Puis arriva l’année soixante-sept (de l’Hégire). Au cours de celle-ci :
(1) Ce fut l’année de la mise à mort de ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd par Ibrâhîm ibn al-Ashtar an-Nakha‘î. En effet, Ibrâhîm ibn al-Ashtar quitta Koufa le samedi, à huit jours de la fin de Dhû l-Hijja de l’année précédente. L’année nouvelle commença alors qu’il était en marche pour aller affronter Ibn Ziyâd en terre de Mossoul. Leur rencontre eut lieu dans un endroit appelé al-Khâzir (2), à cinq parasanges de Mossoul. Ibrâhîm ibn al-Ashtar disposait de huit mille hommes, tandis qu’Ibn Ziyâd menait quarante mille hommes de Syrie. Ibrâhîm ne se déplaçait qu’en formation de combat.
Quand il s’en approcha, il reçut un message de ‘Umayr ibn al-Ḥabbâb as-Sulamî : « Je suis avec toi. » Il se rendit auprès d’Ibrâhîm ibn al-Ashtar durant la nuit, lui prêta allégeance et l’informa qu’il était positionné sur l’aile gauche d’Ibn Ziyâd, lui promettant de faire semblant de fuir avec ses troupes. Il ajouta : « Ne vous opposez pas trop longtemps à l’ennemi, car ils sont bien plus nombreux que vous. Affrontez-les directement, car ils sont déjà emplis de terreur à votre égard. » Ibrâhîm ibn al-Ashtar répondit : « Maintenant, je sais que tu es de bon conseil. » Puis ‘Umayr repartit.
(3) Cette nuit-là, Ibrâhîm ibn al-Ashtar demeura éveillé, sans fermer l’œil. À l’approche de l’aube, il se leva, disposa ses troupes et organisa ses bataillons (4). Il fit la prière de l’aube avec ses compagnons à son tout premier créneau, puis monta en selle et marcha à la rencontre de l’armée d’Ibn Ziyâd, avançant lentement avec son armée, lui-même parmi l’infanterie, jusqu’à ce qu’il atteigne le sommet d’une colline surplombant les troupes d’Ibn Ziyâd. Il ne sembla qu’aucun mouvement ne se fît parmi ces dernières. Lorsqu’ils aperçurent Ibrâhîm et ses hommes, ils se précipitèrent vers leurs chevaux et leurs armes, pris de panique.
Alors Ibrâhîm ibn al-Ashtar enfourcha sa monture, fit le tour des étendards des tribus et les exhorta à combattre Ibn Ziyâd. Il s’écria : « Voilà le meurtrier du fils de la fille du Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) ! Dieu vous l’a amené, et Il vous permet, en ce jour, de vous venger de lui. Il a commis contre la famille du Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) ce que Pharaon n’a pas fait aux Enfants d’Israël. Voici Ibn Ziyâd, le meurtrier de Husayn, qui l’a empêché, lui ainsi que ses enfants et ses femmes, de boire aux eaux de l’Euphrate ; qui l’a empêché de rentrer chez lui ; qui l’a empêché d’aller auprès de Yazîd ibn Mu‘âwiya, jusqu’à finir par le tuer. (Par Dieu, Pharaon n’a pas agi ainsi. Dieu vous l’a amené ! J’espère qu’Il guérira vos cœurs et fera couler son sang par vos mains.) »
(5) Après quoi, Ibrâhîm se posta sous son étendard. S’avança alors Ibn Ziyâd [avec sa cavalerie et son infanterie] à la tête d’une armée imposante, où il avait placé Ḥuṣayn ibn Numayr sur l’aile droite, et ‘Umayr ibn al-Ḥabbâb as-Sulamî sur l’aile gauche – ce dernier s’étant auparavant entretenu avec Ibn