Zayn al-ʿÂbidîn, père des imams, Dieu a fait se multiplier sa descendance aussi nombreuse que les grains de sable et de gravier. Parmi eux se trouvent des seigneurs et des nobles. Quant à Yazîd ibn Muʿâwiya, il laissa environ vingt enfants, mais aujourd’hui, il ne subsiste à la surface de la terre aucune postérité de lui, Dieu sait mieux (1).
Puis al-Mukhtâr envoya leurs deux têtes à Muḥammad ibn al-Ḥanafiyya, et lui adressa une lettre à ce sujet :
« Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux, à al-Mahdî (2) Muḥammad ibn ʿAlî : de la part d’al-Mukhtâr ibn Abî ʿUbayd. Que le salut soit sur toi, ô Mahdî. Je loue devant toi Dieu, nul autre que Lui ne mérite l’adoration. Cela dit, Dieu m’a mandaté pour exercer Sa vengeance contre vos ennemis ; ils sont désormais tantôt tués, tantôt prisonniers, tantôt en fuite, tantôt dispersés. Louange à Dieu qui a tué vos meurtriers et soutenu ceux qui vous ont épaulé. Je t’envoie la tête de ʿUmar ibn Saʿd et celle de son fils. Nous avons exécuté quiconque a participé au meurtre de Ḥusayn et de sa famille, parmi tous ceux que nous avons pu atteindre. Ceux qui restent n’échapperont pas à Dieu, et je ne cesserai de les poursuivre (3) tant que je n’aurai pas la certitude qu’il ne demeure plus sur la surface de la terre aucun d’entre eux, même pas un seul Aramiyyân (4). Fais-moi donc part de ton avis, ô Mahdî, pour que je le suive et m’y conforme. Le salut soit sur toi, ô Mahdî, ainsi que la miséricorde de Dieu et Ses bénédictions. »
Ibn Jarîr n’a pas mentionné que Muḥammad ibn al-Ḥanafiyya ait répondu à ce courrier, bien qu’il ait longuement traité ce chapitre et l’ait commenté en détail. Il ressort par endroits de son propos une vive passion pour ce sujet, raison pour laquelle il s’est étendu en citant les récits d’Abû Mikhnaf Lûṭ ibn Yaḥyâ, un rapporteur dont la fiabilité est mise en doute, notamment en matière de chiisme. Cet épisode suscite en effet une profonde ferveur chez les chiites, car il traite de la vengeance du sang de Ḥusayn et de sa famille sur leurs meurtriers. Qu’il ne fasse aucun doute que l’exécution de ses assassins était inévitable, et que s’y empresser était un bienfait. Toutefois, Dieu n’a décrété que cela se produise que par la main d’al-Mukhtâr, le menteur, qui, en prétendant recevoir une révélation, tomba dans l’incroyance.
Mais le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) a dit : « En vérité, Dieu soutient cette religion par l’homme pécheur » (5).
Dieu – Exalté soit-Il – a également dit, dans Son Livre, qui dépasse tout ce que les écrivains peuvent composer : « Ainsi livrons-Nous les injustes les uns aux autres à cause de ce qu’ils ont acquis » (Les Bestiaux [al-Anʿâm], 6 :129). Un poète a dit : « Nulle main qui ne soit dominée par la main de Dieu… et point de tyran qui ne soit à son tour affligé par un autre tyran. »
Il apparaîtra, dans la biographie d’al-Mukhtâr, tout ce qui prouve ses mensonges et ses calomnies, de même que ses prétentions à secourir la Famille du Prophète, tandis qu’en réalité il se dissimulait derrière ces revendications pour rallier à lui la foule des chiites de Kûfa, dans le dessein de leur fonder un État et de sévir, en s’appuyant sur eux, contre ses opposants. Puis Dieu – Puissant et Majestueux – suscita contre lui qui le châtia. C’est de ce personnage que parla le Messager dans le ḥadîth rapporté par Asmâ’ bint al-Ṣiddîq : « Il apparaîtra, dans [la tribu de] Thaqîf, un menteur et un destructeur » (6). Le premier est ce menteur qui affichait son chiisme. Quant à