Ils disposaient de chevaux et d’armes, car depuis un certain temps ils pillaient ces contrées. Ils avaient ainsi acquis une grande endurance, une bravoure inégalée, une audace incomparable, une force sans pareille (1), et une rapidité à s’élancer au cœur des batailles que nul ne pouvait égaler (2). Lorsque les deux groupes se firent face en un lieu appelé Salli ou Silbari (3), ils livrèrent un rude et violent combat, chacun résistant avec un courage extraordinaire, et ils étaient environ trente mille. Puis les kharijites lancèrent une charge redoutable, et les hommes d’al-Muhallab s’enfuirent en déroute, un père ne se souciant plus de son fils, et personne ne se retournant vers quiconque. Ceux qui purent parvinrent à Bassora ; quant à al-Muhallab, il précéda les fuyards et se posta sur un point élevé.
Là, il se mit à appeler : « Venez à moi, serviteurs de Dieu ! ». Trois mille de ses cavaliers les plus valeureux le rejoignirent. Il se leva alors et leur adressa un discours : « Après quoi, ô gens, il arrive parfois que Dieu laisse une troupe nombreuse à elle-même, et elle est vaincue, tandis qu’Il accorde la victoire à une troupe réduite, qui l’emporte. Par ma foi, vous n’êtes nullement en petit nombre en ce moment : vous êtes la cavalerie de cette cité (4) et les gens de la victoire. Je ne souhaite pas qu’aucun de ceux qui ont fui avec vous se joigne désormais à nous : (S’ils étaient sortis avec vous, ils ne vous auraient causé que trouble ; cf. at-Tawbah, 9 : 47). » Puis il ajouta : « Je vous ordonne à chacun d’emporter dix pierres. Allons maintenant à leur camp, car ils sont en ce moment en pleine confiance et leurs cavaliers sont partis pour poursuivre vos frères. Par Dieu, j’espère bien qu’ils ne reviendront pas à temps pour vous empêcher de vous emparer de leur camp et de tuer leur chef. »
Les hommes obéirent, et al-Muhallab ibn Abî Sufra avança avec eux contre les kharijites. Ils en abattirent un grand nombre, environ sept mille, et tuèrent ‘Ubayd Allâh (6) ibn al-Mâhûz ainsi qu’un bon nombre d’Azâriqa, se saisissant d’importants butins. Al-Muhallab avait placé des cavaliers entre lui et ceux qui reviendraient de la poursuite des fuyards de Bassora (7), afin de les intercepter avant qu’ils ne rejoignent les leurs. Les troupes adverses prirent la fuite jusqu’en Kirmân et dans la région d’Aṣbahân. Al-Muhallab s’installa à al-Ahwâz jusqu’à ce que Muṣ‘ab ibn az-Zubayr arrivât à Bassora et en relève al-Ḥârith ibn ‘Abd Allâh ibn Abî Rabî‘a, comme nous le verrons.
Ibn Jarîr (8) rapporte qu’au cours de cette même année, avant sa mort, Marwân ibn al-Ḥakam avait envoyé son fils Muḥammad en al-Jazîra, peu avant son expédition en Égypte. Je précise : ce Muḥammad ibn Marwân est le père de Marwân al-Ḥimâr, c’est-à-dire Marwân ibn Muḥammad ibn Marwân, le dernier calife omeyyade, à qui les Abbassides arrachèrent ensuite le pouvoir, comme nous le verrons.