La mort de Shimr ibn Dhî l-Jawshan, le commandant de la troupe qui tua Husayn. Les notables de Koufa s’enfuirent à Bassora, auprès de Mus‘ab ibn az-Zubayr. Parmi ceux qui fuirent en ce sens se trouvait Shimr ibn Dhî l-Jawshan – qu’Allah le maudisse. Al-Mukhtâr envoya à sa poursuite un serviteur nommé Zarnab (1).
Lorsque celui-ci approcha, Shimr dit à ses compagnons : « Avancez et laissez-moi derrière vous, comme si vous aviez fui en m’abandonnant, afin que ce barbare s’enhardisse à m’attaquer. » Ils continuèrent donc, et Shimr resta en arrière. Zarnab le rejoignit, alors Shimr se retourna contre lui, lui brisa l’échine et le tua. Puis Shimr repartit, le laissant derrière lui, et il écrivit à Mus‘ab ibn az-Zubayr, alors à Bassora, pour l’informer de son arrivée et de son intention de le rejoindre. En effet, tous ceux qui s’étaient enfuis de cet affrontement gagnaient Bassora auprès de Mus‘ab.
Shimr envoya sa lettre par l’intermédiaire d’un barbare provenant du village où il s’était arrêté, nommé al-Kaltâniyya (2), situé près d’un fleuve au pied d’une colline. Ce messager partit et rencontra un autre barbare qui l’interrogea : « Où vas-tu ? » Il répondit : « Vers Mus‘ab. » – « De la part de qui ? » demanda l’autre. – « De Shimr, » répondit-il. L’autre le pressa alors : « Viens avec moi voir mon maître. » Le maître en question était Abû ‘Amra, le commandant de la garde d’al-Mukhtâr, qui venait de se mettre en route pour poursuivre Shimr. Le barbare lui indiqua la position de Shimr, et Abû ‘Amra s’y rendit.
Les compagnons de Shimr avaient insisté pour qu’il change d’emplacement, mais il leur rétorqua : « C’est la crainte du menteur qui vous agite ! Par Dieu, je ne quitterai pas cet endroit avant trois jours, jusqu’à ce que je remplisse leurs cœurs d’effroi. » À la nuit tombée, Abû ‘Amra les surprit avec sa cavalerie, les empêchant de s’équiper ni de monter à cheval. Shimr ibn Dhî l-Jawshan se jeta sur eux, les chargeant à la lance alors qu’il était nu, puis il rentra dans sa tente pour en sortir une épée. Il dit en récitant :
« Vous avez éveillé un lion valeureux dans sa tanière, / Au visage austère qui brise les nuques ; / Jamais on ne l’a vu reculer devant un ennemi, / Sinon pour revenir l’affronter ou le tuer ; / Il les frappe de ses coups et abreuve le combattant. »
Il lutta ainsi pour sa vie jusqu’à ce qu’il fût tué. Lorsque ses compagnons, en pleine déroute, entendirent les exclamations « Allah Akbar ! Le scélérat est mort ! » lancées par les hommes d’al-Mukhtâr, ils comprirent qu’il venait d’être tué – qu’Allah le maudisse. Abû Mikhnaf rapporte, d’après Yûnus ibn Abî Ishâq, que lorsque al-Mukhtâr sortit du cimetière d’as-Sabî‘ et s’avança