Ibn Abî Hâtim et Ibn Jarîr rapportent tous deux : « Yûnus nous a transmis, d’après ‘Abd al-A‘lâ : Ibn Wahb nous a informés, celui-ci disant : Nâfi‘ ibn Yazîd m’a informé, d’après ‘Uqayl, d’après az-Zuhrî, d’après Anas ibn Mâlik, que le Prophète (que la paix et le salut soient sur lui) a dit :
“Le Prophète de Dieu Ayyûb fut éprouvé durant dix-huit années. Ses proches et ses connaissances l’abandonnèrent, à l’exception de deux de ses frères qui lui étaient intimement attachés ; ceux-ci allaient le voir matin et soir. Un jour, l’un dit à l’autre : ‘Par Dieu, Ayyûb a forcément commis un péché qu’aucun autre être au monde n’a commis.’ Son compagnon lui demanda : ‘Et de quoi s’agit-il ?’ Il répondit : ‘Voilà déjà dix-huit ans que son Seigneur ne lui fait pas miséricorde pour le délivrer de ce qu’il endure.’ Lorsque tous deux vinrent le voir, le premier ne put se retenir de lui rapporter ces propos. Ayyûb lui répondit alors : ‘Je ne sais pas ce que tu dis. Toutefois, Dieu — Gloire à Lui — sait bien que lorsque deux hommes s’injuriaient et évoquaient le Nom divin, j’avais l’habitude de rentrer chez moi pour expier ce qu’ils avaient dit, par aversion à l’idée qu’ils invoquent Dieu en dehors de ce qui est juste.’”
Le Prophète (que la paix et le salut soient sur lui) poursuivit : “Ayyûb sortait satisfaire ses besoins naturels. Une fois terminé, son épouse le tenait par la main pour le ramener (chez lui). Or, un jour où il tarda à revenir, Dieu révéla à Ayyûb, là où il se trouvait : ‘Frappe [le sol] de ton pied : voici une eau fraîche pour te laver et pour boire’ (Sourate Sâd, v. 42). Son épouse, ne le voyant pas revenir, s’impatienta. Puis elle l’aperçut qui s’avançait vers elle, et tout ce dont il souffrait avait disparu, si bien qu’il était dans le plus bel état qui fût. À sa vue, elle s’exclama : ‘Qu’Allah te bénisse, aurais-tu vu le Prophète de Dieu, ce malade qui se trouvait ici ? Par Dieu, je n’ai jamais vu un homme lui ressembler autant que toi lorsque tu es en bonne santé !’ Il lui répondit : ‘Je suis bel et bien Ayyûb !’
Ayyûb possédait deux greniers : l’un pour le blé, l’autre pour l’orge. Dieu fit alors que deux nuées passèrent au-dessus d’eux : l’une déversa de l’or sur le grenier à blé, au point de le faire déborder, et l’autre fit pleuvoir de l’argent sur le grenier à orge, jusqu’à le remplir entièrement.””
Voici la version donnée par Ibn Jarîr (1). Ibn Hibbân l’a également rapportée intégralement dans son “Sahîh” (2) par la chaîne de transmission : Muhammad ibn al-Hasan ibn Qutaybah — Harmalah — Ibn Wahb, et ainsi de suite. C’est un hadith dont l’élévation au Prophète lui-même (marfû‘) est considérée comme singulière, et il est plus probable qu’il faille l’attribuer à un Compagnon (mawqûf).
Ibn Abî Hâtim (3) rapporte : « Mon père nous a transmis, par l’intermédiaire de Mûsâ ibn Ismâ‘îl : Hammâd nous a rapporté, d’après ‘Alî ibn Zayd, d’après Yûsuf ibn Mihrân, d’après Ibn ‘Abbâs, qui a dit : ‘Dieu revêtit Ayyûb d’un habit venu du Paradis. Ayyûb s’écarta et s’assit quelque part. Lorsque son épouse vint, elle ne le reconnut pas. Elle dit alors : “Ô serviteur de Dieu, aurais-tu vu l’homme éprouvé qui se trouvait ici ? Les chiens ou les loups l’auraient-ils emporté ?” Elle lui parla un moment, et il finit par lui dire : “Peut-être suis-je Ayyûb.” Elle rétorqua : “Te moques-tu de moi, ô serviteur de Dieu ?” Il répondit : “Malheur à toi ! Je suis bien Ayyûb : Dieu m’a rendu mon corps tel qu’il était.””
Ibn ‘Abbâs poursuit : “Dieu lui rendit également ses biens et ses enfants au complet, puis Il lui en donna l’équivalent.” (4) Wahb ibn Munabbih ajoute : “Dieu révéla à Ayyûb : ‘Je t’ai rendu tes proches et tes biens, ainsi que leur équivalent en plus. Maintenant, lave-toi avec cette eau.’”