Hassân ibn Mâlik ibn Bahdal al-Kalbî écrivit à al-Dahhâk ibn Qays pour le dissuader de prêter allégeance à Ibn al-Zubayr, lui rappelant les bienfaits des Banî Umayya à son égard ainsi que leurs marques de générosité, et évoquant leur mérite et leur noblesse. Hassân ibn Mâlik avait fait prêter allégeance aux gens du Jourdain (Ahl al-Urdunn) en faveur des Banî Umayya, soutenant son neveu Khâlid ibn Yazîd ibn Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân. Il envoya une lettre à al-Dahhâk à ce sujet, l’invitant à la lire au peuple de Damas le vendredi sur le minbar (chaire). Il la confia à un homme nommé Nâghidha ibn Kurayb al-Tâbakhî – on dit qu’il appartenait à la tribu de Kalb – et lui dit : « S’il ne la lit pas lui-même aux gens, lis-la toi-même. » Il remit alors à cet homme une copie du message. Parvenu auprès d’al-Dahhâk, celui-ci l’ordonna de lire la lettre, avant finalement de refuser; alors Nâghidha se leva, la lut au public, et certains chefs de la population le crurent tandis que d’autres le taxèrent de mensonge. Une grande discorde éclata, puis Khâlid ibn Yazîd ibn Mu‘âwiya – un jeune homme à peine sorti de l’enfance – se tint sur deux marches du minbar et calma les esprits. Al-Dahhâk descendit et dirigea la prière du vendredi.
Al-Dahhâk ibn Qays ordonna ensuite d’emprisonner ceux qui avaient cru Nâghidha, mais leurs tribus se soulevèrent et les arrachèrent à la prison, si bien que les habitants de Damas se retrouvèrent divisés quant à Ibn al-Zubayr et aux Banî Umayya. Les gens se rassemblèrent et restèrent après la prière du vendredi devant la porte de Jayrûn (1), si bien que ce jour fut nommé le Jour de Jayrûn. Al-Madâ’inî raconte que les gens avaient souhaité que le pouvoir revienne à al-Walîd ibn ‘Utba ibn Abî Sufyân, mais celui-ci refusa et mourut durant ces nuits.
Par la suite, al-Dahhâk ibn Qays monta en chaire dans la grande mosquée pour prêcher et critiqua vivement Yazîd ibn Mu‘âwiya. Un jeune homme de la tribu de Kalb se leva et le frappa à l’aide d’un bâton qu’il tenait, tandis que l’assistance, sabre au côté, demeurait assise. Chacun s’en prit alors à l’autre et un violent combat éclata à l’intérieur de la mosquée. La tribu Qays et ses alliés appelaient à soutenir Ibn al-Zubayr et al-Dahhâk ibn Qays, tandis que la tribu de Kalb appelait à soutenir les Banî Umayya et la bay‘a (allégeance) à Khâlid ibn Yazîd ibn Mu‘âwiya, se montrant loyale à Yazîd et à sa famille.
Al-Dahhâk ibn Qays se leva et entra dans la Dâr al-Imâra (la demeure du gouverneur), dont il ferma la porte. Il ne reparut devant la foule que le samedi pour mener la prière de l’aube. Il convoqua alors les Banî Umayya, parmi lesquels se trouvaient Marwân ibn al-Hakam, ‘Amr ibn Sa‘îd ibn al-‘Âs, ainsi que Khâlid et ‘Abd Allâh, fils de Yazîd ibn Mu‘âwiya – comme le rapporte al-Madâ’inî. Il leur présenta ses excuses pour ce qui était advenu et, avec eux, convint de se rendre au matin auprès de Hassân ibn Mâlik al-Kalbî afin de s’entendre sur un homme des Banî Umayya qui conviendrait à l’exercice du pouvoir. Ils se mirent donc en route. Alors qu’ils se rendaient à al-Jâbiya pour rejoindre Hassân ibn Mâlik, voici que Ma‘n ibn Thawr ibn al-Akhnas (2) vint à leur rencontre à la tête de sa tribu de Qays. Il s’adressa à al-Dahhâk en ces termes : « Tu nous as appelés à prêter allégeance à Ibn al-Zubayr et nous t’avons suivi. Et maintenant, tu comptes rejoindre cet Arabe du désert pour installer son neveu, Khâlid ibn Yazîd ibn Mu‘âwiya ! » Alors al-Dahhâk lui demanda : « Quel est ton avis ? » Et l’autre de répondre : « Mon avis est que nous manifestions ouvertement ce que nous… »