Quatre cents (1) cavaliers attaquèrent l’armée de Sharḥabīl ibn Dhī al-Kalā‘ alors qu’ils se trouvaient en expédition (2). Ils en tuèrent plusieurs, en blessèrent d’autres, et s’emparèrent de cheptel. Lorsque la nouvelle parvint à ‘Ubayd Allāh ibn Ziyād, il envoya devant lui al-Ḥuṣayn ibn Numayr, qui surprit Sulaymān ibn Ṣurad et son armée. Ils s’affrontèrent un mercredi, à huit jours de la fin de Jumādā al-Awwal. Al-Ḥuṣayn ibn Numayr commandait douze mille hommes, et chaque camp s’était préparé à l’autre. Les Syriens appelèrent les partisans de Sulaymān à faire allégeance à Marwān ibn al-Ḥakam, tandis que les compagnons de Sulaymān exhortaient les Syriens à leur livrer ‘Ubayd Allāh ibn Ziyād afin de le tuer en représailles pour al-Ḥusayn. Chaque camp refusa ce qu’on exigeait de lui, et ils combattirent durement tout au long de la journée, jusqu’à la tombée de la nuit. Ce jour-là, la victoire revint aux Irakiens.
Le lendemain matin, Ibn Dhī al-Kalā‘ arriva pour prêter main-forte aux Syriens avec huit mille (3) cavaliers, après avoir été admonesté et insulté par Ibn Ziyād. Ce jour-là, les affrontements furent d’une violence telle que nul homme, qu’il fût âgé ou jeune, n’en avait jamais vu de semblables. La seule trêve intervenait aux heures de la prière, puis chacun reprenait le combat jusqu’à la nuit. Au matin du troisième jour, Adham ibn Maḥriz rejoignit les Syriens avec dix mille hommes — c’était un vendredi. Ils se livrèrent bataille avec acharnement jusqu’à ce que le soleil fût bien haut. Les Syriens encerclèrent alors les Irakiens de toutes parts. C’est alors que Sulaymān ibn Ṣurad harangua la foule et les exhorta à combattre. Le combat reprit de plus belle. Sulaymān descendit de sa monture, brisa le fourreau de son sabre et s’exclama : « Ô serviteurs de Dieu ! Que vienne à moi quiconque désire s’élancer vers le Paradis, se repentir de ses fautes et respecter sa promesse ! » De nombreux hommes mirent pied à terre, brisèrent eux aussi le fourreau de leur sabre et chargèrent jusqu’au cœur des troupes adverses, infligeant de lourdes pertes aux Syriens, au point de marcher dans des flots de sang. Sulaymān ibn Ṣurad, le chef des Irakiens, fut tué (4) par une flèche décochée par Yazīd ibn al-Ḥuṣayn. Touché, il se releva par deux fois avant de retomber, répétant : « J’ai triomphé, par le Seigneur de la Ka‘ba. »
Al-Musayyab ibn Najaba s’empara alors de l’étendard, et il combattit avec ardeur en répétant :
« Elle le sait bien, la belle à la chevelure ondoyante,
Celle à la gorge claire et à la poitrine gracieuse ;
En ce jour d’effroi et de lutte acharnée,
Je suis plus vaillant qu’un lion à la puissante crinière,
Bondissant sur ses adversaires,
Un danger redouté de toute part. » (5)
Il lutta avec acharnement, jusqu’à ce qu’Ibn Najaba finît par succomber à son tour, rejoignant ainsi ses compagnons (6). C’est alors que