Un grand trouble éclata dans la mosquée. Alors, ‘Abd Allâh ibn Yazîd al-Khatmî descendit du minbar, et ils cherchèrent à semer la discorde entre les deux gouverneurs, mais ne purent y parvenir. C’est alors que les partisans chiites de Sulaymân ibn Surad se manifestèrent, armés, révélant leurs intentions de se soulever contre la population. Ils partirent avec Sulaymân ibn Surad en direction de la Jazîra, et ce qui leur advint sera mentionné.
Quant à al-Mukhtâr ibn Abî ‘Ubayd al-Thaqafî, le menteur, il était haï des chiites depuis le jour où il s’opposa à Husayn alors que celui-ci se rendait en Syrie avec les gens d’Irak. Al-Mukhtâr se réfugia à al-Madâ’in, et conseilla à son oncle – qui en était le gouverneur – de faire prisonnier Husayn et de l’envoyer à Mu‘âwiya, afin de gagner ainsi sa faveur. Mais son oncle refusa, et les chiites le détestèrent pour cette raison. Quand survinrent les événements concernant Muslim ibn ‘Aqîl et que ce dernier fut tué par Ibn Ziyâd, al-Mukhtâr se trouvait alors à al-Kûfa.
Ibn Ziyâd entendit dire qu’al-Mukhtâr proclamait : « Je défendrai Muslim et je vengerai son sang. » Il le fit comparaître, frappa son œil avec un bâton qu’il tenait en main et le lui creva, puis ordonna de l’emprisonner. Quand sa sœur apprit son incarcération, elle se mit à pleurer et à se lamenter. Elle était l’épouse de ‘Abd Allâh ibn ‘Umar ibn al-Khattâb. Ibn ‘Umar écrivit alors à Yazîd ibn Mu‘âwiya pour intercéder en faveur d’al-Mukhtâr et obtenir sa libération.
Yazîd fit parvenir l’ordre suivant à Ibn Ziyâd : « Dès que tu auras pris connaissance de cette lettre, libère immédiatement al-Mukhtâr ibn Abî ‘Ubayd. » Ibn Ziyâd ne put faire autrement et le fit sortir de prison, lui disant : « Si je te trouve encore à al-Kûfa après trois jours, je te trancherai la tête. ». Alors al-Mukhtâr partit pour le Hijaz en disant : « Par Dieu, je couperai les doigts de ‘Ubayd Allâh ibn Ziyâd, et je tuerai pour Husayn ibn ‘Alî un nombre de personnes équivalent à ceux qui ont été tués pour le sang de Yahyâ ibn Zakariyâ (Jean-Baptiste). »
Lorsque l’autorité d’‘Abd Allâh ibn al-Zubayr se raffermit à la Mecque, al-Mukhtâr lui prêta allégeance et devint l’un de ses éminents chefs militaires. Quand al-Husayn ibn Numayr l’assaillit avec les habitants de Syrie, al-Mukhtâr combattit de toutes ses forces pour défendre Ibn al-Zubayr. Lorsqu’il apprit la mort de Yazîd ibn Mu‘âwiya et la confusion qui régnait en Irak, al-Mukhtâr en voulut à Ibn al-Zubayr sur certains points. Il quitta le Hijâz, prit la route de la Kûfa et y entra un vendredi, alors que la population s’apprêtait à prier.
Il ne croisait un groupe de gens que pour les saluer et leur dire : « Réjouissez-vous de la victoire et du triomphe sur les ennemis ! » Il entra ensuite dans la mosquée et prit place près d’une colonne pour prier. Lorsque l’on fit l’appel à la prière, il accomplit la prière, puis continua à prier jusqu’à celle du ‘Asr. Une fois la prière terminée, il s’en alla, et les gens l’entourèrent, le saluèrent et lui témoignèrent respect et estime.
Il se mit alors à prôner l’imâmat du Mahdî, Muhammad ibn al-Hanafiyya, proclamant vouloir soutenir la famille du Prophète (Ahl al-Bayt). Il affirma qu’il n’était venu que pour élever leurs symboles, exalter leur bannière et venger leur sang. Voyant que les chiites ralliés à Sulaymân ibn Surad risquaient de le rejoindre, il chercha à les dissuader, à les attirer à lui, en déclarant : « Je viens auprès de vous mandaté par le détenteur de l’autorité, la source de la vertu, le légataire agréé, l’imâm al-Mahdî, avec un ordre qui guérit, dissipe l’obscurité, commande de tuer les ennemis et parachève la grâce. Quant à Sulaymân ibn Surad – que Dieu nous fasse miséricorde à tous – il n’agit que par impulsion hâtive. C’est un vieil ustensile usé, sans expérience des affaires ni science de la guerre. Il veut vous entraîner au combat pour provoquer sa perte et la vôtre. Moi, je ne fais qu’exécuter l’ordre qu’on m’a clairement exposé et dont les directives m’ont été données. »