Dans un récit, on rapporte que la nuit (1), al-Mukhtar déclara : « Demain, je tuerai un homme aux grands pieds, aux yeux enfoncés, aux sourcils proéminents ; sa mise à mort réjouira les croyants et les anges rapprochés. » Al-Haytham ibn al-Aswad était présent, et il soupçonna qu’il s’agissait d’Omar ibn Saʿd ; il envoya donc son fils al-ʿUryân (2) l’avertir. Celui-ci répondit : « Comment cela se peut-il après tous les pactes et engagements qu’il m’a donnés ? » En effet, lorsque al-Mukhtar était arrivé à Koufa, il avait d’abord bien traité ses habitants et envoyé à Omar ibn Saʿd une lettre de sûreté, sauf si ce dernier causait un trouble.
Abou Mikhnaf (3) rapporte qu’Abou Jaʿfar al-Bâqir disait : « Al-Mukhtar voulait dire par là : “sauf s’il entre dans le lieu d’aisance et y commet un acte.” » Omar ibn Saʿd resta toutefois inquiet ; il se déplaça d’un quartier à l’autre, puis finit par rentrer chez lui. Quand al-Mukhtar apprit ses mouvements, il s’écria : « Non, par Dieu, il a une chaîne au cou qui le ramènera ; même s’il s’efforçait de fuir, il ne le pourrait pas » (4).
Au matin, il envoya Abou ʿAmra le chercher. [Celui-ci entra et lui dit : « Viens devant l’émir. »] (5) Omar se leva, trébucha dans sa tunique, et Abou ʿAmra le frappa de son épée jusqu’à le tuer. Il apporta sa tête sous son manteau, puis la déposa devant al-Mukhtar. Ce dernier s’adressa alors au fils d’Omar, Hafs, qui était assis auprès de lui, en disant : « Reconnais-tu cette tête ? » Hafs prononça la formule de regret (Inna lillâh…) et répondit : « Oui, et il ne reste plus aucun bien dans la vie après lui. » Al-Mukhtar répliqua : « Tu as raison. » Puis il ordonna qu’on le mette à mort et l’on plaça sa tête près de celle de son père.
Al-Mukhtar dit ensuite : « Celle-ci (la tête d’Omar) est pour al-Husayn, et celle-là (celle de Hafs) est pour ʿAlî ibn al-Husayn al-Akbar. Non, ce n’est pas la même chose. Par Dieu, même si je tuais les trois quarts de Quraysh, ils ne compenseraient pas ne serait-ce qu’un ongle de ses doigts. » Certains affirment qu’Omar fut présent à Dûmat al-Jandal avec son père (6). On dit aussi qu’il aurait été le premier à porter un coup de lance dans le campement de Husayn (7). On rapporte encore que ʿAlî ibn Abî Tâlib lui adressa un jour ces mots : « Ô Omar ibn Saʿd, que feras-tu lorsque tu te trouveras en un lieu où l’on t’obligera à choisir entre le Paradis et l’Enfer ? » (8)
Selon al-Wâqidî (9), « Il ne resta aucun de ceux qui prirent part au meurtre de Husayn ou qui y contribuèrent, sans être châtié dans ce monde par la mort et l’épreuve, et dans l’au-delà par le tourment. L’une des choses les plus étonnantes est que Husayn (– qu'Allah soit satisfait de lui –) ne laissa derrière lui aucun enfant en dehors de ʿAlî. »