Au sujet de la destitution de Yazid, il refusa leur requête. Alors Ibn Mutiʿ déclara : « En effet, Yazid boit du vin, délaisse la prière et transgresse la loi du Livre. » Il leur répondit : « Je n’ai rien vu de ce dont vous parlez. J’ai été en sa présence et séjourné chez lui, et je l’ai trouvé assidu à la prière, soucieux du bien, s’interrogeant sur les questions de fiqh, et attaché à la Sunna. » Ils répliquèrent : « Ce n’était qu’une attitude feinte, destinée à toi. » Il leur dit : « De quoi aurait-il donc eu peur ou qu’aurait-il espéré de ma part pour se montrer humble devant moi ? Aurais-je été informé par lui de ce que vous avancez, à savoir sa consommation de vin ? Si c’est lui qui vous en a informés, alors vous êtes ses complices. S’il ne vous en a pas informés, il ne vous est pas permis de témoigner de ce dont vous n’avez pas connaissance. » Ils dirent : « Pour nous, cela est avéré même sans l’avoir vu de nos propres yeux. » Il répondit : « Dieu l’a interdit aux témoins, puisqu’Il dit : ﴿إِلَّا مَنْ شَهِدَ بِالْحَقِّ وَهُمْ يَعْلَمُونَ﴾ (Az-Zukhruf, v. 86). Pour ma part, je ne me mêle en rien de votre affaire. »
Ils poursuivirent : « Peut-être n’aimes-tu pas qu’un autre que toi dirige les affaires ; nous te confierons donc notre commandement. » Il répondit : « Je ne considère pas licite de combattre pour ce que vous voulez de moi, ni comme suiveur ni comme chef. » Ils insistèrent : « Tu as pourtant combattu avec ton père ! » Il rétorqua : « Apportez-moi quelqu’un de semblable à mon père, et je combattrai pour la même cause que la sienne. » Ils dirent : « Alors ordonne à tes deux fils, Abou Hâchim (1) et Al-Qâsim, de se battre à nos côtés. » Il répondit : « Si je le leur avais ordonné, j’aurais moi-même rejoint le combat. » Ils demandèrent : « Tiens-nous donc un discours, afin d’inciter les gens à combattre. » Il s’exclama : « Gloire à Dieu ! Comment pourrais-je ordonner aux gens ce que je n’accomplis pas moi-même et que je n’approuve pas ? Dans ce cas, je ne saurais être sincère envers Dieu à l’égard de Ses serviteurs. » Ils menacèrent : « Nous allons donc te contraindre. » Il répondit : « Dans ce cas, je recommanderai simplement aux gens de craindre Dieu et de ne pas rechercher la satisfaction d’une créature aux dépens du courroux de leur Créateur. » Puis il se rendit à La Mecque.
Abou Al-Qâsim Al-Baghawi a rapporté : « Musʿab Az-Zoubeiri nous a transmis, d’après Ibn Abî Hâzim, d’après Hishâm, d’après Zayd ibn Aslam, d’après son père : Ibn ʿUmar entra – en ma compagnie – chez Ibn Mutiʿ. Celui-ci lui dit, quand il fut devant lui : “Bienvenue à Abou ʿAbd Ar-Rahmân ! Placez un coussin pour lui.” Ibn ʿUmar répondit : “Je ne suis venu que pour te rapporter une parole que j’ai entendue du Messager de Dieu (ﷺ) : ‘Quiconque se détache de l’obéissance (au dirigeant) arrivera au Jour de la Résurrection sans aucun argument, et quiconque meurt en se séparant de la communauté mourra d’une mort antéislamique.’” »
C’est ainsi que Muslim (2) le relate, d’après Hishâm ibn Saʿd, via Zayd (qui le tint) de son père, transmis par Ibn ʿUmar. Ishâq ibn ʿAbd Allâh ibn Abî Talha le confirma également, d’après Zayd ibn Aslam, d’après son père. Al-Layth en fit le récit d’après Muhammad ibn ʿAjlân, via Zayd ibn Aslam, au nom d’Ibn ʿUmar... et il le mentionna.
Abou Jaʿfar Al-Bâqir a dit : « Aucun des Banou Abî Tâlib ni des Banou ʿAbd Al-Muttalib ne participa aux événements de la Harra. Lorsque Mouslim ibn ʿUqba arriva à Médine, il honora mon père, l’approcha de lui et lui remit un sauf-conduit. »
Al-Madâʾini a rapporté : « Mouslim ibn ʿUqba dépêcha Rôuh ibn Zunbaʿ auprès de Yazid pour l’informer des conséquences de la bataille de la Harra. Lorsqu’il l’en mit au courant, Yazid s’exclama : “Quelle calamité pour mon pouvoir !” Il convoqua ensuite Ad-Dahhâk ibn Qays Al-Fihrî et lui demanda : “Tu vois ce qu’ont subi les gens de Médine ; qu’est-ce qui peut les soulager ?” Il répondit : “La nourriture et des subsides.” Yazid ordonna alors qu’on leur envoie des vivres et déversa sur eux de nombreux dons.”