Al-Achtar avait promis qu’il serait de son côté et qu’il vaincrait les troupes dès le lendemain. Sur la cavalerie d’Ibn Ziyad se trouvait Sharhabil ibn Dhi (1) al-Kila‘, tandis qu’Ibn Ziyad marchait au milieu des fantassins. Dès que les deux armées se firent face, Housayn ibn Numayr, commandant l’aile droite (la « maymana »), fondit sur l’aile gauche (la « maysara ») des troupes de Koufa et la mit en déroute. Il tua alors son émir, ‘Ali ibn Mâlik al-Jouchami. Celui-ci laissa sa bannière à son fils, Muhammad (2) ibn ‘Ali, qui fut également tué. L’aile gauche s’éparpilla et prit la fuite, tandis qu’al-Achtar les rappelait au cri de : « À moi, ô partisans de Dieu, je suis Ibn al-Achtar ! » Il avait découvert sa tête afin qu’ils le reconnaissent. Finalement, ils se rallièrent à lui et se regroupèrent autour de lui. Ensuite, l’aile droite de Koufa mena une charge contre l’aile gauche de l’armée de Syrie, qui tint bon. Selon une autre version, cette aile gauche battit en retraite et se replia vers Ibn al-Achtar.
Al-Achtar se lança alors à l’attaque avec ses hommes en exhortant le porte-étendard : « Pénètre au milieu d’eux avec ta bannière ! » Ce jour-là, Ibn al-Achtar se battit avec acharnement : à chaque coup d’épée, il faisait tomber son adversaire. Les tués furent nombreux.
[On rapporte que l’aile gauche de l’armée syrienne] tint sa position et combattit vaillamment [d’abord à la lance puis à l’épée]. Ibn al-Achtar dirigea ensuite une nouvelle charge, et l’armée syrienne plia devant lui. Il les pourchassait en les abattant comme des agneaux. Lui et ses combattants les plus vaillants les poursuivirent. ‘Obayd Allah ibn Ziyad resta sur place jusqu’à ce qu’Ibn al-Achtar le dépasse et le tue sans le reconnaître. Cependant, il déclara à ses compagnons : « Recherchez parmi les morts l’homme que j’ai frappé de mon épée et dont s’est exhalé un parfum de musc ; ses mains se sont portées à l’est et ses jambes à l’ouest. Il se tenait auprès d’une bannière isolée sur la rive du fleuve Khâzir. » Ils le retrouvèrent : c’était bel et bien ‘Obayd Allah ibn Ziyad, qu’Ibn al-Achtar avait coupé en deux (4). Ils lui tranchèrent alors la tête et l’envoyèrent à al-Moukhtâr à Koufa, en annonçant la victoire sur les Syriens, accompagnée des têtes de Housayn ibn Numayr et de Sharhabil ibn Dhi al-Kila‘. Al-Moukhtâr les fit parvenir à Ibn az-Zoubayr, qui les exhiba à la Mecque. Les troupes de Koufa poursuivirent les Syriens et en tuèrent un grand nombre ; plus encore se noyèrent que de ceux qui périrent sous l’épée. Ils s’emparèrent ensuite de tout ce que contenait leur camp [argent et chevaux].
Al-Moukhtâr avait déjà annoncé la victoire à ses compagnons avant même que la nouvelle ne lui parvienne. Nous ignorons s’il ne s’agissait que de bon augure, de pur hasard ou d’art divinatoire. Quant à ce que certains de ses partisans affirmaient, à savoir qu’il avait reçu une révélation à ce sujet, il n’en est rien ; quiconque adhère à cette croyance est mécréant et quiconque entérine cela est aussi mécréant.
Al-Moukhtâr s’était néanmoins trompé en affirmant que la bataille avait eu lieu à Nisibîn, alors qu’elle se déroula en territoire de Mossoul. Amer ash-Sha‘bî le reprocha aux partisans d’al-Moukhtâr lorsqu’il apprit la nouvelle. Al-Moukhtâr était alors sorti de Koufa pour accueillir l’annonce de la victoire. Il passa par al-Fadâ’in et monta en chaire pour s’adresser au peuple. Tandis qu’il parlait, on vint lui annoncer la bonne nouvelle. Ash-Sha‘bî raconta : « L’un de ses compagnons me dit : “Ne l’as-tu pas entendu nous l’annoncer hier ?” Je lui répondis : “Et n’as-tu pas entendu qu’il disait aussi que les Syriens avaient été tués (5) à Nisibîn ?” »