Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Iblis se mit donc à dire aux démons : « Occupez-vous de cet homme. » Mais ils ne purent rien y faire. Il leur dit alors : « Laissez-le-moi. » Il vint le trouver sous l’apparence d’un vieillard pauvre, à l’heure où l’homme prenait sa sieste de milieu de journée — car il ne dormait ni la nuit ni le jour, si ce n’est durant cette brève sieste. Il frappa à la porte.

Il lui demanda : « Qui est-ce ? » Il répondit : « Un vieil homme opprimé. » Alors il se leva et ouvrit la porte, et l’autre se mit à lui raconter : « Il y a un différend entre mon peuple et moi. Ils m’ont lésé, ils m’ont fait ceci et cela, jusqu’à ce que l’heure du départ ait sonné et que ma sieste ait été perdue… »

Il lui dit : « Lorsque je m’assiérai (pour rendre la justice), viens me voir et je réclamerai ton droit. » L’homme s’en alla, puis il revint au moment de l’assemblée. Celui-ci, dans son conseil, regarda pour voir s’il l’apercevrait, mais ne le vit pas et sortit à sa recherche. Le lendemain, il se mit à juger entre les gens en attendant ce vieillard, mais ne le voyait pas non plus.

De retour à l’heure de la sieste, alors qu’il s’allongeait, il vint à nouveau frapper. Il lui dit : « Qui est-ce ? » Il répondit : « C’est le vieil homme opprimé. » Il lui ouvrit alors et répliqua : « Ne t’ai-je pas dit que, quand je serais installé, tu devrais venir me voir ? » Le vieillard répondit : « Ils sont parmi les gens les plus mauvais ! Quand ils apprennent que tu es assis, ils disent : “Nous allons te rendre ton droit.” Mais dès que tu dors, ils le nient. »

Il répondit : « Va, et quand je siégerai, reviens me voir. » Ainsi, il perdit de nouveau sa sieste pour se rendre à l’audience, où il attendit en vain ce vieillard. La somnolence le gagna, et il dit à certains de sa maisonnée : « Ne laissez personne s’approcher de cette porte pendant que je dors, car le sommeil me fait cruellement défaut. » Quand vint l’heure, le vieil homme se présenta. Le domestique lui cria : « Arrière, arrière ! » Le vieil homme répondit : « Je suis déjà venu hier et je lui ai exposé mon cas. » L’autre rétorqua : « Par Dieu, il nous a ordonné de ne laisser personne l’approcher. »

Comme le vieillard se trouva désemparé, il aperçut une lucarne dans la maison, y grimpa et se retrouva à l’intérieur. Il se mit alors à frapper à la porte de l’intérieur. L’homme se réveilla et s’écria : « Ô toi, ne t’avais-je pas ordonné de ne laisser entrer personne ? » Celui-ci s’excusa : « Par Dieu, ce n’est pas de mon fait : va voir plutôt par où il est venu. » L’homme alla donc vérifier la porte et la trouva fermée comme à son habitude. Pourtant, l’autre était déjà à l’intérieur. Il le reconnut et s’exclama : « Ô ennemi de Dieu ? » Il répondit : « Oui, tu m’as exténué en toutes choses, alors j’ai fait ce que tu vois pour te mettre en colère. » C’est ainsi que Dieu l’appela “Dhou al-Kifl” (Celui qui se porte garant), parce qu’il s’était engagé à une tâche et l’avait accomplie (1).

Ibn Abî Hâtim (2) rapporte aussi, d’après Ibn ‘Abbâs, une version proche de ce récit. Il en est de même dans les traditions transmises par ‘Abd Allâh ibn al-Hârith, Muhammad ibn Qays, Ibn Hujayra l’aîné et d’autres parmi les premiers prédécesseurs, qui rapportent un récit semblable.

Ibn Abî Hâtim a également dit : « Mon père nous a rapporté — Abû al-Jamâhir nous a rapporté — Sa‘îd ibn Bashîr nous a informés — Qatâda a dit : “J’ai entendu al-Ash‘arî, c’est-à-dire Abû Mûsâ (que Dieu l’agrée), alors qu’il était sur cette chaire, dire : ‘Dhou al-Kifl n’était pas un prophète, mais un homme pieux qui priait cent prières par jour. Puis un autre homme, Dhou al-Kifl, s’engagea à son tour à prier cent prières par jour, et c’est pourquoi on l’appela Dhou al-Kifl.’” (3) »

Ibn Jarîr le rapporte également par la voie de ‘Abd al-Razzâq, d’après Ma‘mar, d’après Qatâda qui dit : « Abû Mûsâ al-Ash‘arî a dit (puis il en fit mention), mais sous une forme interrompue. »

(1) Rapporté par Ibn Jarir dans son Tafsir (9/71) et par Ibn Abi Hatim, comme mentionné dans al-Dur al-Manthur (5/661). (2) Comme dans al-Dur al-Manthur (5/662-663). (3) Source précédente (5/664).
فجعلَ إبليسُ يقولُ للشياطين: عليكم بفلان. فأعياهم ذلك، فقال: دعوني وإيَّاه، فأتاه في صورة شيخ كبير فقير، وأتاه حين أخذ مضجعه للقائلة، وكان لا ينامُ اللَّيلَ والنَّهارَ إلا تلك النومة، فدقَّ البابَ، فقال: من هذا؟ قال: شيخ كبير مظلوم. قال: فقامَ ففتحَ البابَ، فجعلَ يقصُّ عليه. فقال: إن بيني وبين قومي خصومةً، وإنهم ظلموني وفعلوا بي وفعلوا، حتى حضرَ الرَّواح وذهبتِ القائلة، وقال: إذا رحتُ فأتني آخذ لك بحقِّك، فانطلقَ وراح، فكان في مجلسه فجعلَ ينظرُ هل يرى الشيخِ فلم يره، فقامَ يتبعُه فلما كان الغد جعلَ يقضي بين الناس وينتظره فلا يراه. فلما رجعَ إلى القائلة فأخذ مضجعَه، أتاه فدقَّ البابَ، فقال: من هذا؟ فقال: الشيخ الكبير المظلوم. ففتحَ له، فقال: ألم أقل لك إذا قعدتُ فأتني؟ فقال: إنهم أخبثُ قوم، إذا عرفوا أنَّك قاعدٌ قالوا: نحن نُعطيك حقكَ، وإذا نمتَ جَحدوني. قال: فانطلقْ، فإذا رحت فأْتني. قال: ففاتته القائلةُ فراحَ، فجعلَ ينتظر فلا يراه، وشقَّ عليه النُّعاسُ، فقال لبعض أهله: لا تدعُنَّ أحدًا يقربُ هذا الباب حتى أنام، فإني قد شقَّ علي النوم. فلما كان تلك الساعة جاء، فقال له الرجل: وراءَك وراءَك. قال: إني قد أتيتُه أمس فذكرتُ له أمري. فقال: لا والله لقد أمرنا ألا ندعَ أحدًا يقربه، فلما أعياه نظر فرأى كوَّةً في البيت، فتسوَّر منها، فإذا هو في البيت، وإذا هو يدقُّ البابَ من داخل. قال: فاستيقظَ الرجل، فقال: يا فلان ألم آمرك؟ قال: أما من قبلي والله فلم تُؤْت فانظرْ من أين أُتيت. قال: فقام إلى الباب فإذا هو مغلق كما أغلقَه، وإذا الرجل معه في البيت فعرَفه، فقال: أعدوَّ الله؟ قال: نعم، أعييتني في كلِّ شيءٍ، ففعلتُ ما ترى لأغضبنَّك، فسمَّاه الله ذا الكفل لأنه تكفل بأمر فوفَّى به (١) . وقد روى ابن أبي حاتم (٢) أيضًا عن ابن عبَّاس قريبًا من هذا السياق. وهكذا روي عن عبد الله بن الحارث، ومحمد بن قيس، وابن حجيرة الأكبر وغيرهم من السلف نحوُ هذا. وقال ابن أبي حاتم: حدَّثنا أبي، حدَّثنا أبو الجماهر، أنبأنا سعيد بن بشير، حدَّثنا قتادة، سمعت الأشعري -يعني أبا موسى (رضي الله عنه) وهو على هذا المنبر- يقول: ما كان ذو الكفل نبيًا، ولكن كان رجلًا صالحًا، يُصلّي كلَّ يوم مئة صلاة، فتكفل له ذو الكفل من بعده، يُصلَّي كلَّ يوم مئة صلاة فسُمِّي ذا الكفل (٣) . ورواه ابن جرير من طريق عبد الرزاق، عن معمر، عن قتادة، قال: قال أبو موسى الأشعري: فذكره منقطعًا.
(١) أخرجه ابن جرير في التفسير (٩/ ٧١) وابن أبي حاتم، كما في الدر المنثور (٥/ ٦٦١). (٢) كما في الدر المنثور (٥/ ٦٦٢ - ٦٦٣). (٣) المصدر السابق (٥/ ٦٦٤).

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