Al-Daḥḥāk appela sincèrement les gens à le suivre, tandis qu’Ibn al-Zubayr s’était séparé du peuple. Al-Daḥḥāk les rallia à sa cause pendant trois jours, mais nul ne demeura auprès de lui. Il revint alors à l’appel en faveur d’Ibn al-Zubayr, mais cela altéra son prestige auprès des gens.
Ibn Ziyād déclara ensuite : « Celui qui vise ce que tu convoites ne s’installe ni dans les villes ni dans les forteresses, mais séjourne dans le désert et y invite les troupes à le suivre. » Al-Daḥḥāk se rendit alors à Marj Rāhiṭ et s’y établit, tandis qu’Ibn Ziyād demeura à Damas, que les Banū Umayya s’installèrent à Palmyre, et que Khālid et ‘Abd Allāh séjournèrent chez leur oncle Ḥassān à al-Jābiya. Ibn Ziyād écrivit ensuite à Marwān afin qu’il manifeste son propre appel. Marwān s’y engagea, épousa la mère de Khālid ibn Yazīd — il s’agissait de Umm Hāshim, fille de Abū Hāshim ibn ‘Utba ibn Rabī‘a — et son influence grandit. Les gens lui prêtèrent alors allégeance et se rassemblèrent autour de lui. Il se mit en marche vers Marj Rāhiṭ pour affronter al-Daḥḥāk ibn Qays. ‘Ubayd Allāh ibn Ziyād et son frère ‘Abbād ibn Ziyād se joignirent à lui, si bien que Marwān put réunir treize mille hommes. À Damas se trouvait, de son côté, Yazīd ibn Abī an-Nims (1), lequel avait chassé le gouverneur d’al-Daḥḥāk et soutenait Marwān en armes, en hommes et autres moyens. On raconte qu’en ce jour, son lieutenant à Damas aurait été ‘Abd al-Raḥmān ibn Umm al-Ḥakam. Marwān plaça ‘Ubayd Allāh ibn Ziyād sur son aile droite et ‘Amr ibn Sa‘īd ibn al-‘Āṣ sur son aile gauche.
De son côté, al-Daḥḥāk dépêcha un messager à an-Nu‘mān ibn Bashīr, qui le renforça des gens de Ḥimṣ sous le commandement de Sharḥabīl ibn Dhī al-Kalā‘. Zufar ibn al-Ḥārith al-Kilābī lui amena également les gens de Qinnasrīn, de sorte qu’al-Daḥḥāk se retrouva à la tête d’une armée de trente mille hommes. Il plaça Ziyād ibn ‘Amr al-‘Aqīlī sur son aile droite et Zakariyā ibn Shamr al-Hilālī sur son aile gauche. Les deux armées se disposèrent face à face et combattirent sur la plaine de Marj Rāhiṭ durant vingt jours, s’affrontant violemment chaque jour.
Par la suite, ‘Ubayd Allāh suggéra à Marwān de proposer à l’ennemi une trêve, par ruse, car « la guerre est tromperie (2) ». Il lui dit : « Toi et tes compagnons êtes dans la vérité, tandis qu’eux sont dans l’erreur. » On proclama alors cet appel parmi la population. Mais les partisans de Marwān trahirent l’ennemi et commencèrent à les massacrer férocement. Les hommes d’al-Daḥḥāk résistèrent courageusement, mais al-Daḥḥāk ibn Qays trouva la mort au cours du combat : il fut tué par un certain Zaḥma ibn ‘Abd Allāh — des Banū Kalb — qui le frappa de sa lance sans reconnaître son identité. Marwān et ses hommes demeurèrent fermes, jusqu’à ce que les troupes adverses s’enfuissent devant eux. Marwān s’écria alors : « Qu’on ne poursuive pas ceux qui fuient ! » On lui apporta ensuite la tête d’al-Daḥḥāk, et l’on dit que le premier à lui annoncer cette nouvelle fut Rawḥ ibn Zunbā‘ al-Judhāmī.
Ainsi, la royauté sur la Syrie revint à Marwān ibn al-Ḥakam. On rapporte qu’il pleura sur lui-même le jour de la bataille de Marj Rāhiṭ, en disant : « Moi qui suis déjà vieux et affaibli, faut-il que je me fasse tuer par l’épée pour le pouvoir ? »
J’ajoute : son règne ne dura toutefois que neuf mois, comme nous l’exposerons. Quant à al-Daḥḥāk, il s’agissait de al-Daḥḥāk ibn Qays ibn Khālid al-Akbar ibn Wahb ibn Tha‘labah ibn Wāʾila ibn ‘Amr ibn Shaybān ibn Muḥārib.