Il prit place au palais de l’Émirat et se prépara au combat. Ceux qui s’étaient accordés pour le combattre sortirent et campèrent dans la nécropole d’as-Sabīʿ (1) : il s’agissait de Shabath ibn Rib‘ī, Shimr ibn Dhī Jawshan, Muḥammad ibn al-Ash‘ath, ‘Abd ar-Raḥmān ibn Sa‘īd ibn Qays, Ka‘b al-Khath‘amī, Zahr ibn Qays al-Ju‘fī, Isḥāq ibn Muḥammad ibn al-Ash‘ath, Bashīr ibn Jarīr, Ḥijār ibn Abjar, ‘Amr ibn al-Ḥajjāj az-Zubaydī et d’autres (2). Quand Ibn al-Ashṭar partit au combat, les notables de la population, parmi lesquels figuraient d’anciens membres de l’armée des meurtriers de Ḥusayn et d’autres encore, se réunirent dans la demeure de Shabath ibn Rib‘ī et convinrent unanimement de combattre al-Mukhtār. Ils se soulevèrent et chaque tribu, avec son émir, marcha vers un quartier de Koufa, puis ils se dirigèrent vers le palais de l’Émirat.
Al-Mukhtār dépêcha ‘Amr ibn Tūba (3) auprès d’Ibrāhīm ibn al-Ashṭar pour le faire revenir rapidement. Il envoya également un message aux insurgés : « Que me reprochez-vous donc ? Je suis disposé à satisfaire toutes vos demandes. » Il cherchait ainsi à les retenir afin de gagner du temps jusqu’à l’arrivée d’Ibrāhīm ibn al-Ashṭar. Il leur dit encore : « Si vous ne me croyez pas au sujet de Muḥammad ibn al-Ḥanafiyya, envoyez donc des personnes de chez vous et j’en dépêcherai aussi de mon côté pour l’interroger. » Il continua d’user de subterfuges auprès d’eux jusqu’au retour d’Ibrāhīm ibn al-Ashṭar au bout de trois jours. Alors, les troupes se divisèrent en deux groupes : al-Mukhtār prit en charge les Yéménites, tandis qu’Ibn al-Ashṭar affronta les gens de Muḍar, conduits par Shabath ibn Rib‘ī, conformément à l’avis d’al-Mukhtār. Ainsi, Ibn al-Ashṭar n’aurait pas à combattre ses semblables originaires du Yémen, sur qui il aurait sans doute voulu se montrer clément, alors qu’al-Mukhtār, lui, était particulièrement sévère envers eux.
Les combats furent violents dans les faubourgs de Koufa et les pertes furent nombreuses dans les deux camps. De multiples péripéties et évolutions guerrières se produisirent, trop longues à détailler ici. Plusieurs notables furent tués, dont ‘Abd ar-Raḥmān ibn Sa‘īd ibn Qays al-Kindī, ainsi que sept cent quatre-vingts hommes de sa tribu. Du côté de Muḍar, une dizaine d’hommes périrent. Ce jour fut appelé « la bataille de la nécropole d’as-Sabīʿ » et tomba un mercredi, six jours avant la fin de Dhū al-Ḥijja de l’an soixante-six. Finalement, la victoire revint à al-Mukhtār. Cinq cents de leurs hommes furent capturés et amenés devant lui. Il déclara : « Examinez qui, parmi eux, a participé au meurtre de Ḥusayn et exécutez-les. » Deux cent quarante d’entre eux furent tués ainsi (4), et ses partisans mirent à mort ceux qui les avaient offensés ou maltraités, sans en avoir reçu l’ordre d’al-Mukhtār. Puis il libéra les autres et son crieur proclama : « Que celui qui ferme sa porte soit sain et sauf, à l’exception de celui qui a pris part au meurtre des membres de la famille de Muḥammad ﷺ » (5). ‘Amr ibn al-Ḥajjāj az-Zubaydī, qui avait participé au meurtre de Ḥusayn, s’enfuit et nul ne sait ce qu’il advint de lui par la suite.