Les habitants d’Égypte se lancèrent contre lui pour le combattre. Ils se relayaient dans le combat puis se retiraient pour se reposer, et l’on appela cela “le Jour des Tarâwîḥ”. Le massacre se poursuivit parmi les notables de la ville, et un grand nombre d’entre eux furent tués. Ce jour-là, ‘Abd Allâh ibn Yazîd ibn Ma‘dî Karib al-Kalâ‘î, l’un des dignitaires, fut également tué. Puis, ‘Abd ar-Rahmân conclut la paix avec Marwân afin de quitter l’Égypte pour la Mecque avec ses biens et sa famille. Marwân y consentit, rédigea de sa propre main un acte de sûreté (amân) en faveur des Égyptiens, et les gens se dispersèrent. Ils s’occupèrent alors d’enterrer leurs morts et de pleurer leurs disparus. Marwân fit exécuter quatre-vingts hommes qui s’étaient abstenus de lui prêter allégeance, et il fit également trancher la tête à al-Ukaydir ibn Ḥamala al-Lakhmî – il était parmi ceux qui participèrent au meurtre de ‘Uthmân. Cela se produisit à la mi-Jumâdâ al-âkhira, le même jour où mourut ‘Abd Allâh ibn ‘Amr ibn al-‘Âṣ. On ne put même pas sortir son cercueil pour l’enterrer, si bien qu’on l’inhuma dans sa propre demeure.
Marwân prit alors possession de l’Égypte, y demeura un mois, puis nomma son fils ‘Abd al-‘Azîz à sa tête. Il laissa auprès de lui son frère Bishr ibn Marwân ainsi que Mûsâ ibn Nuṣayr pour lui servir de vizir, en les exhortant à bien traiter les notables. Puis il retourna en Syrie (1).
Cette même année, Marwân mobilisa deux armées : la première, sous le commandement de Ḥubaych ibn Dulajah al-Qaynî (2), chargée de s’emparer de Médine (ce dont nous reparlerons), et la seconde, sous la conduite de ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd, pour reconquérir l’Irak que gouvernaient les représentants d’Ibn az-Zubayr. En chemin, ces troupes rencontrèrent l’armée des “Pénitents” (Tawwâbûn) menée par Sulaymân ibn Ṣurrad, événement auquel nous avons déjà fait allusion. L’armée syrienne poursuivit sa route vers l’Irak et, lorsqu’elle atteignit la région de la Jazîra, elle apprit la mort de Marwân ibn al-Ḥakam.
Son décès survint au mois de Ramaḍân de cette même année. La cause de sa mort fut le mariage qu’il contracta avec la mère de Khâlid, l’épouse de Yazîd ibn Mu‘âwiyah – il s’agissait d’Oumm Hâchim bint Hâshim ibn ‘Utbah ibn Rabî‘ah. Marwân ne s’était uni à elle que pour rabaisser son fils, Khâlid, aux yeux des gens, car beaucoup pensaient que Khâlid pouvait prétendre au pouvoir après son frère Mu‘âwiyah. En l’épousant, il entendait diminuer son prestige. Un jour que Khâlid se présenta devant Marwân, celui-ci se mit à débiner son nom devant ses compagnons. Quand Khâlid s’assit, Marwân l’interpella en disant : « Ô fils de la ruṭbah al-ist ! » Khâlid s’en ouvrit à sa mère et lui rapporta l’insulte. Elle lui répondit : « Ne révèle rien et ne lui laisse pas savoir que tu m’en as informée. »
Lorsque Marwân rentra auprès d’elle, il lui demanda si Khâlid avait tenu à son égard des propos malveillants. Elle lui déclara : « Que pourrait-il bien dire de toi alors qu’il te chérit et te magnifie ? » Lorsque Marwân s’endormit chez elle, elle saisit un coussin qu’elle appliqua fermement sur son visage, aidée de ses servantes, jusqu’à ce qu’il suffoque et meure. L’événement eut lieu le troisième jour du mois de Ramaḍân de l’an 65, à Damas, alors qu’il était âgé de soixante-trois ans – certains disent quatre-vingt-un ans. Son gouvernement dura neuf mois ; d’autres sources avancent dix mois, moins trois jours.