J’ai tenu mon serment et je suis parvenu à ce qui est meilleur. Quant à offrir mille chamelles, cela est aisé ; et pour l’affranchissement de mes esclaves, j’aurais aimé que cette affaire me fût pleinement assurée et que je ne possède plus un seul esclave.
Les chiites se rassemblèrent alors autour de lui, ses partisans se firent nombreux et ils lui prêtèrent secrètement allégeance. Ceux chargés de recueillir ce serment et d’inciter les gens à le rejoindre étaient cinq : al-Sâʾib ibn Mâlik al-Achʿarî, Yazîd ibn Anas, Aḥmar ibn Shumayṭ, Rafaʿa ibn Shaddâd et ʿAbd Allâh ibn Shaddâd al-Jushamî. Le mouvement du prétendant ne cessa de se renforcer et de prendre de l’ampleur, jusqu’à ce qu’ʿAbd Allâh ibn al-Zubayr relevât de leur fonction à Kufa ʿAbd Allâh ibn Yazîd et Ibrâhîm ibn Muḥammad ibn Ṭalḥa, et dépêchât ʿAbd Allâh ibn Muṭîʿ pour les remplacer. De même, il envoya al-Ḥârith ibn ʿAbd Allâh ibn Abî Rabîʿa comme gouverneur de Bassora.
Lorsque ʿAbd Allâh ibn Muṭîʿ al-Makhzûmî entra à Kufa pendant le mois de Ramaḍân de l’an 65 (de l’Hégire), il prononça un discours devant la population. Il déclara : « L’émir des croyants, ʿAbd Allâh ibn al-Zubayr, m’a ordonné de conduire mes affaires parmi vous à la manière de ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb et de ʿUthmân ibn ʿAffân. » Alors, al-Sâʾib ibn Mâlik – l’un des chiites – se leva et dit : « Nous n’acceptons que la voie de ʿAlî ibn Abî Ṭâlib, qu’il appliqua dans nos contrées. Nous ne voulons pas celle de ʿUthmân » (il parla contre lui) « ni même celle de ʿUmar, bien qu’il ne veuille que du bien pour le peuple. » Certains notables chiites lui donnèrent raison. L’émir garda le silence et répondit : « Je me comporterai parmi vous comme vous le souhaitez. »
C’est alors que le chef de la police, Iyâs ibn Muḍarib al-ʿAjlî, alla trouver Ibn Muṭîʿ et lui dit : « Celui qui te répond ainsi est un des principaux compagnons d’al-Mukhtâr. Je ne me sens pas en sûreté vis-à-vis de lui ; envoie quelqu’un pour qu’on le ramène en prison, car mes informateurs m’ont appris que sa position s’est solidement établie et qu’il est sur le point de se soulever dans la cité. » En conséquence, ʿAbd Allâh ibn Muṭîʿ envoya Zâʾida ibn Qudâma accompagné d’un autre émir.
Ils se rendirent chez al-Mukhtâr et lui dirent : « L’émir te convoque. » Al-Mukhtâr fit alors préparer ses vêtements et ordonna de seller sa monture pour partir avec eux. Mais Zâʾida ibn Qudâma récita : « [Et rappelle-toi le moment] où les mécréants complotaient contre toi pour t’emprisonner, te tuer ou t’expulser… » (Al-Anfâl, 30). Aussitôt, al-Mukhtâr s’allongea à terre, ordonna qu’on le couvre d’une étoffe et feignit la maladie. Il dit : « Informez l’émir de mon état. » Ils retournèrent donc auprès d’Ibn Muṭîʿ pour s’excuser à sa place, et celui-ci les crut et se détourna de ses intentions envers al-Mukhtâr.
Lorsque survint le mois de Muḥarram de cette même année, al-Mukhtâr voulut se soulever afin, disait-il, de venger al-Ḥusayn. Résolu à passer à l’action, il rassembla les chiites autour de lui, mais ces derniers le dissuadèrent de sortir tout de suite et l’appelèrent à différer ce projet. Ils dépêchèrent ensuite une délégation auprès de Muḥammad ibn al-Ḥanafiyya pour l’interroger au sujet d’al-Mukhtâr et de l’appel qu’il leur adressait. Lorsqu’ils le rencontrèrent, la substance de sa réponse fut la suivante : « Nous ne voyons pas d’inconvénient à ce que Dieu nous accorde Son secours par qui Il veut… »