Ibn Jarîr a dit (1) : « Au cours de cette même année, Ibn al-Zubayr destitua son frère ‘Ubayda (2) du gouvernement de Médine et y nomma à sa place son autre frère Mus‘ab. En effet, ‘Ubayda avait prononcé un sermon devant les gens en s’exclamant : “Vous avez vu ce que Dieu a infligé à un peuple vertueux pour une chamelle valant cinq cents dirhams.” Lorsque ces propos parvinrent à son frère, il déclara : “C’est là de l’affectation !” et il le démit de ses fonctions. C’est à cause de cela qu’on surnomma ‘Ubayda ‘Celui qui évalue la chamelle’.”
Ibn Jarîr poursuivit : « Vers la fin de cette année, Ibn al-Zubayr retira le gouvernement de Koufa à ‘Abd Allâh ibn Yazîd al-Khatmî et le remit à ‘Abd Allâh ibn Muti‘, qui avait été l’émir des Muhâjirîn (les Émigrés) lors de la bataille d’al-Harrah, quand ils avaient rompu leur allégeance à Yazîd (3). »
Ibn Jarîr signala également (4) : « Cette année-là survint la peste dévastatrice à Bassora. »
Ibn al-Jawzî écrit dans son ouvrage al-Muntazim (5) : « Cela se produisit en l’an soixante-quatre, bien que certains affirment plutôt que ce fut en l’an soixante-neuf (6). C’est d’ailleurs l’opinion la plus répandue, mentionnée par notre maître adh-Dhahabî (7) et d’autres. Le fléau fut particulièrement violent à Bassora et survint sur trois jours : le premier jour, soixante-dix mille personnes périrent ; le deuxième, soixante et onze mille ; et le troisième, soixante-treize mille. Au matin du quatrième jour, la population était quasiment décimée, à l’exception d’un très petit nombre d’individus. On raconte même que la mère de l’émir figura parmi les victimes et qu’il fallut payer quatre personnes pour la transporter et l’enterrer, faute de volontaires. »
Le hâfidh Abû Nu‘aym al-Asbahânî (8) relate : « ‘Ubayd Allâh nous a rapporté : Ahmad ibn ‘Assâm m’a transmis le récit de Ma‘dî, d’après un homme surnommé Abû an-Nufayd (9) – témoin direct de cette peste – qui dit : “Nous parcourions les différents quartiers pour enterrer les morts ; mais lorsqu’ils furent trop nombreux, nous en fûmes incapables et nous contentions de murer les portes des maisons dans lesquelles plus personne n’était en vie. Or, un jour, nous entrâmes dans une demeure afin de vérifier s’il restait quelqu’un. Après avoir fouillé, nous n’y trouvâmes aucun survivant et en condamnâmes donc la porte. Une fois la peste passée, nous fîmes à nouveau le tour de ces maisons et nous dégageâmes leurs entrées. En rouvrant la porte de cette maison, nous découvrîmes au milieu de la cour un jeune garçon encore frais, enduit d’huile, comme s’il venait d’être arraché tout juste aux bras de sa mère. Tandis que nous l’observions avec stupeur, une chienne passa par une fente du mur et s’approcha du garçon, lequel se mit à ramper vers elle pour téter son lait. Ma‘dî ajoute : ‘J’ai moi-même vu plus tard ce garçon dans la mosquée de Bassora, tenant déjà sa barbe d’une main.’” »