(1)
Puis Ibn az-Zubayr consulta Dieu durant trois jours, puis se mit en route le quatrième jour. Il commença par démolir l’angle (de la Kaʿba) depuis la base. Lorsqu’ils atteignirent les fondations, ils découvrirent du côté du Ḥijr une structure imbriquée, comme les doigts d’une main. Ibn az-Zubayr fit alors venir cinquante hommes et leur ordonna de creuser. Mais dès qu’ils frappèrent ces pierres imbriquées de leurs pioches, La Mecque trembla. Il décida donc de la laisser dans son état, puis il éleva la construction sur ces fondations.
Il donna à la Kaʿba deux portes au niveau du sol : une pour entrer, et une pour sortir. Il plaça de ses propres mains la Pierre noire (al-Ḥajar al-Aswad) et la consolida avec de l’argent, car elle s’était fendue. Il augmenta l’ampleur de la Kaʿba de dix coudées, enduisit ses murs de musc et la revêtit de brocart. Ensuite, il sortit depuis la Mosquée de ʿĀʾisha pour accomplir la ʿumra ; il fit le ṭawāf autour de la Maison, pria, parcourut le saʿī et débarrassa la Kaʿba de tout ce qui l’entourait comme ordures et traces de sang. La Kaʿba était en effet fragilisée de haut en bas par les pierres lancées au moyen des catapultes, l’angle (ar-Rukn) avait noirci, et la Pierre noire s’était fissurée à cause du feu qui encerclait la Kaʿba. Le motif de cette restauration par Ibn az-Zubayr se fonde sur ce qui est établi dans les deux Ṣaḥīḥ selon le ḥadīth d’ʿĀʾisha cité plus haut, et Dieu sait mieux.
(2)
Ensuite arriva l’an 65 (de l’Hégire). En ce temps-là, Sulaymān ibn Ṣurad rassembla près de dix-sept mille hommes, tous décidés à venger le sang de Ḥusayn auprès de ceux qui l’avaient tué. Selon al-Wāqidī, lorsque les gens se rassemblèrent à an-Nukhayla, ils étaient peu nombreux, ce qui déplut à Sulaymān. Il dépêcha alors Ḥakīm ibn Munqidh qui s’écria à haute voix dans Kufa : « Ô vengeance de Ḥusayn ! » Il continua de s’exclamer ainsi jusqu’à atteindre la Grande Mosquée, et ceux qui l’entendirent affluèrent vers an-Nukhayla, y compris les notables de Kufa. Le total atteignit environ vingt mille hommes, ou même plus, dans les registres de Sulaymān ibn Ṣurad. Cependant, lorsque celui-ci voulut partir avec eux, il ne resta à ses côtés qu’environ quatre mille hommes.
Alors al-Musayyib ibn Najaba dit à Sulaymān : « Celui qui est contraint ne te sera d’aucune utilité et ne combattra pas non plus à tes côtés ; seul se battra avec toi celui qui agit avec une intention sincère et a vendu son âme à Dieu – qu’Il soit exalté. N’attends personne, poursuis ta volonté de combattre ton ennemi et réclame l’aide de Dieu contre eux. » Sulaymān s’adressa alors à ses compagnons en ces termes : « Ô gens ! Celui qui est parti pour rechercher la Face de Dieu et la récompense de l’au-delà fait partie intégrante de nous et nous de lui ; quant à celui qui est sorti avec nous pour ce bas monde, il n’est pas des nôtres et ne nous accompagne pas. » Ceux qui étaient présents lui répondirent : « Ce n’est pas pour ce bas monde que nous sommes sortis, ni pour elle que nous t’avons suivi. »
On lui dit : « Allons-nous partir combattre en Syrie pour trouver les meurtriers de Ḥusayn, alors qu’ils sont toujours à Kufa, comme ʿUmar ibn Saʿd et d’autres ? » Sulaymān répondit : « C’est Ibn Ziyād qui a levé l’armée contre lui et lui a fait ce qu’il lui a fait. Quand nous en aurons fini avec lui, nous retournerons nous occuper de ses hommes à Kufa. Si vous les combattiez en premier – et ils sont de votre propre cité – on verrait vite quelqu’un reconnaître celui qui a tué son père, son frère ou un proche, et cela causerait la désunion. Cependant, une fois que nous aurons fini avec ce pervers, Ibn Ziyād, vous atteindrez votre objectif. » Ils répondirent : « Tu as raison. »