Il fut le premier à procéder à la célébration du rassemblement (mawqif) la veille du jour de ‘Arafa devant les gens de Bassora. La nuit précédant ‘Arafa, il montait en chaire, et les habitants de Bassora se rassemblaient autour de lui : il expliquait alors un passage du Coran et adressait des rappels au public de la prière de l’après-midi (‘asr) jusqu’au coucher du soleil, puis il descendait pour diriger la prière du maghrib (1). Par la suite, les savants ont divergé sur cette pratique : certains l’ont considérée comme une innovation (bid‘a) que ni le Messager de Dieu — que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui — ni ses Compagnons n’avaient instituée (à l’exception d’Ibn ‘Abbâs), tandis que d’autres ont estimé que c’était un acte louable en raison de la mention (dhikr) de Dieu et de sa concordance avec les pèlerins (2).
Ibn ‘Abbâs critiquait parfois certaines décisions juridiques (‘ahkâm) prises par ‘Alî, et celui-ci se rangeait alors à son avis. Comme l’a rapporté l’imam Aḥmad (3) : « Ismā‘īl nous a rapporté, Ayyūb nous a rapporté, d’après ‘Ikrima, qu’‘Alî a brûlé des personnes qui avaient apostasié de l’islam. Lorsque la nouvelle parvint à Ibn ‘Abbâs, il déclara : “Je ne les aurais pas brûlés (4) au feu, car le Messager de Dieu — que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui — a dit : ‘Ne tourmentez pas [les gens] par le châtiment de Dieu.’ Quant à moi, je les aurais plutôt mis à mort, conformément à la parole du Messager de Dieu — que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui — : ‘Celui qui change de religion, qu’on le tue.’” ». Lorsque ‘Alî en fut informé, il s’exclama : « Malheur à Ibn ‘Abbâs ! ». Selon un autre récit, il dit : « Malheur à Ibn ‘Abbâs, il est expert en paroles subtiles. »
‘Alî le réprimanda également, car Ibn ‘Abbâs considérait que la jouissance temporaire (mut‘a) demeurait permise, de même que la consommation de la chair des ânes domestiques. ‘Alî lui répondit : « Tu es un homme égaré ! Le Messager de Dieu — que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui — a proscrit le mariage temporaire ainsi que la viande des ânes domestiques le jour de Khaybar. » Ce hadith est rapporté par Al-Bukhârî et Muslim (6), entre autres, avec différentes formulations, dont celle-ci est l’une des meilleures. Et Dieu — Exalté soit-Il — est plus savant.
Al-Bayhaqî rapporte : « Abû ‘Abd Allâh al-Ḥâfiẓ nous a informés en disant : “J’entendis Abû Bakr ibn al-Mu’ammil dire : ‘J’entendis Abû Naṣr ibn Abî Rabî‘a dire : Sa‘ṣa‘a ibn Ṣuḥân arriva auprès de ‘Alî ibn Abî Ṭâlib depuis Bassora. ‘Alî était resté là-bas et l’interrogea sur Ibn ‘Abbâs. Sa‘ṣa‘a dit alors : ‘Ô Commandeur des croyants ! Il saisit trois choses et délaisse trois choses. Il captive le cœur des hommes quand il parle, écoute attentivement quand on lui parle et, lorsqu’il est contredit, il opte pour la voie la plus simple. Il délaisse la polémique, la fréquentation des mesquins et ce dont on doit s’excuser.’” »
Al-Wâqidî a dit : « Abû Bakr ibn Abî Sabra nous a rapporté, d’après Mûsâ ibn Sa‘d, d’après ‘Âmir ibn Sa‘d ibn Abî Waqqâṣ, d’après son père : ‘Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus vif d’esprit, de plus pénétrant et de plus savant, ni de plus patient et indulgent qu’Ibn ‘Abbâs. J’ai vu ‘Umar le consulter pour résoudre des questions ardues, puis lui dire : “Voilà une affaire épineuse, à toi de la trancher.” Et il n’allait pas au-delà de son avis, alors même qu’il était entouré de gens de Badr parmi les émigrés (muhâjirûn) et les auxiliaires (anṣâr)’ (7).”