Il fit arrêter des hommes parmi les notables de Koufa et les emprisonna jusqu’à ce qu’ils lui prêtent allégeance. Mais ils refusaient de prêter allégeance à quelqu’un tant que l’ensemble de la communauté (ummah) n’était pas unanime à son sujet. Il les menaça et les intimida, puis les fit détenir près de Zamzam. Ils écrivirent alors à Al-Moukhtâr ibn Abî ‘Oubaid pour implorer son secours et son assistance, en lui disant : « Ibn Az-Zoubayr nous a menacés de mort et d’incendie. Ne nous abandonnez pas comme vous avez abandonné Al-Husayn et les membres de sa famille. »
Al-Moukhtâr rassembla alors les Chiites (shî‘a), leur lut la lettre et déclara : « Voilà votre Mahdî (1) et, quant au cri de détresse de la Famille (Ahl Al-Bayt), ils sont à présent assiégés et s’attendent à être tués ou brûlés. » Puis il poursuivit : « Je ne serais plus Abou Is’hâq si je ne vous assurais pas une victoire éclatante et si je ne dépêchais pas des cavaliers comme un torrent suivi par un autre torrent, jusqu’à ce que la ruine s’abatte sur Ibn Al-Kâhiliyya. »
Il envoya ensuite Abou ‘Abd Allâh Al-Jadhalî à la tête de soixante-dix cavaliers puissants, Dabyân ibn ‘Oumar (2) At-Taymî à la tête de quatre cents hommes, Abou Al-Mu‘tamir à la tête de cent, Hânî ibn Qays à la tête de cent, ‘Oumayr ibn Târiq à la tête de quarante, et [Fâris ibn ‘Imrân à la tête de quarante] (3). Il écrivit à Mouhammad ibn Al-Hanafiyya par l’intermédiaire de At-Tufayl ibn ‘Âmir pour lui envoyer des troupes supplémentaires. Abou ‘Abd Allâh Al-Jadhalî s’installa à Dhât ‘Irq, où près de cent cinquante cavaliers vinrent le rejoindre. Puis il avança avec eux jusqu’à ce qu’ils entrent de jour, sans se cacher, dans la Mosquée sacrée, en clamant : « Ô vengeance pour Al-Husayn ! »
Or, Ibn Az-Zoubayr avait préparé du bois pour incendier Mouhammad ibn Al-Hanafiyya et ses compagnons s’ils refusaient de lui prêter allégeance ; il ne restait plus que deux jours avant l’expiration du délai fixé. À ce moment-là, les compagnons d’Al-Moukhtâr se dirigèrent vers Mouhammad ibn Al-Hanafiyya, le libérèrent de sa prison et dirent : « Si tu nous y autorises, nous combattrons Ibn Az-Zoubayr. » Il leur répondit : « Pour ma part, je ne vois aucune légitimité à mener un combat dans la Mosquée sacrée. »
Ibn Az-Zoubayr leur déclara alors : « Ni nous ni vous ne quitterons cet endroit tant qu’il [Mouhammad ibn Al-Hanafiyya] n’aura pas prêté allégeance, et que vous ne l’aurez pas prêtée avec lui. » Ils s’y refusèrent, puis le reste de leurs compagnons arriva, entrant dans le sanctuaire en clamant : « Ô vengeance pour Al-Husayn ! » Quand Ibn Az-Zoubayr vit leur détermination, il les craignit et cessa de les menacer. Alors ils emmenèrent Mouhammad ibn Al-Hanafiyya, prirent beaucoup d’argent aux pèlerins et se rendirent avec lui dans le col de ‘Alî. Là, quatre mille hommes se rassemblèrent à ses côtés, et il partagea ces biens entre eux.
C’est ainsi que l’a rapporté Ibn Jarîr, mais l’authenticité de ce récit soulève des doutes. Dieu est plus savant. Ibn Jarîr écrit également : « Cette année-là, c’est ‘Abd Allâh ibn Az-Zoubayr qui assura le pèlerinage ; son frère Mouss‘ab administrait Médine, Al-Hârith ibn ‘Abd Allâh ibn Abî Rabî‘a administrait Bassora, ‘Abd Al-Malik ibn Marwân gouvernait la Syrie, son frère Mouhammad ibn Marwân la Djazîra et l’Arménie, et son frère ‘Abd Al-‘Azîz administrait l’Égypte (4). Al-Moukhtâr s’était emparé de Koufa, tandis qu’‘Abd Allâh ibn Khâzim régnait sur la province du Khorassan. » Il relate ensuite diverses batailles menées par ‘Abd Allâh ibn Khâzim, dont la narration serait trop longue.
[Chapitre] Ibn Jarîr rapporte (5) que, cette même année, Ibrâhîm ibn Al-Ashtar partit en personne pour affronter ‘Oubayd Allâh ibn Ziyâd, et cela se produisit alors qu’il ne restait que huit jours de l’année.