Ibn al-Athîr l’a mentionné dans « Al-Ghâba » (1). ‘Umar l’avait envoyé à la tête d’une armée nombreuse pour combattre les Perses en l’an treize, où il fut tué en martyr. Ce jour-là, près de quatre mille musulmans trouvèrent également la mort, comme nous l’avons déjà signalé. Le pont sur le Tigre fut alors associé à son nom et est encore appelé aujourd’hui « le pont d’Abû ‘Ubayd ». Il eut pour enfant Safiyya bint Abî ‘Ubayd, femme pieuse et dévote, qui fut l’épouse de ‘Abd Allâh ibn ‘Umar ibn al-Khattâb. Celui-ci la chérissait et la traitait avec respect, et elle mourut de son vivant.
Quant à son [frère], al-Mukhtâr, il fut d’abord [nâsibî], éprouvant une vive hostilité envers ‘Alî. Il se trouvait chez son oncle à al-Madâ’in, où ce dernier exerçait la fonction de gouverneur. Lorsque al-Hasan ibn ‘Alî y parvint, au moment où les gens d’Irak l’avaient agressé alors qu’il se rendait en Syrie pour affronter Mu‘âwiya à la suite de l’assassinat de son père, [et quand al-Hasan perçut leur trahison, il s’enfuit] (2) vers al-Madâ’in avec une troupe réduite. Al-Mukhtâr dit alors à son oncle : « Si tu capturais al-Hasan pour l’envoyer à Mu‘âwiya, tu te garantirais sa reconnaissance pour toujours. » Son oncle répliqua : « Quelle mauvaise suggestion de ta part, ô fils de mon frère ! » Ainsi, les chiites continuèrent de détester al-Mukhtâr jusqu’à ce qu’ait lieu l’épisode de Muslim ibn ‘Aqîl ibn Abî Tâlib. Al-Mukhtâr occupait alors un poste de dirigeant à Koufa et s’écria : « Je le soutiendrai à coup sûr ! » Lorsque Ibn Ziyâd l’apprit, il le fit arrêter et le frappa de cent coups de fouet avant de l’emprisonner. Sa sœur intercéda auprès de son mari, qui écrivit à Yazîd ibn Mu‘âwiya [pour plaider sa cause]. Yazîd ordonna alors sa libération à Ibn Ziyâd, qui le relâcha et l’envoya, simplement vêtu d’une ‘abâ’, au Hedjaz. Al-Mukhtâr rejoignit ensuite Ibn al-Zubayr à La Mecque et combattit à ses côtés lorsque Husayn ibn Numayr (3) l’assiégea, livrant un rude combat.
Plus tard, al-Mukhtâr apprit les dires contradictoires des Irakiens à son sujet et décida de partir les rejoindre, abandonnant Ibn al-Zubayr. On raconte qu’il demanda à ce dernier une lettre recommandant sa personne à Ibn Mutî‘, gouverneur de Koufa, et qu’il obtint gain de cause. Parvenu à Koufa, il se mit à faire publiquement l’éloge d’Ibn al-Zubayr tout en le critiquant en secret, avant de vanter les mérites de Muhammad ibn al-Hanafiyya et de rallier les gens à sa cause. Finalement, il prit le contrôle de Koufa en affichant son chiisme et en [prétendant] venger al-Husayn ibn ‘Alî. Une foule nombreuse de chiites rallia alors sa bannière. Il chassa ‘Abd Allâh ibn Mutî‘, le gouverneur installé par Ibn al-Zubayr, et établit son propre pouvoir dans la cité avant d’écrire à Ibn al-Zubayr pour s’excuser, l’assurant que Ibn Mutî‘ avait favorisé les Omeyyades, qu’il avait quitté Koufa et qu’il demeurait, lui et ses habitants, fidèle à Ibn al-Zubayr. Ce dernier le crut parce que, chaque vendredi dans son prône, al-Mukhtâr continuait de le mentionner et d’afficher publiquement son obéissance.
Il se consacra ensuite à pourchasser les tueurs de Husayn et tous ceux qui avaient participé à Karbalâ’ sous les ordres d’Ibn Ziyâd. Il en exécuta un grand nombre et s’empara de plusieurs chefs importants, tels ‘Umar ibn Sa‘d ibn Abî Waqqâs — qui commandait l’ensemble de l’armée —, Shimr ibn Dhî al-Jawshan, chef du millier de soldats responsables de la mise à mort de Husayn, Sinân ibn Abî Anas, Khûlî ibn Yazîd al-Asbahî, et beaucoup d’autres. Il ne renonça pas à sa vengeance et envoya Ibrâhîm ibn al-Ashtar avec vingt mille hommes contre ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd, à la tête d’une armée bien plus importante — soixante mille, voire quatre-vingt mille soldats selon certains récits. Ibn al-Ashtar tua Ibn Ziyâd, mit ses troupes en déroute et s’empara du contenu de son camp, le tout survenant le jour de ‘Âshûrâ’ de l’an 67 (de l’Hégire), comme relaté auparavant. Il fit ensuite parvenir la tête d’Ibn Ziyâd et celles de ses partisans à al-Mukhtâr, qui en tira une grande satisfaction. Finalement, al-Mukhtâr envoya aussi la tête d’Ibn Ziyâd