le destructeur, c’est al-Ḥajjâj ibn Yûsuf al-Thaqafî, qui fut nommé gouverneur de Kûfa par ʿAbd al-Malik ibn Marwân, comme nous le verrons plus loin. Al-Ḥajjâj était à l’exact opposé du précédent : c’était un Nâsibî avéré, injuste et tyrannique. Toutefois, il n’était pas de la même trempe que l’autre, lequel était accusé de saper la religion de l’islam, de se targuer d’un appel au salut et de prétendre recevoir la révélation du Très-Haut, l’Omniscient.
Ibn Jarîr a dit :
« Cette même année, al-Mukhtâr envoya al-Muthannâ ibn Mukharriba (1) al-ʿAbdî à Basra pour rallier à lui autant d’habitants que possible. Il entra dans la ville, y bâtit une mosquée où se réunissaient ses partisans et se mit à prêcher en faveur d’al-Mukhtâr. Puis il se rendit à Madînat al-Rizq (2) et y planta son camp. Alors, al-Ḥârith ibn ʿAbd Allâh ibn Rabîʿa al-Qubâʿ – qui gouvernait Basra avant d’en être démis au profit de Muṣʿab – envoya contre lui une armée conduite par ʿAbbâd ibn al-Ḥuṣayn, chef de la police, et Qays ibn al-Haytham. Ils engagèrent le combat, s’emparèrent de la ville et mirent en fuite ses combattants. Les Banû ʿAbd al-Qays étaient venus à la rescousse ; l’armée se tourna alors contre eux et ils sollicitèrent l’intervention de l’Aḥnaf ibn Qays et de ʿUmar (3) ibn ʿAbd al-Raḥmân al-Makhzûmî afin de ramener la paix, avec l’aide de Mâlik ibn Masmaʿ. Le conflit se calma, et al-Muthannâ retourna chez al-Mukhtâr avec peu d’hommes, défait, dépouillé et capturé. Il informa al-Mukhtâr de l’issue de la conciliation menée par l’Aḥnaf et par d’autres chefs. Al-Mukhtâr vit en eux une opportunité, les invita à se joindre à lui dans le dessein qu’il poursuivait.
» Il adressa à l’Aḥnaf ibn Qays la lettre suivante :
« De la part d’al-Mukhtâr à l’endroit de l’Aḥnaf ibn Qays et de ceux qui sont avec lui : que la paix soit sur vous (4). Cela dit, malheur aux Banû Rabîʿa face à Muḍar ! Et l’Aḥnaf mènera sa tribu en Enfer, là où nul ne pourra la faire reculer (5). Je ne détiens pas le pouvoir de vous préserver de ce qui est déjà inscrit dans le destin. J’ai appris en outre que vous me traitez de menteur ; or les prophètes avant moi ont eux-mêmes été qualifiés de menteurs, et je ne me prétends pas meilleur qu’eux. »
Ibn Jarîr (6) rapporte encore : « Abû al-Sâʾib Salm ibn Junâda m’a raconté : “Al-Ḥasan ibn Ḥammâd nous a transmis, d’après Ḥammâd (7) ibn ʿAlî, d’après Mujâlid, d’après al-Shaʿbî :
‘Je me rendis à Basra et je m’assis dans un cercle où se trouvait l’Aḥnaf ibn Qays. L’un des hommes me demanda : ‘D’où viens-tu ?’ Je répondis : ‘Je suis de Kûfa.’ Il répliqua : ‘Alors vous êtes de nos alliés.’ Je lui dis : ‘En quoi donc ?’ Il dit : ‘Parce que nous vous avons délivrés des griffes de vos propres esclaves, ceux qui suivaient al-Mukhtâr.’ Je lui répondis : ‘Sais-tu ce qu’a dit un cheikh de la tribu de Hamdân à notre sujet, à vous et à nous ?’ L’Aḥnaf demanda : ‘Qu’a-t-il dit ?’ Je poursuivis :
“Vous vantez-vous d’avoir tué des esclaves …
… et d’avoir, une fois, mis en déroute la famille ʿAdl ?” (8)’” »