Il jouissait d’un rang noble et était obéi par son peuple, et c’est à lui que l’on rattache le monastère de Baḥdal, relevant du district de Bayt al-Abâr, en dehors de Damas (1) (2).
[Ensuite, l’année soixante-six (de l’hégire) arriva.] En cette année, le menteur al-Mukhtâr ibn Abî ‘Ubayd ath-Thaqafî se révolta à Kûfa, prétendant venger al-Ḥusayn ibn ‘Alî. Il expulsa de la ville son gouverneur, ‘Abd Allâh ibn Muṭī‘. La cause de ce soulèvement fut que, lorsque les compagnons de Sulaymân ibn Ṣurad revinrent menottés (3) à Kûfa, ils trouvèrent al-Mukhtâr ibn Abî ‘Ubayd en prison. Il leur écrivit alors pour leur présenter ses condoléances au sujet de Sulaymân ibn Ṣurad, en leur disant : « Je suis son remplaçant, et je tuerai les assassins d’al-Ḥusayn. » Rifa‘a ibn Shaddâd, celui qui était revenu avec les survivants de l’armée des “repentants” (tawwâbîn), lui répondit pour lui signifier son soutien total. Dès lors, al-Mukhtâr se mit à leur faire promesses et espérances, à la manière d’un imposteur (4) (5), autrement dit rien d’autre que des illusions.
Il leur écrivit secrètement (6) : « Réjouissez-vous ! Dès que je sortirai, je dégainerai l’épée contre vos ennemis, d’Orient en Occident, et, avec la permission de Dieu, j’en ferai un monceau, les tuant individuellement et par paires (7). Que la miséricorde de Dieu soit sur celui qui répond favorablement et suit la bonne voie, et que Dieu n’éloigne que celui qui s’y refuse et désobéit. » Lorsque ce courrier leur parvint, ils le lurent secrètement et lui répondirent : « Nous sommes tels que tu le souhaites. Quand tu voudras, nous te ferons sortir de ta prison. » Al-Mukhtâr ne tenait toutefois pas à être libéré de force contre les autorités de Kûfa. Il recourut donc à une manœuvre plus subtile et écrivit au mari de sa sœur Ṣafiyya – femme réputée pieuse –, qui était ‘Abd Allâh ibn ‘Umar ibn al-Khaṭṭâb. Il lui demanda d’intercéder pour sa sortie auprès des deux dignitaires de Kûfa, ‘Abd Allâh ibn Yazīd al-Khaṭmî et Ibrâhîm ibn Muḥammad ibn Ṭalḥa. Ibn ‘Umar leur envoya alors une lettre afin de plaider en sa faveur.
[Ils ne purent le lui refuser,] et dans sa lettre, Ibn ‘Umar leur rappelait l’amitié qui les liait et le lien de parenté et d’alliance (ṣihr) qu’il avait avec al-Mukhtâr, en disant notamment : « Vous savez les bonnes relations qui nous unissent et vous n’ignorez pas les liens de parenté que j’ai avec al-Mukhtâr. Je vous en conjure : laissez-lui la voie libre. » (8)
Ils le convoquèrent donc, et un groupe de ses compagnons se porta garant pour lui. ‘Abd Allâh ibn Yazīd le fit jurer que, s’il préparait un complot nuisible aux musulmans, il s’engageait à immoler mille chameaux en guise d’expiation devant la Ka‘ba et à affranchir tous ses esclaves, hommes et femmes. Al-Mukhtâr accepta ces conditions et resta chez lui. Il déclara : « Que Dieu les maudisse ! Quant à mon serment (9) au nom de Dieu, je ne jure jamais sans songer, si je trouve un bien plus grand que de le tenir, à m’en acquitter par une expiation… »