Les troupes comprenaient : (1) ʿAbd Allāh ibn Ḍumra al-Fazārī, qui dirigeait l’aile droite ; s’il venait à périr, Saʿir (2) ibn Abī Saʿir prendrait la tête de l’aile gauche. Warqāʾ ibn ʿĀzib (3) al-Asadī était quant à lui responsable de la cavalerie. Ces trois hommes étaient les émirs des quatre contingents. Cela se passa le jour de ʿArafa de l’an 66, à l’aube. Ils livrèrent un rude combat contre les troupes syriennes, et les ailes droites et gauches de chaque armée vacillèrent. Warqāʾ chargea alors avec la cavalerie, mit l’ennemi en déroute, et les Syriens s’enfuirent ; leur commandant, Rabīʿa ibn Mukhāriq, fut tué. L’armée d’al-Mukhtār s’empara des biens du camp syrien. Les fuyards revinrent ensuite et rencontrèrent l’autre émir, ʿAbd Allāh ibn Ḥamla (4) ; il leur demanda ce qu’il s’était passé. Informé de la situation, il fit demi-tour avec eux et se mit en route vers Yazīd ibn Anas, qu’il rejoignit à la nuit tombée. Les combattants passèrent la nuit en état d’alerte. Au matin, ils se rangèrent en ordre de bataille, c’était le jour de l’Aïd al-Aḍḥā de cette même année 66. Ils se livrèrent un combat acharné, et l’armée d’al-Mukhtār défit de nouveau l’armée syrienne, tuant son émir ʿAbd Allāh ibn Ḥamla. Ils s’emparèrent des biens du camp ennemi, et prirent trois cents prisonniers. Ceux-ci furent amenés à Yazīd ibn Anas, alors à l’agonie, qui ordonna de les exécuter.
Yazīd ibn Anas mourut ce même jour ; Warqāʾ ibn ʿĀzib, son lieutenant, fit la prière funéraire sur sa dépouille et l’enterra. Les compagnons de Yazīd, pris de désarroi, commencèrent à se retirer discrètement vers Kufa. Alors Warqāʾ leur dit : « Ô gens, qu’en pensez-vous ? J’ai appris qu’Ibn Ziyād arrive avec quatre-vingt mille hommes de Syrie, et je ne vous vois pas en mesure de leur tenir tête. Notre émir a péri, et un groupe [de nos troupes] nous a quittés. Si nous rentrons dans nos provinces en faisant croire que cela n’est dû qu’à notre tristesse pour notre émir, ce sera préférable à une confrontation où nous serions défaits et reviendrions vaincus. » Les émirs tombèrent d’accord et ils retournèrent à Kufa. Quand les gens de Kufa apprirent la nouvelle — la mort de Yazīd ibn Anas et le retour de son armée — ils s’inquiétèrent au sujet d’al-Mukhtār, disant : « Yazīd ibn Anas est tombé au combat, son armée a été mise en déroute, et il ne faudra pas longtemps avant qu’Ibn Ziyād ne vienne vous anéantir et vous détruire jusqu’au dernier. »
Ils se concertèrent alors pour se révolter contre al-Mukhtār : ils l’accusèrent de mensonge, convinrent de le combattre et de l’expulser de chez eux, persuadés de son imposture. Ils déclarèrent : « Il a placé nos mawālī (clients affranchis) au-dessus de nos notables. Il prétend qu’Ibn al-Ḥanafiyya lui a ordonné de venger al-Ḥusayn, alors qu’il n’a reçu aucun tel ordre — il lui impute des propos mensongers. » Ils attendirent le moment opportun pour se soulever contre lui : dès qu’Ibrāhīm ibn al-Ashṭar, nommé par al-Mukhtār, serait parti de Kufa avec sept mille hommes pour aller à la rencontre de ʿUbayd Allāh ibn Ziyād — instructions qu’al-Mukhtār lui avait données en disant : « Pars jusqu’à retrouver l’armée d’Ibn Anas, ramène-la avec toi, puis poursuis ta route pour affronter ton ennemi ʿUbayd Allāh ibn Ziyād et engage le combat. » Ibrāhīm ibn al-Ashṭar s’exécuta et partit avec ses troupes. Mais lorsqu’il parvint à Sābāṭ (5), il reçut une lettre d’al-Mukhtār lui intimant l’ordre de revenir ; il rebroussa alors chemin, tandis qu’al-Mukhtār avait déjà fortifié sa position.