde, condamnant fermement sa décision. Il voulut même s’accrocher aux vêtements de Husayn — car Ibn ‘Abbas avait perdu la vue à la fin de sa vie — mais lorsque Husayn fut tué, il en éprouva une immense tristesse et s’enferma chez lui. Il disait : « Ô langue, prononce de bonnes paroles et tu en tireras profit, abstiens-toi de toute mauvaise parole et tu en sortiras indemne. Si tu ne le fais pas, tu le regretteras. »
Un homme du nom de Jundub vint à lui et lui dit : « Donne-moi un conseil. » Ibn ‘Abbas répondit : « Je t’exhorte à l’unicité de Dieu et à œuvrer pour Lui, à accomplir la prière et à verser l’aumône légale. Car tout bien que tu feras ensuite sera accepté de toi et élevé vers Dieu. Ô Jundub, chaque jour qui passe t’approche de ta mort : prie donc comme si tu faisais tes adieux à ce monde. Vis en ce monde comme si tu étais un étranger ou un voyageur, car tu es voué à la tombe. Pleure sur tes péchés, repens-toi de tes fautes, et que ce bas monde ait pour toi moins de valeur que le lacet de ta sandale. C’est comme si tu l’avais déjà quitté pour comparaître devant la justice de Dieu : tu ne tireras aucun profit de ce que tu laisses derrière toi, car rien ne te servira hormis tes bonnes œuvres (3). »