La bannière était alors portée par ʿAbd Allāh ibn Saʿd ibn Nufayl, qui livra également un très dur combat, tout en proclamant : « Que Dieu fasse miséricorde à mes frères ! Parmi eux, certains ont accompli leur destin et d’autres attendent encore, sans qu’ils n’aient rien changé à leur engagement » (1).
À ce moment, Rabiʿa ibn al-Mukhāriq chargea les gens d’Irak d’une manière féroce. Il se mesura avec ʿAbd Allāh ibn Saʿd ibn Nufayl, puis ils s’unirent au cours du combat. Le neveu de Rabiʿa se rua alors sur ʿAbd Allāh ibn Saʿd et le tua, puis il emporta son oncle hors du champ de bataille. ʿAbd Allāh ibn Wāl reprit alors la bannière et incita les combattants au djihad, répétant : « En route vers le Paradis ! » – c’était après la prière de l’après-midi. Poussant ses hommes à l’assaut, il dispersa ceux qui se trouvaient autour de lui, mais il fut tué peu après. Il figurait parmi les savants émettant des fatwas. C’est Adham ibn Miḥraz al-Bāhilī, le commandant de l’armée chamienne à ce moment-là, qui le tua. La bannière fut alors reprise par Rifāʿa ibn Shaddād, qui se replia avec ses hommes à la tombée de la nuit, tandis que les Chamiyyīn retournaient à leurs campements. Rifāʿa se retira avec les survivants vers leurs terres et, au matin, les Chamiyyīn constatèrent que les Irakiens s’étaient déjà remis en chemin vers leur pays. Ils ne lancèrent ni troupe de poursuite ni patrouille à leur suite. Rifāʿa traversa alors le Khābūr avec ses hommes et se rendit à Qarqīsiyā. Là, Zufar ibn al-Ḥārith leur fit parvenir vivres, fourrage et soins médicaux. Ils restèrent sur place trois jours pour se reposer, puis reprirent la route (2).
Lorsqu’ils arrivèrent à Hīt, ils rencontrèrent Saʿd ibn Ḥudhayfa ibn al-Yamān qui venait à leur rencontre avec ceux de Madāʾin qui lui avaient prêté allégeance, tous désireux de leur porter secours. Après avoir écouté le récit de leur aventure, de ce qui leur était arrivé et après avoir appris la mort de leurs compagnons, ils prièrent Dieu d’accorder Sa miséricorde aux défunts, demandèrent Son pardon pour eux et pleurèrent la perte de leurs frères. Les habitants de Madāʾin repartirent chez eux, et ceux de Kūfa rentrèrent aussi chez eux, alors qu’un grand nombre de leurs combattants avaient été tués. Ils trouvèrent al-Mukhtār ibn Abī ʿUbayd toujours enfermé dans sa prison, n’en étant pas encore sorti. Ce dernier écrivit à Rifāʿa ibn Shaddād pour le consoler de la perte de leurs hommes, invoquant la miséricorde divine sur eux et les félicitant de la bénédiction du martyre et de la grande récompense. Il déclara : « Bienvenue à ceux dont Dieu a magnifié les récompenses et qui ont obtenu Sa satisfaction ! Par Dieu, pas un seul d’entre eux n’a posé le pied quelque part sans que la récompense divine pour cette action ne surpassât tout ce que le monde contient. Quant à Sulaymān, il a accompli son devoir. Dieu l’a rappelé à Lui et a réuni son esprit à celui des prophètes, des martyrs et des vertueux. Pour le reste, je suis l’émir digne de confiance, le meurtrier des tyrans et des corrupteurs, si Dieu le veut. Préparez-vous donc et tenez-vous prêts à la bonne nouvelle ! Je vous appelle à suivre le Livre de Dieu et la Sunna de Son Messager, ainsi qu’à venger le sang de la Famille du Prophète… » et il tint de nombreux autres propos de ce sens (3).
Avant leur arrivée, il avait déjà annoncé leur perte d’après la vision (4) que lui envoyait l’un des démons, car un démon venait régulièrement lui souffler à l’oreille des paroles semblables à celles que le démon de Musaylima inspirait à Musaylima.
L’armée de Sulaymān ibn Ṣurad et de ses partisans était appelée « l’armée des Tawwābīn » (les Pénitents) (– qu'Allah soit satisfait d'eux –). Sulaymān ibn Ṣurad [al-Khuzaʿī – Abū Maṭarrif – al-Kūfī] (5) était un grand et valeureux Compagnon, pieux et dévot. Il transmit des ḥadiths