Lorsque vous vous vantez devant nous, rappelez-vous ce que nous vous avons fait le jour du Chameau :
Entre un vieillard teignant sa barbe et un jeune homme au teint clair, rayonnant, vêtu de somptueux habits (1),
il s’avança d’un pas hésitant couvert d’une cotte de mailles. Nous l’égorgeâmes au grand matin, comme on égorge un agneau.
Puis nous vous avons épargnés, mais vous avez oublié notre grâce et nié la faveur suprême de Dieu ;
et à la place d’hommes qui étaient des vôtres, vous avez tué pour al-Husayn (2) le pire de ceux qui pouvaient prendre leur place.
On raconte alors que l’Ahnaf se mit en colère et dit : « Ô garçon, apporte-moi l’écrit. »
On lui remit une lettre qui disait :
« Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. De la part d’al-Mukhtâr ibn Abî ‘Ubayd à l’Ahnaf ibn Qays. Cela étant dit : Malheur à la mère de Rabî‘a à cause de Mudar, car l’Ahnaf mène les siens vers la Fournaise, d’où ils ne pourront revenir ! J’ai appris que vous me traitez de menteur. Or, si l’on me traite de menteur, c’est que d’autres messagers, avant moi, ont aussi été accusés de mensonge, et je ne leur suis pas supérieur. »
Puis l’Ahnaf déclara : « Ceci vient-il de chez nous ou de chez vous ? »
(3) Quand al-Mukhtâr sut qu’Ibn az-Zubayr ne le laisserait pas en paix et que l’armée de Syrie, envoyée par ‘Abd al-Malik et conduite par Ibn Ziyâd, s’apprêtait à marcher contre lui en grande force, il entreprit de traiter avec Ibn az-Zubayr, voulant le duper et user de ruse contre lui. Il lui écrivit :
« Je t’avais prêté allégeance pour l’obéissance et la fidélité envers toi. Puis, voyant que tu t’éloignais de moi, je me suis distancié de toi. Si tu es resté tel que je te connaissais, je demeure à ton écoute et t’obéis. » Al-Mukhtâr cachait soigneusement cette correspondance à ses partisans chiites et, si quelqu’un lui en parlait, il affirmait être celui qui était le plus éloigné d’Ibn az-Zubayr.
Lorsque la lettre parvint à Ibn az-Zubayr, celui-ci voulut vérifier si al-Mukhtâr était sincère ou non. Il convoqua donc ‘Umar ibn ‘Abd ar-Rahmân ibn al-Hârith ibn Hishâm al-Makhzûmî et lui dit : « Prépare-toi à te rendre à Kûfa, car je t’en ai confié le gouvernement. » ‘Umar répondit : « Comment cela, alors qu’al-Mukhtâr s’y trouve ? » Ibn az-Zubayr répliqua : « Il prétend être à notre écoute et nous obéir. » Puis il remit à ‘Umar près de quarante mille (dirhams ou dinars) pour se préparer. Ce dernier partit, mais en chemin, il rencontra Zâ’idah ibn Qudâmah, envoyé par al-Mukhtâr, à la tête de cinq cents cavaliers équipés, portant soixante-dix mille (pièces) d’argent. Al-Mukhtâr l’avait déjà averti : « Remets-lui l’argent. S’il s’en retourne, qu’il parte en paix ; sinon, montre-lui tes hommes et combats-le pour qu’il fasse demi-tour. » Voyant le sérieux de la situation, ‘Umar prit l’argent et se rendit à Bassora. Il y retrouva Ibn Mutî‘ auprès du gouverneur de la ville, al-Hârith ibn ‘Abd Allâh ibn Abî Rabî‘ah, et ce avant l’insurrection d’al-Muthannâ ibn Mukharribah mentionnée précédemment, et avant l’arrivée de Mus‘ab ibn az-Zubayr sur les lieux.
De son côté, ‘Abd al-Malik ibn Marwân dépêcha son cousin ‘Abd al-Malik ibn al-Hârith ibn al-Hakam à la tête d’une armée dans la région de Wâdî al-Qurâ pour qu’ils prennent Médine aux représentants d’Ibn az-Zubayr. Par ailleurs, al-Mukhtâr écrivit à Ibn az-Zubayr : « Si tu le souhaites, je peux t’envoyer un renfort. » Mais son intention était de le tromper et de manigancer contre lui. Ibn az-Zubayr répondit : « Si tu m’es vraiment soumis, je ne m’y oppose pas. Envoie donc une troupe à Wâdî… »